03/05/2022
Journée mondiale de la Liberté de Presse
Les enjeux de la survie des médias au Burkina Faso
La célébration de la Journée mondiale de la Liberté de Presse me donne l’occasion de saluer tous les journalistes du Burkina Faso. L’exercice de leur profession est l’un des plus difficiles mais des plus nobles. Personne ne peut nier l’importance de l’information dans notre vie quotidienne. D’où la nécessité, quel que soit le système politique, de défendre la liberté d’expression.
Le thème de la célébration de cette journée du 3 mai 2022 au Burkina est en relation avec l'avenir de leur profession face à l’explosion numérique. Thème pertinent quand on observe l’emprise de plus en plus forte de la production de l’information sur internet et en particulier les réseaux sociaux. Les médias classiques dont les journaux écrits, voient leur audience se réduire fortement face à l’émergence d’une autre forme de médias ou de journalisme dont la pratique est très souvent aux antipodes de la déontologie professionnelle.
Face à cette situation, les médias burkinabè voient leur survie menacée.
Pour continuer de survivre, la presse doit relever quatre défis fondamentaux :
Premièrement la nécessité d’un contenu médiatique plus professionnel qui dépasse la simple narration des faits. Dans cet ordre d’idée, les médias doivent s’imposer dans l’espace numérique avec une production de haute qualité et diversifiée. Un organe de presse écrite ou audiovisuel qui n’est pas sur le net risque à terme de disparaître.
Deuxièmement, la question économique est vitale pour les médias burkinabè. Le marché de la publicité qui fait vivre les médias en général est non seulement limité mais en plus mal réparti. La question des redevances entre les patrons des médias audiovisuels et la Société burkinabè de Télédistribution (SBT), en dit long sur la fragilité de l’entreprise de presse.
Dans le cas d’espèce , la vocation de service public de ces médias privés devrait être prise en compte pour ne pas imposer des taxes ou des redevances qui à terme pourraient asphyxier même ceux qui en apparence sont plus solides. Enfin, l’aide à la presse devrait être consolidée pour soutenir les médias et en particuliers les plus professionnels.
Troisièmement l’accès aux sources d’information est essentiel pour la production d’un contenu de qualité et crédible qui se distingue nettement des informations de bas niveaux qui dominent la toile et sont dangereuses pour l’éducation des jeunes, la démocratie, la paix et la cohésion sociale. Tout en comprenant que la situation sécuritaire invite à une prudence dans le traitement de l’information(nous y reviendrons), il est indispensable que les autorités du pays facilitent l’accès des journalistes aux informations essentielles dont le traitement est indispensable pour fortifier la résilience des
burkinabè face aux menaces sécuritaires qui pèsent sur eux. Dans cet ordre d’idées, il serait profitable au nouveau régime de voir son image dont celle du chef de l’État régulièrement relayée dans les médias par leurs propres moyens. Les restrictions de fait constatées depuis la prise de pouvoir du MPSR n’est pas de nature à instaurer la confiance entre les médias et les nouvelles autorités.
Quatrièmement, la liberté de presse est intimement liée à la responsabilité sociale des journalistes. En effet, la diffusion de l’information engage la responsabilité du journaliste. Autant leurs droitsdoivent être respectés autant leurs devoirs, le sont.
Le contexte politique dicte dans tous les pays
une attitude qui doit s’y conformer tant que l’essence de la liberté de presse n’est pas remise en cause. Il suffit de voir la couverture de la guerre en Ukraine provoquée par la Russie, pour comprendre que l’objectivité et l’impartialité de l’information ont volé en éclat dans les médias occidentaux. Face à la défense non seulement de l’Ukraine mais aussi des intérêts et du modèle politique occidentale, les grands principes du journalisme sont mis entre parenthèse. De même la grave situation sécuritaire de notre pays et face au péril qui menace l’avenir du Burkina, la presse
devrait conduire les médias burkinabè à adopter une attitude qui consolide la défense de la Patrie par tous les burkinabè. Certes, cette attitude n’est possible que dans l’instauration d’une confiance mutuelle entre les acteurs des médias et les autorités. Il faut y travailler dans ce sens car il va aussi de l’intérêt des journalistes.
Au total, il faut préserver l’avenir de nos médias et protéger davantage les journalistes. La question du numérique qui est au cœur des débats de ce jour est culturel. Nous sommes de plus en plus façonner par la culture du numérique qui épouse un mode de pensée et des valeurs qui sont contraires aux nôtres. Toute la problématique est là.
Scientifiquement la technologie est neutre.
Nous pouvons utiliser les mêmes canaux et les mêmes supports sans assimiler la culture des autres.
Là aussi, il faut que nous inventions une éducation à la lecture et la production de l’information numérique pour nos enfants dès le bas âge.
La valorisation de notre culture et de nos mondes de pensées reste liée aussi la création de médias panafricain qui puissent à terme, contre balancer l’influence excessive des médias occidentaux en Afrique. Cette question à été bien développée par l’analyste Abdoulaye politique Barry. Mais cela n’est possible sans une réelle volonté des dirigeants africains qui peinent à s’entendre sur la création et le fonctionnement d’instruments communs de développement économique, culturel et scientifique.
Beyon Luc Adolphe TIAO
Dr en communication
Président du RPD