10/08/2026
Deux arrêtés préfectoraux portant sur trois épisodes de rejets polluants ont été pris en l’espace de 15 jours à la suite de manquements d’Imerys Glomel. La capacité de la multinationale à maîtriser sa production d’andalousite est plus que jamais questionnée. 🏭
Lundi 6 juillet, la société a informé les autorités « d’une eau acide dans la zone périphérique du ruisseau du Sabès et de traces d’oxydes de fer ». Deux jours plus t**d, un inspecteur de l’environnement a constaté « un rejet d’eau via un drain en dehors des points de rejets autorisés, au nord-est du site ».
Le Sabès est une montagne de déchets miniers, en extension vers l'est, au pied de laquelle se forme un ruisseau intermittent. Ce ruisseau est un affluent du Crazius, lui-même affluent de l'Ellé. Au moment de la déclaration d'incident, les précédentes précipitations remontaient au 28 juin. Seuls 4,4 mm de pluie étaient tombés dans la commune voisine de Rostrenen.
S’appuyant sur le rapport d’inspection remis le 12 juillet (non rendu public à ce jour), la préfecture des Côtes-d’Armor précise que « ces eaux n’étaient pas traitées et avaient notamment des caractéristiques acides, que des traces importantes d’oxydes ferriques ont été constatées dans le ruisseau, que l’ensemble des causes de ces déversements n’a pas encore été identifié et que l’impact sur le ruisseau n’est pas encore connu ».
Par un arrêté publié mercredi 5 août et repéré par Ouest France, Imerys se voit contrainte de réaliser, sous cinq mois, deux études sur ce rejet « non maîtrisé ».
La première devra porter sur « l’analyse de [ses] causes profondes » et devra déboucher sur un plan d’action accompagné d’un échéancier. La seconde devra mesurer les conséquences pour la faune et la flore, définir les zones impactées et déterminer les éventuelles mesures correctives à appliquer.
L’exploitant devra enfin installer de nouveaux piézomètres (dispositifs de mesure enterrés) autour du Sabès, en fonction de l’avancement de son extension.
Une commission de suivi du site s’était tenue deux semaines avant ce nouvel incident. Les élus et les associations avaient alors pris connaissance de deux épisodes de rejets acides, liés à des débordements de bassins, survenus en décembre et en février.
À la suite de ces pollutions hivernales, la préfecture a ordonné la réalisation d’une étude associée à un plan d’action portant notamment sur le système de pompage et le dimensionnement des bassins.
Eau et Rivieres de Bretagne a annoncé le dépôt d’une plainte et réclamé une réunion. Le parquet de Saint-Brieuc, qui a ouvert une enquête après la révélation par « Splann ! » de déversements de produits chimiques, en 2021, a déclaré qu'il allait « s'intéresser aux faits ». La présidente de la communauté de commune a annoncé la réalisation d'une « une étude indépendante sur l’impact des activités extractives du territoire ».
« Les habitants du Kreiz Breizh et leurs élus assistent impuissants et abasourdis aux passes d'armes macabres entre la Préfecture et Imerys. "Je te tiens, tu me tiens....". C'est parfaitement insupportable », réagit ce dimanche Jean-Yves Jégo, président de Douar Bev.
Son association réclame un élargissement des compétences de la commission de suivi afin de la doter d'un pouvoir de contrôle et de moyens d'investigation. « Au delà, c'est la question de l'avenir du site et de ses employés qui doit être urgemment posée », ajoute l'élu municipal écologiste, qui siège dans l'opposition à Glomel.
Une réserve régionale naturelle ainsi que deux stations de pompage d'eau potable, à 8 et à 20 km, se trouvent en aval de la mine. L'étude d'impact réalisée en 2024 concernant le creusement d'une quatrième fosse d'extraction rappelait la « nécessité de maintenir une vigilance importante sur la qualité des eaux rejetées par le site ». Il s'agit du premier bassin versant basculé en crise sécheresse cet été en Bretagne.
📷 Montage présentant une photo aérienne du Sabès (IGN) et un cliché du ruisseau du Sabès pris par Douar Bev le 9 août.