22/03/2026
Conseil de ville de Bienne du 19 mars 2026 : Mot du départ Daniel Suter :
17e année de service, sauf erreur 2e plus âgé du Conseil, les jeunes vient-ensuite de notre liste s’impatientent depuis longtemps, c’est le moment de s’arrêter.
J’ai commencé la politique active largement au-delà de votre âge moyen, plus jeune l’idée de m’y lancer ne m’a jamais frôlée, je comprends maintenant mieux pourquoi. Ce qui ne veut surtout pas dire que je regrette cette expérience, bien au contraire, elle est essentielle et je la recommanderais à tout le monde, surtout à ceux qui n’ont à priori pas d’affinité particulière, ni pour changer le monde, ni pour faire une carrière politique, juste pour contribuer en âme et conscience à la bonne marche des affaires de notre ville. Aussi, et il semble que c’est statistiquement plutôt rare, je n’ai pas manqué une seule séance en toutes ces années, c’est parce que la participation est obligatoire, j’ai la santé j’en suis reconnaissant, et je n’ai jamais été enceinte.
Avec le temps, cet engagement a pris une intensité telle que je ne me l’étais pas imaginée, d’une part par les mandats qui m’ont été confiés. En 2013 déjà, soit dans ma 4e année de service, je suis entré au Bureau comme 1er vice-président à la suite du renoncement d’un collègue d’un parti apparenté, pour devenir président entre 2014 et 2015, personne d’autre n’était alors à disposition. Plus t**d je suis entré dans la commission de surveillance, jadis commission de gestion, pour prendre un siège qui revenait en fait au FDP mais que mes collègues m’ont cédé par défaut d’un des leurs. Je les remercie encore sincèrement pour ce mandat fort intéressant par le contact direct que l’on a avec le Conseil municipal et le défi de l’examen approfondi et critique mais toujours constructif de ses dossiers. Enfin, je suis entré à la commission RRV/RSO pour la dernière ligne droite avant le débat sur le RCV, je vous laisse deviner par quelles circonstances. La présidence de cette commission m’a permis de collaborer plus étroitement avec le Secrétariat parlementaire, expérience tout à fait positive et je profite l’occasion pour remercier sincèrement Omar El Mohib et son équipe de notre intéressante collaboration.
Intensité d’autre part, par le changement radical – malheureusement pas au sens de libéral-radical – intervenu sur le plan politique. Porté par un Conseil municipal de même composition politique qu’aujourd’hui et approuvé par le Conseil de ville par plusieurs étapes intermédiaires, il y avait au début de mon mandat deux importants projets en route avec une perspective énorme de développement pour Bienne et sa région pour les prochains 15 à 20 ans – ils seraient maintenant au point d’être réalisés : Agglolac et le contournement autoroutier. Le premier tué dans l’œuf par la gauche par le motif principal que Bienne ne collabore pas avec des capitalistes, avortement opéré il est vrai avec l’aimable concours de l’UDC empêchant de son côté le peuple de se prononcer ; l’autre projet purement et simplement annulé par le fait d’un mouvement habilement orchestré sans que personne ne s’y soit sérieusement opposé ; alors qu’il aurait permis d’accéder à la ville et surtout de la vider de son trafic motorisé par tous les côtés grâce à des mesures dites d’accompagnement, ces mesures sont aujourd’hui appliquées sans le contournement à haute capacité avec l’obstruction du trafic qui s’ensuit, objectif déclaré de la gauche au pouvoir.
Ce changement politique est d’une part dû à la vague verte de 2020 et, d’autre part, à la « jusofication » des socialistes, phénomènes observés à tous les niveaux de notre organisation étatique avec, d’une part et pour faire court, la volonté de tout arrêter pour retrouver dans les rues de notre ville la quiétude du 19e siècle et d’en faire un îlot de béatitude écolo-socialiste. L’idéal d’une ville accueillante et ouverte, centre régional pour l’économie et la culture en est loin. D’autre part le collectivisme et l’égalitarisme socialiste du type JUSO avec son objectif ultime de dépasser le capitalisme et sa mentalité de lutte des classes.
Parallèlement à la radicalisation de la gauche, le changement de personnel aux partis dits « du centre » a d’autre part pour effet que l’impression d’un équilibre 30/30 entre la droite et la gauche que certains pouvaient avoir au soir des élections 24 est un leurre. En réalité, ces partis, désignés comme libéraux ou pas, ont pris leurs distances vis-à-vis des bourgeois alors que jadis ils étaient représentés par des personnes solidement ancrées dans ce camp.
Il en résulte que le pouvoir de gauche qui domine la ville depuis plus de 50 ans impose allégrement et plus que jamais son programme dans tous les domaines et sans égards aux pertes, pour compliquer le plus possible la circulation des voitures, supprimant un maximum de places de parc, en plantant des arbres au beau milieu de ce que sont aujourd’hui des carrefours bien fréquentés. Il pèse de tout son poids sur organisation du territoire en entravant le plus possible l’exercice des droits de propriété foncière ou en faisant de la construction de logements une affaire communale. Dans le domaine financier elle vise une augmentation des impôts en échange d’un faux-semblant de programme d’économies alors que les charges supplémentaires qu’elle continue entretemps d’imposer à notre ville dans tous les domaines dépassent déjà largement le volume des économies envisagés.
L’attitude de la gauche parlementaire se montre particulièrement par le flot d’interventions parlementaires par lequel elle harcèle littéralement son propre Conseil municipal. Des 45 interventions examinées le mois passé pour la prolongation des délais de réponse, 38 viennent de là, avec leurs revendications sans limites et soulevant souvent des problèmes que le commun des mortels aurait de la peine à imaginer et les soirées entières de débats qui s’ensuivent, c’est éprouvant et cela a un coût. Dernièrement j’observe que d’autres s’y mettent de leur côté alors que dans ce domaine moins serait sans doute mieux.
Face à cette gauche qui fonctionne en bloc et au pas de charge, la ville de Bienne a besoin d’un camp bourgeois cohérent et conséquent pour faire respecter ses valeurs de liberté responsable et d’administration simple et efficace et pour dénoncer haut et fort les dérives et les contradictions du pouvoir de gauche, personne d’autre ne le fera à sa place, pour offrir des alternatives qui ne s’orientent pas à des dogmes mais aux réalités vraies vécues par les Biennoises et Biennois. Effort considérable à fournir constamment et dans la durée et avec une concertation parfois difficile à trouver tant les intérêts des différents acteurs peuvent diverger, mais condition sine qua non pour réussir l’alternance qu’il est urgent d’obtenir. Goutte après goutte, le roc s’érode.
Enfin, s’il y a une chose que je retiens de cette expérience qui vise en fait dans la conquête et l’exercice du pouvoir, c’est le vécudans la chair de cette sentence de Jakob Burkard, historien et philosophe bâlois du début du siècle passé qui dit que, quel que soit la manière dont le pouvoir est exercé, au-delà donc des dérives que l’on observe actuellement dans le monde, le pouvoir en soi est le mal, Macht an sich ist böse.
J’ai convenu avec mes camarades que j’aurai le dernier mot et je m’arrête là en vous souhaitant une bonne fin de soirée et bonne chance à la ville de Bienne.
19.03.2026 / SuD