14/12/2025
𝐁𝐨𝐨𝐦𝐠𝐚𝐚𝐫𝐝 : 𝐠𝐮𝐢𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐮 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧 𝐢𝐦𝐦𝐨𝐛𝐢𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐭𝐫𝐞̀𝐬 𝐜𝐫𝐞́𝐚𝐭𝐢𝐟 𝐞𝐭 𝐚𝐯𝐢𝐬𝐞́
Comme vous le savez, à partir de demain, le Boomgaard devient un quartier « sans voiture » et ce de façon définitive.
Une mesure exemplaire, paraît-il. Exemplaire pour ceux qui s’en persuadent seuls, en prenant soin d’écarter tout doute cartésien.
Rassurez-vous, les gens du commun, certains pourraient continuer à y circuler afin « d’évaluer la mesure », en apprécier l’efficacité, en jauger l’acceptabilité, et surtout s’assurer qu’on leur confirme — une fois de plus — qu’ils sont de bons gestionnaires, à la fois courageux, visionnaires et profondément connectés à la réalité du terrain… du moins celle que l’on observe sans en subir les contraintes.
L’éloge, on le sait, fait gonfler les poumons autant que le torse.
Pour le reste de la population, en revanche, une nouvelle compétence est requise : l’imagination et la créativité.
À défaut de pouvoir circuler librement, il faudra désormais justifier symboliquement chaque passage, en produisant un récit crédible, par exemple expliquer que :
- on va dire bonjour à une connaissance (la sociabilité restant tolérée, à condition qu’elle soit ponctuelle et bien racontée) ;
- on dépose des lettres de Noël dans les boîtes aux lettres du Boomgaard, afin de féliciter ses habitants pour avoir transformé leur quartier en enclave sanctuarisée;
- on va jouer à la pétanque au bout de la rue de la Liberté, nom parfaitement choisi pour l’occasion — et n'oubliez pas de vous munir de vos boules ;
- on se rend à la plaine de jeux toujours dans cette fameuse rue de la Liberté, pour « se décompresser » et comprendre que la liberté est autorisée tant qu’on ne se déplace pas - avant finalement d’accepter sa nouvelle condition de citoyen narratif;
- ou encore que l’on a besoin de se laisser bercer sur un lama orange fluo pour apaiser le stress du quotidien;
- ou d’utiliser les barres sportives pour détendre ses cervicales, pratique désormais officiellement recommandée par notre kiné.
Et ainsi naît une nouvelle forme de mobilité : on ne se déplace plus, on s’explique — avec aplomb, imagination et cervicales bien dénouées.
Pendant que certains décident, observent, évaluent et circulent librement, d’autres apprennent à s’expliquer, à se justifier et à espérer tomber sur un agent compréhensif.
En clair, le Boomgaard bénéficie désormais d’un dimanche sans voiture à vie, pendant que le reste de la population continuera à s’embourber dans les embouteillages, à respirer les nuisances déplacées et à en payer le prix — soit 68 EUR, lorsque le récit fourni ne se révèle pas suffisamment convaincant.
Une mobilité pensée pour le confort de quelques-uns, nourrie par l’intérêt particulier de certains et le manque de bon sens des autres, et présentée, malgré tout, comme un progrès collectif.
Omnes aequales, sed quidam aequiores.
Nota bene : Texte à lire au second degré
Ce texte est un pamphlet ironique. Il recourt volontairement à la satire et à l’exagération afin de questionner une politique publique et d’en souligner les incohérences.