Mon carnet George Sand

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Mon carnet George Sand Mon carnet George Sand, ouvre ses pages sur la vie de George Sand, sa famille, son Nohant, ses amis, et son œuvre à travers des textes, citations et photos

Ainsi de nos souvenirs, où se résument comme un parfum tout un passé composé de tristesse et de joie, de revers et de vi...
06/06/2026

Ainsi de nos souvenirs, où se résument comme un parfum tout un passé composé de tristesse et de joie, de revers et de victoires. Il y a dans cet herbier-là des épines et des poisons : l’ortie, la ronce et la ciguë y figurent ; mais tant de fleurs délicieusement belles et bienfaisantes sont là pour ramener à l’optimisme, qui serait peut-être la plus vraie des philosophies !.. L’herbier est encore autre chose, c’est un reliquaire. Pas un individu qui ne soit un souvenir doux et pur. On ne fait de la botanique bien attentive que quand on a l’esprit libre des grandes préoccupations personnelles ou reposé des grandes douleurs. Chaque plante rappelle donc une heure de calme ou d’accalmie. Elle rappelle aussi les beaux jours des années écoulées, car on choisit ces jours-là pour chercher la vie épanouie et s’épanouir pour son propre compte.

George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur, le 20 avril 1868 à Nohant, édition Calmann Lévy, 1877, Paris.

Illustrations : Herbier de George Sand (Musée George Sand et de la Vallée Noire, La Châtre - BnF). George Sand par Nadar (Collection privée).

Il fait sombre, l’orage s’amasse, et déjà vers l’horizon les hachures de la pluie se dessinent en gris de perle sur le g...
05/06/2026

Il fait sombre, l’orage s’amasse, et déjà vers l’horizon les hachures de la pluie se dessinent en gris de perle sur le gris ardoise du ciel. La bourrasque va se déchaîner, les feuilles commencent à frissonner à la cime des tilleuls, et la flèche déliée des cèdres oscille, incertaine de la direction que le vent va prendre. C’est le moment de rentrer les enfants, les petites chaises et les jouets fragiles. L’aînée voudrait jouer encore sur la terrasse, elle ne croit pas à la pluie ; mais le vent vient brusquement gonfler les plis de sa petite jupe, une large goutte d’eau tombe sur sa main mignonne. Elle saisit sa chère Henriette, la poupée favorite, et vient se réfugier dans mon cabinet.

Alors commence un nouveau jeu : le jeu, la fiction, le drame de la pluie. L’enfant ouvre une ombrelle et marche effarée par la chambre ; elle se livre à une pantomime charmante de grâce et de vérité. Elle se courbe sous les coups de l’aquilon, elle fuit devant la rivière qui déborde, elle avertit Henriette de tous les dangers qui la menacent, elle la préserve, elle la pelotonne sous son bras, enfin elle combat la tempête avec elle, et, toute souriante et palpitante, m’apporte son enfant, qu’il me faut essuyer, réchauffer et caresser comme un Moïse sauvé des eaux. Cette comparaison, qui ne peut pas être dans son esprit, perce aussitôt dans le mien.

George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur, à Maurice Sand, Nohant 15 juillet 1868. Edition Calmann Lévy, 1877, Paris.

Illustrations : Aurore Sand la petite-fille de George Sand, photographie Placide Verdot et George Sand par placide Verdot (Collection privée). Aurore avec sa poupée, Lina sa maman et Gabrielle sa sœur (Photo Verdot BnF) Nohant de nos jours.

George Sand et le Panthéon, son regard...Je revenais seul au clair de la lune par le Panthéon silencieux. La brume avait...
04/06/2026

George Sand et le Panthéon, son regard...

Je revenais seul au clair de la lune par le Panthéon silencieux. La brume avait tout envahi, mais la lune, perçant ce voile argenté, enlevait de pâles lumières sur le fronton et sur le dôme qui paraissait énorme et comme bâti dans les nuages. La place était déserte, et le monument, qui n’aura jamais l’aspect d’une église, quoi qu’on fasse, était beau de sérénité avec ses grands murs froids et sa coupole perdue dans les hautes régions. Je sentis ma tristesse s’agrandir et s’élever. Ce colosse d’architecture n’est rien, en somme, qu’un tombeau voté aux grands hommes, et il faudra qu’il se rouvre un jour pour recevoir leur cendre ou leur effigie. Mais je ne pensais pas aux morts en contemplant cette tombe. J’avais lu vos radieux poèmes sur la vie, et la vie m’apparaissait impassiblement éternelle en dépit de nos simulacres d’éternelle séparation.

Pourquoi des sépultures et des hypogées ? me disais-je. Il n’y a pas de morts. Il y a des amis séparés pour un temps, mais le temps est court, le temps est relatif, le temps n’existe pas ; et, pensant à la flamme immortelle que Dieu a mise en nous, dans ceux qui chevauchent les monstres comme dans les plus humbles pasteurs de brebis, je lui disais ce que vous dites à la poésie :


George Sand, extrait et fin d'une lettre adressée à Victor Hugo en novembre 1865, Nouvelles lettres d'un voyageur, édition Calmann Lévy.

Illustrations : George Sand par Nadar, le Panthéon de nos jours.

Vivre est un bonheur quand même, parce que la vie est un don ; mais il y a bien des jours, dans notre éphémère existence...
03/06/2026

Vivre est un bonheur quand même, parce que la vie est un don ; mais il y a bien des jours, dans notre éphémère existence humaine, où nous ne sentons pas ce bonheur. Ce n’est pas la faute de l’univers ! Les personnalités puissantes souffrent moins que les autres. Elles traversent les crises avec une vaillance extraordinaire, et, quand elles sont forcées de descendre dans les abîmes du doute et de la douleur, elles remontent, les mains pleines de poésies sublimes.

Tel vous êtes, ô poète que nous admirons ! dans la tempête, vous chantez plus haut que la foudre, et, quand un rayon de soleil vous enivre, vous avez l’exubérante gaieté du printemps. Si tout est gris et morne autour de vous, votre âme se met à l’unisson des heures pâles et lugubres ; mais vous chantez toujours et vous voyez, vous sentez, même sous l’impression accablante du néant, la profondeur des choses cachées sous le silence et l’ombre. Ce mutisme intérieur des cœurs brisés, cette surdité subite de l’esprit fermé à tous les renouvellements du dehors, vous ne les connaissez pas. Cela est heureux pour nous, car votre voix est un événement dans nos destinées, et, quand nous n’entendons plus celle de la nature, vous parlez pour elle et vous nous forcez d’écouter. Il faut donc s’éveiller, et demander à votre immense vitalité un souffle qui nous ranime. Nul n’a le droit d’être indifférent quand votre fanfare retentit. C’est un appel à la vie, à la force, à la croyance, à la reconnaissance que nous devons à l’auteur du beau dans l’univers. Ne pas vous écouter, c’est être ingrat envers lui, car personne ne le connaît et ne le célèbre comme vous.

George Sand, extrait d'une lettre adressée à Victor Hugo en novembre 1865, Nouvelles lettres d'un voyageur, édition Calmann Lévy, 1877.

Illustrations : George Sand et Victor Hugo par Nadar (BnF)

c’est si beau, le courage ! « Ayez-en, vous dit-on ; tous en ont, il faut en avoir. » Et on répond : « J’en ai ! » Oui, ...
02/06/2026

c’est si beau, le courage ! « Ayez-en, vous dit-on ; tous en ont, il faut en avoir. » Et on répond : « J’en ai ! » Oui, on en a, quand on vient d’être frappé et qu’il faut sourire pour laisser croire que la blessure n’est pas trop profonde. Mais après ? quand le devoir est accompli, quand on a pressé les mains amies, quand on a dissipé les tendres inquiétudes, quand on reprend sa route sur le sol ébranlé, quand on s’est remis au travail, au métier, au devoir ; quand tout est dit enfin sur notre infortune et qu’il n’est plus délicat d’accepter la pitié des bons cœurs, est-ce donc fini ? Non, c’est le vrai chagrin qui commence, en même temps que la lutte se clôt. On avance, on écoute, on voit vivre, on essaie de vivre aussi ; mais quelle nuit dans la solitude ! Est-ce la fatigue qui persiste, ou s’est-il fait une diminution de vie en nous, une déperdition de forces ? J’ai peine à croire qu’en perdant ceux qu’on aime, on conserve son âme entière. À moins que….

Oui, allons, la vie ne se perd pas, elle se déplace. Elle s’élance et se transporte au-delà de cet horizon que nous croyons être le cercle de notre existence.

George Sand, extrait d'une lettre adressée à Victor Hugo en novembre 1865, Nouvelles lettres d'un voyageur, édition Calmann Lévy 1877, Paris.

Illustrations : Le cabinet de travail de George Sand à Nohant vers 1930 et 1970 (Collection privée)

Et pourtant, la nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle verse la poésie et la beauté à tous les êtres, ...
01/06/2026

Et pourtant, la nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle verse la poésie et la beauté à tous les êtres, à toutes les plantes, qu’on laisse s’y développer à souhait. Elle possède le secret du bonheur, et nul n’a su le lui ravir. Le plus heureux des hommes serait celui qui, possédant la science de son labeur et travaillant de ses mains, puisant le bien-être et la liberté dans l’exercice de sa force intelligente, aurait le temps de vivre par le cœur et par le cerveau, de comprendre son œuvre et d’aimer celle de Dieu.

George Sand, extrait du roman La mare au Diable, chapitre II de l'édition Calmann Lévy, 1853.

Illustrations : George Sand par Nadar (BnF).

Le 13 août 1863 Eugène Delacroix , l'ami de toujours, meurt dans son atelier parisien de la tuberculose.George Sand pose...
31/05/2026

Le 13 août 1863 Eugène Delacroix , l'ami de toujours, meurt dans son atelier parisien de la tuberculose.

George Sand pose son regard sur...

« L’absence et la mort ne diffèrent pas beaucoup ; donc, on ne se quitte pas, on se perd de vue ; mais on sait bien que, n’importe où, on se retrouvera. Aussi je ne dis jamais adieu dans le sens de « Dieu nous sépare ! »
je le dis toujours dans le sens « Au revoir en Dieu, sur cette terre ou sur une autre ! »
Est-ce que l’on ne fait pas de progrès tant qu’on veut vivre et tant qu’on croit à l’idéal ? Est-ce que l’idéal ne sert qu’à cette vie d’un jour ou deux sur la terre ? Ne croyez pas cela.
Nous emportons avec nous ce que nous avons acquis, et nous l’emportons pour l’accroître dans l’éternité. Qu’importe que, dans une ou deux de nos existences, nous n’ayons pas été assez encouragés, si nous avons entretenu le feu sacré en nous et dans les autres ?
Ne comptez pas pour rien ces heures où vous donnez, avec votre âme, celle des grands maîtres à vos amis ; tout cela, c’est un échange, entre eux, vous et nous, de ce qu’il y a de meilleur et de plus élevé dans le sanctuaire commun».

George Sand, extrait d'une lettre adressée à Joseph Dessauer le 15 août 1863, Nohant.

Illustrations : George Sand par Nadar, colorisation moderne (Mon carnet George Sand)

« Si le monde était juste et raisonnable, il ferait plus attention à mon cœur qu’à ma vilaine figure et mes mauvais habi...
30/05/2026

« Si le monde était juste et raisonnable, il ferait plus attention à mon cœur qu’à ma vilaine figure et mes mauvais habillements.»

George Sand, extrait du roman La petite Fadette.

Illustrations : George Sand, photo/dessin par le photographe Pesme à Paris (BnF)

Le dernier jour à Nohant avant un départ pour Paris...Vendredi 29 mai 1874,Temps superbe, grande chaleur. Jardin, paquet...
29/05/2026

Le dernier jour à Nohant avant un départ pour Paris...

Vendredi 29 mai 1874,

Temps superbe, grande chaleur. Jardin, paquets et rabibochages.
Le soir jardin, 1 dessin, domino. J'ai le coeur très gros cette fois de m'en aller.
J'ai toujours peur de mourir loin des miens dans un de ces voyages. C'est bête car je me sens encore la force de faire mon état.
Je bige à peine mes fillettes pour ne pas trop penser que je les quitte.

George Sand, extrait de l'agenda de 1874.

Illustrations : La page de l'agenda manuscrite par George Sand de l'agenda de 1874 (BnF) - La famille Sand par Verdot et Nadar (Bibliothèque patrimoniale de Paris)

Le lendemain, en quatre heures, nous gagnons Cannes. Le trajet le long de la mer est aussi beau que celui de Marseille à...
28/05/2026

Le lendemain, en quatre heures, nous gagnons Cannes. Le trajet le long de la mer est aussi beau que celui de Marseille à Toulon, et tout cela se ressemble sans s’identifier. Ce qui est nouveau d’aspect pour moi, c’est la chaîne des Mores, montagnes couvertes de forêts et d’une tournure fière avec un air sombre. On les côtoie et on entre dans les contre-forts de l’Estérel, massif superbe de porphyre rouge découpé tout autrement que la Carpiagne, qui est calcaire et disloquée. L’Estérel à la physionomie d’une chose d’art, des mouvements logiques et voulus comme les ont généralement les roches éruptives. Ses sommets ont peu de brèche, ses dents s’arrondissent comme des bouillonnements saisis d’un brusque refroidissement. Rien ne prouve que telle soit la cause de ces formes arrêtées et solides, mais l’esprit s’en empare comme d’une raison d’être des ligues moutonnées qui festonnent le ciel et qui descendent en bondissements jusque dans la mer. Petites montagnes, collines en réalité, mais si élégantes et si fières qu’elles paraissent imposantes. Une grande variété de groupements, rentrant dans l’unité de plans de la structure générale, peu de blocs isolés ou détachés là où l’homme n’a pas mis la main ; des murailles droites inexpugnables, des plissements soudains arrêtés par des mamelonnements tumultueux qui se dressent en masses homogènes, compactes, d’une grande puissance. Rien ici ne sent le désastre et l’effondrement. Rien ne fait songer aux cataclysmes primitifs. C’est un édifice et non une ruine ; la végétation y prend ses ébats, et le mois de mai doit y être un enchantement.

George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur, avril 1868 à Gustave Tourangin. Edition Calmann Lévy.

Le musée des Beaux-Arts de Draguignan présente l’exposition Les roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle, consacrée à un territoire emblématique situé à proximité. À travers une sélection d’œuvres et d’archives, elle met en lumière l’Estérel comme une source d’inspiration majeure pour les artistes. La scénographie immersive invite le visiteur à une véritable promenade au cœur de ces paysages singuliers. Cette exposition propose ainsi une redécouverte sensible et inédite de ce massif, entre art, patrimoine et enjeux contemporains.
Exposition du 22 mai au 31 octobre 2026, Musée des Beaux-Arts, 9 rue de la République, 83300 Draguignan. Tél 04 98 10 26 85. de 10h à 18h. Fermé le mardi.

Illustrations : Hercule TRACHEL Synthétisation de la Riviera de l'Estérel à Bordighera Aquarelle (Villa Masséna, Nice) - Affiche Les roches rouges, exposition temporaire au musée des Beaux-Arts de Draguignan. George Sand par Nadar (© National Portrait Gallery, London)

Musée des Beaux-Arts de Draguignan

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