06/09/2026
Le clan Le Pen se déchire, et la mascarade du Rassemblement national vole en éclats
Derrière la façade d'un parti soi-disant uni, la guerre de succession fait rage au sommet du RN. Marion Maréchal revient dans le jeu, Bardella s'étrangle et cultive un train de vie de nabab pendant que son programme change de cap au gré des egos. Éclairage sur une extrême droite qui n'a jamais été aussi fracturée à l'approche de 2027.
Il aura suffi d'une phrase pour lever le voile sur ce que beaucoup pressentaient depuis des semaines. Lundi, en plein bureau exécutif du Rassemblement national, Jordan Bardella aurait lâché à Marine Le Pen un définitif « c'est elle ou moi », avant de quitter la pièce. En cause : l'annonce, par la candidate elle-même, de son intention de réintégrer sa nièce Marion Maréchal dans le paysage médiatique du parti, en l'invitant à s'exprimer aux journées parlementaires du Touquet le 12 septembre prochain. De quoi jeter une lumière crue sur les rivalités internes d'une formation qui a bâti toute sa communication sur l'image d'un tandem soudé.
Un « ticket gagnant » déjà fissuré
Il faut se souvenir avec quelle emphase Marine Le Pen avait scellé ce pacte de façade. Le 7 juillet, à peine libérée par la justice de son inéligibilité dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN, elle annonçait sur un plateau de télévision, en un peu moins d'un quart d'heure, la composition de ce qu'elle présentait comme un « ticket gagnant » : elle à l'Élysée, Jordan Bardella à Matignon. Le mot « binôme » revenait sans cesse dans sa bouche, jusqu'à cette formule emphatique de « couple politique ». Un affichage stratégique qui masquait mal une réalité plus banale : aucun candidat à la présidentielle n'avait jamais osé, avant elle, se lier ainsi les mains en désignant à l'avance son futur premier ministre. Une prudence que Marine Le Pen a balayée d'un revers de main, quitte à devoir aujourd'hui gérer les premières fractures de cet attelage improvisé.
Car derrière les éléments de langage bien rodés, c'est une véritable partie d'échecs qui se joue au sommet de l'extrême droite française. Réduit à la fonction de simple prétendant à Matignon, l'homme qui se targuait de n'avoir « jamais pris le mur » découvre aujourd'hui les coulisses moins glorieuses du pouvoir clanique : mise à l'écart, décisions prises sans lui, et une candidate qui reprend méthodiquement la main sur chaque dossier.
Sur les retraites déjà, le double discours affleure. Quand Marine Le Pen assume sans détour devant le patronat le maintien d'un retour à 62, voire 60 ans, avec 42, voire 40 annuités de cotisation, son dauphin, lui, avait esquissé au printemps l'idée d'un système différent, misant davantage sur la durée de cotisation et sur la capitalisation. Sommé de s'expliquer, Bardella s'empresse de nier toute divergence de fond, préférant évoquer de simples « sensibilités différentes ». Un exercice d'équilibriste qui en dit long sur sa marge de manœuvre réelle face à une cheffe de parti qui ne laisse planer aucun doute sur qui décide.
L'été de la discorde
Pendant que la candidate entamait sa tournée de meetings dès le 8 juillet à La Flèche, dans la Sarthe, le président du RN, lui, se faisait discret, entre résidences de luxe et compagnie de sa fiancée, la princesse Maria Carolina de Bourbon. Depuis, le duo ne s'affiche plus ensemble. Le 13 septembre, Marine Le Pen doit faire sa rentrée politique à Hénin-Beaumont, dans son fief du Pas-de-Calais. Bardella, de son côté, multiplie les déplacements à l'étranger : après avoir participé vendredi au congrès de Reform UK, le parti de Nigel Farage, à Birmingham, il doit désormais rejoindre l'Italie pour un forum économique.
Un homme du peuple au train de vie princier
Mais c'est peut-être dans son rapport à l'argent et au luxe que la contradiction de Jordan Bardella éclate le plus crûment. Celui qui se pose en porte-voix des « colères » et des « espoirs » d'une France travailleuse et silencieuse a rédigé une partie de son deuxième ouvrage confortablement installé dans un hôtel des Maldives, avant que le livre, publié chez une maison appartenant à un industriel connu pour son engagement en faveur de l'extrême droite, ne le fasse basculer, avec plus de cent mille exemplaires vendus, dans la catégorie des millionnaires.
Depuis, l'homme qui raconte inlassablement son enfance modeste dans une cité de Seine-Saint-Denis élevée par une mère célibataire cultive un tout autre quotidien : restaurants où l'addition grimpe sans limite, salons privés réservés aux habitués fortunés, soirées mondaines aux côtés d'une princesse issue d'une famille descendant de Louis XIV, devenue entre-temps une véritable influenceuse internationale entre Dubaï et le Festival de Cannes. Son admiration assumée pour l'ancien président de la République, connu pour ses conseils sur l'art de se mettre en scène avec sa compagne, ne fait que confirmer cette dérive vers une politique-spectacle, à mille lieues du discours anti-système qu'il continue pourtant de marteler.
Même en interne, la gêne commence à poindre : un proche de Marine Le Pen évoque une petite mise en garde informelle face à ce qui s'apparente déjà à une image de « Jordan bling », quand des opposants s'amusent depuis des mois du surnom de « Jordan de Monaco ». Comment croire à la fibre populaire d'un homme aperçu, verre à la main en tribune VIP d'un Grand Prix automobile, le jour même où le pays entier se recueillait après le meurtre d'une enfant ? Un décalage que même son propre camp peine désormais à justifier.
Un couteau planté dans le dos
L'épisode le plus révélateur de cette fracture reste sans doute le départ de François Durvye, jusque-là conseiller spécial de Jordan Bardella depuis le 1er avril et véritable artisan de la ligne économique plus libérale portée par ce dernier au sein du parti. Polytechnicien, ancien dirigeant d'un fonds d'investissement et proche d'un milliardaire d'extrême droite, Durvye a annoncé fin août qu'il ne rejoindrait pas l'équipe de campagne de Marine Le Pen, invoquant son refus de défendre des positions économiques auxquelles il n'adhère pas. L'annonce est tombée, comme par hasard, le jour même où la candidate défendait sa réforme des retraites devant le patronat.
Mais derrière cette version policée, une autre lecture circule, plus trouble encore. C'est bien Marine Le Pen qui aurait évincé Durvye, l'accusant d'avoir encouragé Bardella à la défier pour l'investiture. Et le procédé employé pour l'écarter en dit long sur l'état de la confiance au sommet du parti : Durvye avait pourtant prévenu Bardella et son attaché de presse Victor Chabert de son départ avant de l'annoncer publiquement dans la presse. Marine Le Pen, elle, ne l'aurait appris qu'à la sortie de son débat face aux autres candidats à la présidentielle.
La reprise en main des « marinistes »
Ce climat de défiance s'accompagne d'un mouvement plus large : celui du retour en grâce des fidèles historiques de Marine Le Pen, surnommés les Horaces, rappelés en renfort sur l'élaboration du programme. Une reprise en main qui devrait également se traduire, selon nos informations, par la relégation de Victor Chabert au profit de Renaud Labaye, cadre loyal à la candidate, au sein du dispositif de communication.
Dans les rangs du parti, certains n'hésitent plus à évoquer ouvertement l'isolement croissant de Bardella. D'autres estiment plus simplement qu'il tente de se faire une place dans un attelage à trois vitesses, entre présidentiable, numéro deux et porte-parole, sans que son propre rôle soit jamais clairement défini. Un flou entretenu jusqu'au sommet, puisque le fondateur historique du mouvement, Jean-Marie Le Pen, avait lui-même posé la règle du jeu en des termes sans appel : dans ce parti, il n'y aurait jamais qu'un seul numéro un. Le message est limpide : au sein de cette famille politique qui se drape dans le culte du chef, la loyauté ne se négocie pas, et ceux qui s'écartent de la ligne tracée par la matriarche finissent invariablement sur le bas-côté.
Une candidate, un parti, une seule volonté
Ce que révèle cette crise, au-delà des egos et des ambitions personnelles, c'est la nature profondément verticale et familiale d'une formation qui prétend pourtant incarner le renouveau et la proximité avec le peuple. Un parti où les postes se distribuent en fonction des liens du sang, où les conseillers économiques dictent la ligne jusqu'à ce qu'ils dérangent, où un « homme du peuple » collectionne les salons privés et les têtes couronnées, et où la démocratie interne se résume à choisir son camp entre une tante et son neveu par alliance.
Pendant que des millions de Français peinent à boucler leurs fins de mois, l'extrême droite s'agite autour de ses querelles de succession, de ses arbitrages de communication et du train de vie de ses dirigeants, révélant au passage le vide programmatique qui se cache derrière les éléments de langage bien huilés sur l'immigration ou l'identité. Une chose est sûre : cette présidentielle qui s'annonce ne sera pas seulement un duel entre projets de société, mais aussi le règlement de comptes d'une famille qui n'a jamais vraiment su, ni voulu, partager le pouvoir.
Sources : Libération, L'Indépendant, L'Express, Le Monde, L'Opinion, La Croix, Le Temps, Le Figaro, Public Sénat, Midi Libre
© L'Encre Libre – Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation écrite.
Le partage est autorisé, le copié-collé non sans mon autorisation. Merci de respecter mon travail.
Je construis les Perséphones, une association pour accompagner les femmes victimes de violences dans le Nord–Pas-de-Calais. Pas un centime de vos soutiens ne me servira personnellement. Tout ira à elles.
Chaque euro va aux Perséphones. Pas à moi. À elles. ✊
Pour soutenir Les Perséphones :
https://www.facebook.com/share/p/1K4gJnZeif/
Règles de la communauté : tout propos raciste, antisémite, homophobe, haineux ou appelant à la violence est strictement interdit et sera signalé à PHAROS. Injures, insultes et photomontages également prohibés. Vos avis respectueux, positifs ou négatifs, sont les bienvenus.
Et comme dirait une personne que j'affectionne tout particulièrement (ironie 😄) :
👉 N'oubliez pas le petit like, le petit partage, et l'abonnement !
Liens utiles :
- 🔗 Me soutenir : https://www.facebook.com/share/p/1K4gJnZeif/
- 👤 Qui suis-je ? : https://www.facebook.com/share/p/14iULJ23XeZ/
- 🎵 TikTok : https://www.tiktok.com/.arno106?_r=1&_t=ZN-98ZZxnM85eI
- 📧 Contact : [email protected]