04/06/2026
Une Loi “Iles métropolitaines” pour pouvoir continuer à vivre
Des familles qui ne trouvent plus à se loger. Des professionnels de santé difficiles à recruter et à retenir. Des actifs qui renoncent à s'installer faute de logement. Cette réalité, nous la connaissons tous et elle touche l’ensemble de nos îles.
Réunis sur l'île de Batz le 10 février dernier, les élus des dix-huit communes insulaires de l'Association des îles du Ponant (AIP) ont signé un texte commun. Cet « Appel de l’île de Batz » porte 50 propositions concrètes et simples à mettre en place, couvrant le logement, la santé, les transports, l'éducation, l'économie et l'environnement. Notre ambition : aboutir à une loi dédiée, à l'image de la Loi Montagne, qui reconnaisse enfin la spécificité insulaire métropolitaine dans le droit français.
Près de 16 400 habitants vivent toute l’année sur les îles du Ponant. Leur présence permet de maintenir des écoles, des services publics, des commerces et une vie locale dynamique. Mais cet équilibre est aujourd’hui fragilisé.
Le logement constitue le principal point de blocage. Sur nos îles, environ 60 % des habitations sont des résidences secondaires, parfois jusqu’à 80 %, contre moins de 10 % au niveau national. Résultat : le marché locatif à l'année s’est fortement réduit, les prix augmentent et les communes sont de plus en plus amenées à porter elles-mêmes des projets de logements pour actifs.
La santé constitue un autre facteur de fragilité. Si chaque île dispose d'une permanence de soins 24h/24, cette organisation reste précaire : le recrutement de professionnels bute systématiquement sur la pénurie de logements. L'absence de spécialistes impose des déplacements lourds vers le continent, favorisant les renoncements aux soins. Et le vieillissement de la population, jusqu'à cinq fois supérieur à la moyenne régionale, rend cette fragilité encore plus préoccupante.
À ces contraintes s’ajoutent des surcoûts structurels liés à l’insularité : transport des matériaux, gestion des déchets, entretien des réseaux. Ils dépassent 9,4 millions d’euros par an, en hausse de 34 % depuis 2015. La Dotation communale d’insularité (DCI), créée en 2018 et fixée à 4 M€, est répartie entre les communes en fonction du nombre d’habitants. Versée chaque année, elle a permis aux communes insulaires d’engager des investissements longtemps différés (voirie, écoles, réseaux, équipements de santé), mais elle n’a jamais été réévaluée malgré l’inflation. En 2026, le reste à charge pour les communes atteint 5,4 millions d’euros.
Par ailleurs, les îles du Ponant subissent les effets du changement climatique plus tôt et plus intensément qu’ailleurs : érosion du littoral, submersions, tensions sur la ressource en eau… Autant de phénomènes qui fragilisent les conditions de vie à l’année.
Pour autant, notre volonté est de continuer à accueillir sur nos îles. Les quinze îles du Ponant reçoivent chaque année près de 4 millions de visiteurs. Cette attractivité est une richesse qui nous fait vivre toute l’année, soutient l’économie locale, maintient des emplois et permet de financer des services dont bénéficient tous les habitants, permanents comme secondaires.
L’enjeu n’est donc pas de limiter le tourisme, qui fait partie intégrante de notre identité et de notre équilibre économique. Il s’agit de mieux l’accompagner, pour qu’il contribue plus justement aux charges qu’il génère et participe pleinement à la vitalité de nos îles.
Car sans habitants à l’année, il n’y a plus d’écoles, plus de services, plus de vie locale. Et à terme, plus d’accueil possible. Le risque est connu : celui d’îles animées en saison, mais fragilisées le reste de l’année, avec une érosion progressive des services et de la population permanente. C’est précisément ce que nous voulons éviter.
C’est pourquoi une loi “Îles métropolitaines” est aujourd’hui indispensable. Elle doit nous donner les outils pour préserver l’habitat permanent, renforcer les services essentiels, compenser les surcoûts liés à l’insularité et organiser un développement touristique équilibré.
Retrouvez nos propositions :
Des familles qui ne trouvent plus à se loger. Des professionnels de santé difficiles à recruter et à retenir. Des actifs qui […]