06/06/2026
Ainsi de nos souvenirs, où se résument comme un parfum tout un passé composé de tristesse et de joie, de revers et de victoires. Il y a dans cet herbier-là des épines et des poisons : l’ortie, la ronce et la ciguë y figurent ; mais tant de fleurs délicieusement belles et bienfaisantes sont là pour ramener à l’optimisme, qui serait peut-être la plus vraie des philosophies !.. L’herbier est encore autre chose, c’est un reliquaire. Pas un individu qui ne soit un souvenir doux et pur. On ne fait de la botanique bien attentive que quand on a l’esprit libre des grandes préoccupations personnelles ou reposé des grandes douleurs. Chaque plante rappelle donc une heure de calme ou d’accalmie. Elle rappelle aussi les beaux jours des années écoulées, car on choisit ces jours-là pour chercher la vie épanouie et s’épanouir pour son propre compte.
George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur, le 20 avril 1868 à Nohant, édition Calmann Lévy, 1877, Paris.
Illustrations : Herbier de George Sand (Musée George Sand et de la Vallée Noire, La Châtre - BnF). George Sand par Nadar (Collection privée).