03/07/2026
Reconstruire la confiance… à mains levées
Le gouvernement a justifié la dissolution de la Commission électorale indépendante en s’appuyant sur les critiques de l’opposition et de la société civile, qui avaient progressivement perdu confiance dans son fonctionnement.
Le diagnostic était limpide : sans confiance, aucune institution ne peut durablement tenir.
Mais lorsqu’il s’agit de reconstruire cette confiance, la méthode change de ton.
Pour mettre sur pied le nouvel organe censé réconcilier les acteurs politiques, le gouvernement a annoncé, ce mercredi, ne pas juger utile de consulter précisément ceux dont la confiance faisait défaut.
Le choix est alors assumé : soumettre directement le projet à l’Assemblée nationale, en faisant l’économie de l’avis des plus sceptiques, comme si la confiance pouvait jaillir d’un processus administratif secret et d’un vote à main levée, soigneusement balisé.
Pourtant, le 22 juin dernier, devant ces mêmes acteurs politiques et sociaux, le Premier ministre rappelait avec insistance qu’un processus électoral sans confiance ne peut conduire qu’à des crises politiques.
Difficile, dès lors, de ne pas relever le contraste : comment affirmer une telle évidence, puis adopter, une semaine plus t**d, une démarche qui nourrit précisément le doute qu’on prétend prévenir ?
Dans l'histoire politique africaine, des exemples recents incitent pourtant a la prudence. En République démocratique du Congo, au Kenya ou encore au Nigeria, des institutions électorales établies sans consensus suffisant ont vu leur crédibilité rapidement remise en cause, entre contestations, tensions et soupçons persistants.
Partout, la même leçon s’impose : la solidité d’une institution ne tient pas seulement à ses textes, mais à la manière dont elle est conçue, partagée et acceptée.
Créer un organe électoral sans associer ceux qui doutent, c’est lui transmettre, dès sa naissance, le poids de la défiance qu’il était censé dissiper.
Au fond, la règle est simple : la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Elle ne se vote pas, elle se partage.
Sans cela, même les institutions les mieux dessinées reposent sur des bases fragiles, parce qu’elles manquent de ce qui leur donne véritablement vie : l’adhésion.
On ne restaure pas la confiance en réduisant au silence ceux qui l’ont perdue.
Et c’est peut-être là le véritable paradoxe de la demarche du gouvernement : en voulant aller plus vite que la confiance elle-même, on finit souvent par rester exactement là où elle s’est arrêtée…et à nourrir le soupçon.
ASSALE TIEMOKO
JOURNALISTE D'INVESTIGATION.