Elsass G’schichtle

Elsass G’schichtle Des histoires de l’Alsace, de l’Antiquité à aujourd’hui, racontées avec passion et sans poussière !

Le décret du 25 août 1942 et le destin tragique des « malgré-nous »Lorsque la France s’effondre en juin 1940, l’Alsace e...
25/08/2026

Le décret du 25 août 1942 et le destin tragique des « malgré-nous »

Lorsque la France s’effondre en juin 1940, l’Alsace et la Moselle connaissent une nouvelle épreuve. Sans jamais le proclamer officiellement, le IIIe Reich décide de les annexer de facto. Dans le droit international, elles restent des territoires occupés ; dans les faits, elles deviennent des provinces allemandes, intégrées de force au Reich. Cette annexion illégale marque le début d’une politique brutale d’absorption.

Le 20 juin 1940, Adolf Hi**er nomme Robert Wagner, Gauleiter de Bade et n**i fanatique, chef de l’administration civile en Alsace. Très vite, son pouvoir s’affermit : par décret du 2 août 1940, l’ensemble des autorités civiles lui est confié, la Wehrmacht ne gardant qu’un rôle militaire. Enfin, le 18 octobre 1940, un nouveau décret rattache officiellement l’Alsace au Reichsgau Oberrhein (Alsace et Pays de Bade), dirigé par Wagner, directement subordonné au Führer.

Dès lors, Wagner entreprend une n**ification systématique : germanisation des noms, interdiction du français, embrigadement de la jeunesse dans les organisations n**ies, endoctrinement idéologique à l’école, dissolution des associations et contrôle de la vie religieuse.
L’Alsace devait être effacée comme terre française et renaître comme province allemande. Mais à partir de 1942, un autre facteur vient peser sur la décision du Reich : la guerre en Russie. Après l’échec de la Blitzkrieg devant Moscou en décembre 1941 et l’enlisement de l’armée allemande sur le front de l’Est, la Wehrmacht souffre de pertes colossales.
Les divisions sont exsangues, la machine de guerre manque cruellement d’hommes. C’est dans ce contexte d’urgence que s’inscrit le décret de Wagner.

Le 25 août 1942, il promulgue un décret d’incorporation de force des jeunes Alsaciens et Mosellans dans l’armée allemande. Officiellement, il s’agit de parachever l’intégration de l’Alsace dans le Reich.
La mesure viole ouvertement la Convention de La Haye de 1907, qui interdit à une puissance occupante de recruter de force les habitants d’un territoire conquis. Mais pour le Reich, l’Alsace et la Moselle ne sont plus françaises : elles doivent fournir leurs fils à l’effort de guerre allemand.

Près de 130 000 jeunes hommes furent ainsi mobilisés, dont 100 000 Alsaciens, 30 000 Mosellans et 10 000 Luxembourgeois.
Tous devinrent les tristement célèbres « malgré-nous ». Beaucoup furent intégrés à la Heer, d’autres à la Luftwaffe ou à la Kriegsmarine, et plusieurs milliers directement dans la Waffen-SS, corps idéologique d’élite du régime.

La tragédie prit vite des proportions immenses.
Envoyés massivement sur le front de l’Est, les « malgré-nous » affrontèrent l’horreur de la guerre contre l’Armée rouge. Dès 1943, après la catastrophe de Stalingrad, les pertes devinrent effroyables : près de 42 500 périrent ou disparurent, dont trois quarts étaient Alsaciens. Les familles, en Alsace et en Moselle, voyaient s’accumuler dans les journaux les faire-part de décès marqués de la terrible mention « Gefallen für Grossdeutschland » — « Mort pour la Grande Allemagne ».

Ceux qui survécurent tombèrent souvent aux mains des Soviétiques. Des milliers furent envoyés dans les camps de prisonniers, notamment celui de Tambov, en Russie. Froid, faim, maladies, travaux forcés : beaucoup ne revinrent jamais. Ceux qui purent rentrer après des années de captivité portèrent toute leur vie les séquelles physiques et psychologiques de cette épreuve. Paradoxalement, les familles d’incorporés recevaient des aides matérielles du régime n**i : allocations, loyers remboursés, soins gratuits. Mais aucun soutien ne pouvait atténuer l’angoisse de voir arriver un avis de décès… ou de ne jamais avoir de nouvelles d’un fils disparu.

Au lendemain de la guerre, la blessure resta vive. Les « malgré-nous » furent parfois accusés d’avoir servi l’ennemi, alors qu’ils avaient été contraints, sacrifiés par un décret cynique. Leur histoire rappelle une vérité essentielle : ils n’avaient pas choisi. Ils furent broyés par la machine de guerre n**ie, victimes de l’annexion de facto et des besoins insatiables du Reich.

Mon grand-père, Lucien Schwartz (né le 21 juin 1925 – décédé le 15 juin 1991), fut l’un de ces jeunes hommes enrôlés de force dans l’armée allemande. À seulement 17 ans, arraché à sa famille, il passa par le processus brutal destiné à transformer les Alsaciens en soldats du Reich avant d’être envoyé au front. Fait prisonnier, il fut interné dans le tristement célèbre camp de Tambov, en Russie. Libéré en 1945, il revint affaibli et marqué à jamais par les privations et les souffrances endurées.
Toute sa vie, il porta les séquelles physiques et morales de cette expérience. Son destin personnel illustre le drame collectif des « malgré-nous », une des pages les plus douloureuses de l’histoire alsacienne et mosellane.

Tellement vrai !!!
16/07/2026

Tellement vrai !!!

Le pourquoi du comment du vendredi saint fériée, en AlsacePour comprendre pourquoi, en Alsace, le Vendredi saint est enc...
24/03/2026

Le pourquoi du comment du vendredi saint fériée, en Alsace

Pour comprendre pourquoi, en Alsace, le Vendredi saint est encore aujourd’hui un jour férié — pendant que le reste de la France découvre ce matin-là avec émotion que… non, il n’y a pas de jour de congé — il faut faire un petit détour par l’histoire. Et pas n’importe laquelle : une histoire de guerre, d’annexion et de… particularisme alsacien, évidemment.

Tout commence avec la guerre franco-prussienne. En juillet 1870, le Second Empire français affronte la Prusse, dirigée par l’incontournable Otto von Bismarck. La guerre est courte… mais elle fait très mal. La France perd, et avec elle, l’Alsace.

Le traité de Francfort officialise cette défaite. L’Alsace (à l’exception de Belfort) et une partie de la Lorraine deviennent allemandes. L’annexion prend effet dans les mois qui suivent, à partir de juin 1871. Du jour au lendemain, les Alsaciens changent de nationalité. Sans référendum, sans vote, sans “vous confirmez ?” — autant dire que la transition est… brutale.

Mais cette nouvelle appartenance ne concerne pas seulement les frontières. Elle transforme aussi les lois, les institutions… et les traditions.
L’Alsace adopte alors le système juridique allemand, notamment en matière religieuse, où certaines fêtes comme le Vendredi saint sont pleinement reconnues.

Et c’est là qu’intervient un autre élément clé : le Concordat de 1801. Mis en place sous Napoléon Bonaparte, ce texte organise les relations entre l’État et les cultes. Il reconnaît officiellement plusieurs religions (catholique, luthérienne, réformée, puis israélite), prévoit que les prêtres et pasteurs soient rémunérés par l’État, et donne une place importante à la religion dans la vie publique.

En France, ce système disparaît avec la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Mais en Alsace ? Rien ne change. Et pour une bonne raison : à ce moment-là, elle est allemande. Elle ne passe donc pas à la laïcité “à la française”.

Quand la région redevient française en 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, l’État français se retrouve face à un choix : uniformiser… ou respecter les particularités locales. Et, fait assez rare pour être souligné, il choisit la seconde option.

Le droit local d’Alsace-Moselle est donc maintenu.
Et avec lui, tout un héritage juridique et religieux unique en France.
Résultat aujourd’hui ?

Le Vendredi saint est férié dans de nombreuses communes alsaciennes
Les cultes sont reconnus officiellement
Et même le 26 décembre (Saint-Étienne) est aussi férié
Pendant que le reste du pays regarde ça avec un mélange d’incompréhension et de légère jalousie, l’Alsace, elle, continue tranquillement à vivre avec son histoire… et ses petits privilèges bien mérités.

Car ici, plus qu’ailleurs, le passé n’est jamais vraiment passé. Il s’invite dans le présent, dans les traditions, dans les lois… et même dans les jours fériés. Et entre nous, si l’histoire peut parfois être lourde, elle a aussi, en Alsace, ce petit talent rare : laisser derrière elle quelques beaux avantages

Les cloches muettes et les crécelles bavardes: la Semaine sainte en Alsace… En Alsace, la Semaine sainte ne se contente ...
23/03/2026

Les cloches muettes et les crécelles bavardes: la Semaine sainte en Alsace…

En Alsace, la Semaine sainte ne se contente pas d’être une affaire sérieuse : elle est un savoureux mélange de rites religieux et de traditions populaires, mijoté depuis des siècles entre influences germaniques et cohabitation paisible des pratiques catholiques et protestantes.

Autant dire que même les cloches y ont du caractère… et parfois, elles prennent des vacances. Car oui, en Alsace, les cloches ne sont pas seulement silencieuses à Pâques : elles disparaissent carrément ! Selon la tradition chrétienne, elles cessent de sonner dès le Jeudi saint, après la messe du soir, et ne reviennent qu’à la nuit de Pâques.

Ce silence marque le deuil de la mort du Christ, un moment de recueillement où même l’Angélus se met en pause. Bref, une Alsace inhabituellement calme… ce qui, avouons-le, est déjà un petit miracle.

Mais pour expliquer ce silence — surtout aux enfants, qui trouvent ça louche qu’un village entier devienne soudainement muet — une belle légende a vu le jour. On raconte que les cloches s’envolent jusqu’à Rome pour recevoir la bénédiction du pape. Rien que ça ! Et comme tout bon Alsacien qui revient de voyage, elles ne rentrent pas les mains vides : dans la nuit de Pâques, elles reviennent en fanfare… et déposent au passage des œufs dans les jardins. Oui, ici, même les cloches sont généreuses.

Et comme l’Alsace ne fait jamais les choses à moitié, cette tradition cohabite joyeusement avec celle du lièvre de Pâques, venu tout droit du monde germanique. Résultat : double ration de chocolat, et ça, personne ne s’en plaint.

Pendant que les cloches profitent de leur escapade romaine, il faut bien quelqu’un pour faire le travail. Et c’est là qu’entrent en scène les héros locaux : les enfants, armés de leurs crécelles — ou Ratsche / Rätsche en dialecte. Ces instruments en bois, aussi discrets qu’un kougelhopf dans une boulangerie, produisent un bruit sec et répétitif qui résonne dans les rues des villages.

Du Jeudi saint au Samedi saint, ces petits courageux parcouraient autrefois le village trois fois par jour : à 7h pour l’Angélus, à midi pour rappeler que même le déjeuner attendra après la prière, et à 19h pour le retour de l’Angélus. Une vraie tournée, presque aussi sérieuse qu’une tournée des winstubs, mais avec moins de vin et plus de bruit.

Ces enfants, appelés selon les villages « chrétillonneurs » ou « chrétailleurs », ne faisaient pas que remplacer les cloches : leurs crécelles étaient aussi censées chasser les mauvais esprits. Autant dire qu’avec le vacarme produit, même les fantômes préféraient aller voir ailleurs.

Aujourd’hui, cette tradition se fait plus rare, mais elle reste bien vivante dans certains villages alsaciens. Et ceux qui y participent le font avec enthousiasme, perpétuant un patrimoine précieux, transmis de génération en génération — avec, en bonus, une bonne excuse pour faire du bruit sans se faire gronder.

Puis vient enfin la nuit de Pâques. Les cloches « reviennent » de Rome et se remettent à sonner à toute volée, mettant fin au silence des jours précédents. Ce contraste éclatant souligne la joie de la Résurrection : la vie triomphe, les crécelles se taisent, et l’Alsace retrouve son joyeux tintamarre… ainsi que ses traditions gourmandes.

Car en Alsace, plus qu’ailleurs, Pâques ne se vit pas seulement : elle se célèbre, elle se partage… et surtout, elle se savoure

Le Osterhaas… la vraie star de Pâques en AlsaceEn Alsace, à Pâques, oubliez les cloches en mission secrète depuis Rome… ...
23/03/2026

Le Osterhaas… la vraie star de Pâques en Alsace

En Alsace, à Pâques, oubliez les cloches en mission secrète depuis Rome… ici, c’est le Osterhaas qui fait le boulot !
Enfin… en théorie, parce qu’au fil du temps, ce respectable lièvre de Pâques s’est fait un peu doubler par un cousin plus rond et plus populaire : le lapin de Pâques. Comme quoi, même dans les traditions, le marketing fait des miracles.

Le Osterhaas est une créature imaginaire qui, selon la tradition, distribue des œufs colorés ou en chocolat à la veille du matin de Pâques.
Oui, dit comme ça, ce n’est pas très clair… disons simplement qu’il travaille de nuit, un peu comme un livreur saisonnier, mais avec des moustaches et des grandes oreilles. Ces œufs sont ensuite soigneusement cachés, histoire de compliquer la vie des enfants, qui se lancent dans une chasse aux œufs digne d’une expédition archéologique… avec beaucoup plus de sucre à la clé.

Selon les régions, l’identité du livreur varie légèrement : dans les pays anglophones, c’est le célèbre Easter Bunny (le lapin, plus mignon et plus médiatique), tandis que dans les régions germanophones, c’est le Osterhase, le lièvre, plus traditionnel et presque sérieux.
Dans le nord-est de la France, notamment en Alsace, on fait simple : lapin ou lièvre, peu importe, tant que quelqu’un apporte le chocolat.
À l’origine, le lièvre symbolise la fertilité et le renouveau, ce qui colle parfaitement avec le printemps.

La tradition du Osterhase serait née en Haute-Allemagne avant de se répandre dans le monde germanique, puis d’être exportée aux États-Unis au XVIIIe siècle par des immigrants allemands. Une légende raconte qu’une femme pauvre, ne pouvant offrir de sucreries à ses enfants, décora des œufs qu’elle cacha dans le jardin. Les enfants, apercevant un lièvre, en déduisirent très sérieusement que c’était lui qui les avait pondus… preuve que l’imagination enfantine n’a aucune limite, surtout quand il est question de chocolat.

Comme beaucoup de traditions anciennes, Pâques mélange des éléments païens et religieux : l’œuf symbolise la vie qui renaît au printemps, tandis que le lièvre est depuis longtemps associé à la fécondité. Certains œufs étaient même décorés de trois lièvres, un motif qui pouvait évoquer la Trinité.
Une autre théorie relie le lièvre à la déesse saxonne Éostre, qui aurait donné son nom à Easter en anglais, même si cette origine est discutée par les historiens. Mais après tout, entre mythes, symboles et chocolat, on n’est plus à une histoire près.

Alors que dans le reste de la France ce sont les cloches revenues de Rome qui déposent les œufs de Pâques, en Alsace, on préfère faire confiance au Osterhaas. Pas de cloches volantes ni de détour par le Vatican : juste un lièvre — ou un lapin, soyons souples — qui cache des œufs dans les jardins. Et franchement, entre nous, un lièvre qui distribue du chocolat, c’est quand même plus crédible que des cloches qui voyagent.

Osterlammele, Oschterlammele, Lamele, Lammele ou même Lamala…Autant de noms pour une seule et même douceur, comme autant...
23/03/2026

Osterlammele, Oschterlammele, Lamele, Lammele ou même Lamala…

Autant de noms pour une seule et même douceur, comme autant de surnoms murmurés à l’oreille d’un amour gourmand.

Car oui, l’alsacien a cette délicieuse souplesse lorsqu’il s’agit de parler de pâtisserie — surtout quand elle prend la forme d’un agneau pascal, tendre et doré, offert au matin de Pâques comme un petit poème sucré.

Le Lammele, c’est bien plus qu’un simple gâteau : c’est une promesse.
On le retrouve au petit déjeuner, encore timide sous son voile de sucre glace, au goûter accompagné d’un café fumant ou d’un chocolat chaud réconfortant, et même au dessert, enlacé d’une crème anglaise à la vanille ou d’une boule de glace fondante… bref, il sait se rendre indispensable, un peu comme les plus belles histoires d’amour.

Et cette histoire, justement, remonte à loin. Dès 1519, le théologien Thomas Murner évoquait déjà cette tradition attendrissante : le fiancé offrait un agneau pascal à sa bien-aimée. Avouez, difficile de faire plus romantique… aujourd’hui encore, offrir un Lammele, c’est presque dire « je t’aime », mais avec du beurre et des œufs en plus.

Car après le temps austère du Carême — période durant laquelle ces précieux œufs étaient interdits — venait enfin l’heure de la douceur retrouvée. Le Lammele permettait alors d’écouler les réserves accumulées… avec élégance, bien sûr. Rien ne se perd, tout se transforme — surtout en gâteau.

Saupoudré de sucre glace comme d’un léger manteau de neige printanière, l’agneau se pare parfois d’un petit étendard en papier de soie, aux couleurs du Vatican (jaune et blanc) ou de l’Alsace (rouge et blanc).
Un détail charmant, presque solennel… mais qui n’empêche pas de le dévorer sans cérémonie quelques minutes plus t**d.

Et puis il y a le secret de sa naissance : le moule en terre cuite vernissée, souvent façonné à Soufflenheim. Un écrin traditionnel qui, après cuisson, garde longtemps le parfum du gâteau… comme un souvenir sucré qui refuse de s’effacer.

Le Lammele, finalement, c’est ça : un peu d’histoire, beaucoup de tendresse, et une irrésistible envie d’y revenir. Parce que certaines traditions ne se contentent pas d’exister… elles se savourent, et surtout, elles se partagent.

Pâques en Alsace… entre tradition, foi et chocolatEn Alsace, certaines périodes de l’année ne passent jamais inaperçues....
23/03/2026

Pâques en Alsace… entre tradition, foi et chocolat

En Alsace, certaines périodes de l’année ne passent jamais inaperçues. Pâques en fait indéniablement partie. Ici, les traditions ne se contentent pas d’exister : elles se vivent, se transmettent et parfois… se subissent avec un sourire en coin.

Entre ferveur religieuse, coutumes séculaires et petits arrangements modernes avec la foi, cette fête incarne à merveille le subtil équilibre entre héritage spirituel et plaisirs bien terrestres. Car oui, même ceux qui n’ont pas mis les pieds à l’église depuis Noël retrouvent soudain une certaine sensibilité… surtout face à un nid bien garni en chocolat.

Pâques, fête religieuse majeure du monde chrétien, célèbre la résurrection du Christ. Sa date varie chaque année, puisqu’elle est fixée au dimanche suivant la première pleine lune après l’équinoxe de printemps — ce qui explique son caractère mobile et parfois un peu déroutant pour les agendas, ou encore la troisième pleine lune après Noël.

Les fêtes pascales marquent l’aboutissement du Carême, période autrefois stricte de jeûne et de privations, débutant le mercredi des Cendres après les excès joyeux du Mardi gras. Le mot carnaval, issu du latin médiéval carnelevare, signifie d’ailleurs « enlever la viande » — une idée qui, aujourd’hui encore, inspire davantage les livres d’histoire que nos assiettes bien garnies.

La Semaine Sainte en Alsace
Pâques commence véritablement avec la Semaine Sainte, appelée aussi Karwoche, qui débute avec le dimanche des Rameaux (Palmsundi).
Les premiers jours restent relativement discrets :
Lundi saint (Karmaandig),
Mardi saint (Kardinschdig),
Mercredi saint (Karmittwuch),
… trois journées de transition, où l’on sent doucement monter l’importance des événements.
Puis tout s’intensifie :
Jeudi saint (Grien Donnerschdig) commémore la Cène, dernier repas du Christ avec ses disciples, moment fondateur de l’eucharistie.
Vendredi saint (Karfridig), particulièrement marqué en Alsace, rappelle la crucifixion du Christ. C’est un jour de recueillement profond, rythmé par les chemins de croix. L’eucharistie n’y est pas célébrée, signe du deuil et du silence.
Samedi saint (Karsamsdig) est une journée d’attente et de méditation, suspendue entre la mort et l’espérance.
Enfin :
Dimanche de Pâques (Ostersundig) célèbre la résurrection. Il symbolise le passage de la mort à la vie et clôt cette semaine empreinte de spiritualité.
Entre foi, traditions… et petits arrangements modernes

Il faut bien l’admettre : aujourd’hui, la dimension religieuse de Pâques cohabite avec des pratiques plus contemporaines. Entre ceux qui suivent encore les offices avec ferveur et ceux qui suivent surtout la piste des œufs dans le jardin, chacun trouve sa manière de « participer ». Une forme d’œcuménisme moderne, où la foi se mesure parfois en grammes de chocolat plutôt qu’en heures de prière.

Et pourtant, derrière cette légère ironie, subsiste une réalité : ces traditions, même revisitées, continuent de rassembler. Elles donnent du sens, du rythme, et surtout une occasion de se retrouver.
Conclusion : l’esprit de Pâques en Alsace

En Alsace, Pâques n’est ni totalement religieuse, ni entièrement profane : elle est un peu des deux, et c’est sans doute ce qui fait tout son charme. Entre cloches silencieuses, tables généreuses, rires d’enfants et souvenirs d’anciennes coutumes, cette fête reste un moment suspendu.
Au fond, peu importe que l’on y voie un mystère sacré ou simplement une bonne excuse pour partager un repas et quelques douceurs : Pâques en Alsace, c’est avant tout une histoire de transmission, de convivialité… et, avouons-le, de chocolat soigneusement dissimulé dans les coins du jardin.

Dr’ Schlettstadter Wasserturm(alias le château d’eau qui a tout vu… et qui ne dit rien)Cette construction fait partie de...
03/02/2026

Dr’ Schlettstadter Wasserturm
(alias le château d’eau qui a tout vu… et qui ne dit rien)

Cette construction fait partie de notre vie.
Elle s’inscrit dans un décor qui évolue sans cesse autour d’elle : routes, immeubles, modes de vie… tout bouge, sauf lui. Stoïque, imperturbable, le Dr’ Schlettstadter Wasserturm scrute, du haut de ses 48 mètres (presque 50, mais restons modestes), la vie trépidante du Centre-Alsace. Un véritable gardien silencieux… et surtout très bien hydraté.

À l’origine de sa construction, on trouve un débat animé — comprenez : très animé — autour de la création d’un réseau d’eau potable à Sélestat. L’idée progresse lentement, au rythme des discussions entre l’armée et la municipalité. Finalement, l’armée hausse le ton et menace d’abandonner son projet d’extension de la garnison. La Ville cède (l’eau, c’est la vie, mais les soldats aussi visiblement), et le chantier est lancé.
Le château d’eau est construit en 1905-1906, sous la direction de Behr, ingénieur du service des eaux. Le réseau d’eau potable est mis en service en 1907, desservant alors 9 699 habitants. À l’époque, c’est une petite révolution : l’eau courante arrive dans les foyers… sans avoir besoin d’aller la chercher à la fontaine en sabot.
Autrefois, le château d’eau était entouré d’un jardin public, avec kiosque à musique et fontaine à jets d’eau — ambiance carte postale et dimanche après-midi en costume trois pièces. La fontaine sera déplacée en 1962 vers le lac de canotage, laissant le château d’eau un peu plus seul… mais toujours droit dans ses bottes.
Le bâtiment s’inscrit dans le quartier allemand aménagé après l’annexion de l’Alsace en 1870, au même titre que le tribunal (1900) ou l’ancienne caserne Schweisguth (1876). Une époque où l’architecture aimait impressionner… et durer.
Construit en 1906, le château d’eau s’inspire directement d’un modèle édifié en 1893 à Deventer, aux Pays-Bas. Son allure évoque un beffroi, avec une architecture néo-romane assumée. La tour est réalisée en briques jaunes, tandis que la cuve, en tôle rivetée, est ornée d’arcatures cintrées en briques rouges, le tout coiffé d’un élégant toit conique. Sobre, solide… et franchement pas mal pour son âge.

Classé monument historique le 2 juillet 1992, le château d’eau culmine aujourd’hui à 50 mètres et abrite une cuve supérieure d’une capacité de 500 m³, toujours en service. Oui, après plus d’un siècle, il travaille encore. Respect.
On distingue clairement trois parties :
le fût circulaire,
la cuve en encorbellement contenant le réservoir,
et le couronnement en poivrière, parce qu’un peu de style ne fait jamais de mal.Les matériaux employés — fer, béton et brique — sont caractéristiques de la révolution industrielle, permettant de créer des volumes importants, durables et parfaitement étanches. Bref : du costaud, pensé pour durer… et ça se voit.

Au sommet du château trônait à l’origine un aigle, symbole de l’Empire allemand. En 1918, celui-ci est remplacé par un coq gaulois, qui règnera jusqu’en 1940. Depuis cette date, plus rien. Le sommet est resté vide, comme un paratonnerre un peu philosophe, témoin discret des allers-retours de l’Histoire alsacienne.

Car oui, le château d’eau est équipé d’un paratonnerre opportuniste : au fil du temps, sa pointe a changé de symbole au gré des régimes, passant de l’aigle impérial de la maison de Hohenzollern au coq gaulois. Aujourd’hui, il ne revendique plus rien. Il observe. Et il stocke de l’eau. Ce qui, finalement, est déjà énorme.

Le Haut-KoenigsbourgIl faudrait être vieux comme les vieilles pierres du Haut-Koenigsbourg — et encore, très vieilles — ...
25/01/2026

Le Haut-Koenigsbourg

Il faudrait être vieux comme les vieilles pierres du Haut-Koenigsbourg — et encore, très vieilles — pour se souvenir de tout ce qu’a vu, subi et traversé ce colosse accroché à la montagne. Huit siècles au compteur : voilà un âge respectable, même pour un château. Et quel âge !

Tour à tour propriété des Hohenstaufen, des dignitaires du Saint-Empire, des ducs de Lorraine, des landgraves d’Alsace, des évêques de Strasbourg, des Habsbourg puis des rois de France, le Haut-Koenigsbourg a connu plus de maîtres que certaines auberges n’ont de clients. Après la chute de l’Ancien Régime, notables, bourgeois et même la ville de Sélestat héritèrent de ses ruines, jusqu’à ce que les Hohenzollern, au début du XXᵉ siècle, décident de réveiller la belle endormie entre 1901 et 1908.

Depuis sa naissance en 1147, le château n’a cessé d’être malmené par l’Histoire, ce sculpteur brutal. Tantôt ravagé, tantôt reconstruit, il conserve dans ses murs superposés les traces des styles successifs : roman, gothique, Renaissance… une véritable encyclopédie de pierre.

Au XVe siècle, les comtes de Thierstein, investis du fief par les Habsbourg, lui donnèrent l’allure majestueuse que nous admirons aujourd’hui : à la fois palais raffiné et forteresse redoutable. L’armée suédoise, peu sensible à l’architecture, s’en empara en 1633 et y mit le feu. Le Haut-Koenigsbourg, tel un phénix — ou plutôt un sphinx des Vosges — renaîtra pourtant de ses cendres.

Le château que nous visitons aujourd’hui est la restitution fidèle de celui des Thierstein. Fidèle, certes… mais non sans débats.

Commençons la visite.
On entre par une porte étonnamment modeste, presque timide pour une forteresse si orgueilleuse. Le portail en plein cintre, flanqué de tours, de bretèches et de meurtrières, rappelle vite que ce lieu n’a jamais été une simple ferme alsacienne. Les armes des Thierstein, fièrement sculptées, nous souhaitent la bienvenue… à condition d’être pacifiques.
À 757 mètres d’altitude, les lices s’étendent : terrains vagues destinés à tenir les importuns à distance. Jadis, des meutes de chiens rageurs y faisaient leur service de sécurité. Aujourd’hui, heureusement, seuls les touristes s’y promènent.

Une seconde porte, monumentale, ornée des armes de Charles Quint et des Hohenzollern, nous introduit dans la basse-cour. Corps de garde, écuries, forge, meunerie coiffée d’un moulin à vent : toute une petite ville vivait ici. Au centre, une fontaine recueillait l’eau de pluie — sobriété médiévale avant l’heure.

Les escaliers en colimaçon nous conduisent au palais : appartements seigneuriaux, salles d’apparat, chapelle, cuisine monumentale, dortoirs des domestiques, grenier à grains… tout un monde vertical empilé dans la pierre.
À l’est, le donjon dresse sa silhouette fière. Entrepôt de munitions en bas, salles de guet en haut, et tout en sommet un chemin de ronde d’où l’on surveillait la plaine d’Alsace comme un trésor à protéger.

Puis vient le grand bastion ouest, accessible par un pont amovible. Ici, contraste délicieux : un jardin d’agrément d’une sérénité exquise, voisin d’une plate-forme d’artillerie armée de douze canons et soixante-six couleuvrines. La paix et la guerre partageaient le même balcon.
Même la ferme du château mérite sa légende : en 1530, on y comptait six vaches, un taureau… et un âne. L’autre étant « crevé ». L’inventaire ne précise pas si l’on versa une larme.

La sortie nous ramène par les bastions, les enclos à gibier et les dernières lices. « Par ici la sortie ! » dirait presque la pierre elle-même, un brin lasse mais fière.

La grande querelle des ruines
Chef-d’œuvre ou contrefaçon ? Voilà la question qui fit grincer les érudits pendant des décennies.
Les amoureux des ruines criaient à la profanation. Pour eux, restaurer, c’était trahir ; reconstruire, maquiller ; sauver, falsifier. Emile Wagner, grand connaisseur des ruines vosgiennes, fustigea « un château fantastico-médiéval », un décor de théâtre qui aurait brisé le charme de l’ancienne ruine. Il proposa même un écriteau à l’entrée :�« Vous qui entrez ici, laissez toute espérance de retrouver vos anciennes émotions. »

À l’inverse, les partisans de la restauration rappelaient que les pierres meurent aussi, et qu’un patrimoine abandonné est un patrimoine perdu. Entre passions politiques, susceptibilités régionales et querelles d’architectes, l’Alsace s’enflamma.

Le donjon, surtout, fut l’objet d’une bataille homérique : rond ou carré ? Les uns brandissaient un ivoire de Bâle, les autres invoquaient Viollet-le-Duc. Bodo Ebhardt, l’architecte berlinois, poursuivait son œuvre imperturbable, convaincu que même au Moyen Âge on n’aurait pas osé « planter un cylindre sur un cube ».

Aujourd’hui, le débat s’est apaisé. Le Haut-Koenigsbourg est là, debout, magnifique, rendu à la France, offert aux regards du monde.
Qu’il soit ruine ressuscitée ou rêve reconstruit, il demeure un symbole : celui d’une Alsace fière de son histoire, de ses cicatrices et de sa renaissance.
Et si parfois la pierre sourit avec ironie, c’est sans doute parce qu’elle sait, mieux que nous, que survivre huit siècles est déjà un exploit… et renaître un miracle.

Adresse

32, Rue Du Général De Gaulle
Huttenheim
67230

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