19/02/2026
Le Cameroun accède à l’indépendance sous le président Amadou Ahidjo. Sa mission, dictée par la France qui n’avait pas réellement quitté son rôle de colon, était de mettre fin au maquis. La lutte armée menée par l’UPC, avec des figures comme Ernest Ouandié, menaçait la stabilité du pays. Après la mort de Ouandié en 1971, il fallait trouver un compromis pour calmer l’Ouest, foyer de la contestation. Le « deal » fut d’accorder aux Bamiléké un accès privilégié à l’économie, ce qu’ils réclamaient pour mettre fin à la guerre. C’est ainsi que la bourgeoisie d’affaires bamiléké a commencé à se structurer sous Ahidjo. Mais lui, tout en donnant, restait méfiant : il voyait leur dynamisme et leur proximité avec le colon français comme une force à surveiller.
2.
Les Bassa, eux, n’ont rien obtenu. Leur droiture et leur refus de compromis avec le pouvoir les ont laissés en marge. Fidèles à l’UPC et à la mémoire du maquis, ils ont été marginalisés politiquement et économiquement. Ahidjo est allé plus loin : pour briser leur cohésion, il a divisé leurs territoires en plusieurs départements. Certains ont été envoyés dans la Sanaga-Maritime, d’autres dans l’Océan, d’autres encore dans le Nyong-et-Kellé. Cette dispersion n’était pas anodine : il fallait détruire la souche bassa, les empêcher de former un bloc homogène capable de peser politiquement.
3.
Là où Ahidjo donnait sous contrainte et avec vigilance, Biya a tout donné sans retenue. Il a multiplié les facilités économiques pour les Bamiléké, renforçant leur puissance financière et leur permettant de consolider un quasi-monopole dans certains secteurs. Dans le même temps, il a réduit au silence les autres communautés. Les Bassa sont restés divisés et affaiblis, héritant de la marginalisation commencée sous Ahidjo.
4.
Chez les Ekang, une partie des élites a accompagné Paul Biya dans sa logique. Comme lui, elles ont empêché l’émergence des jeunes Ekang, mais pour des raisons différentes : Biya le faisait pour protéger son siège présidentiel, elles le faisaient pour protéger leurs postes ministériels et leur influence dans le gouvernement. La mécanique était identique : étouffer toute concurrence interne pour préserver leur position.
Mais ces élites vivaient sous une règle stricte : ne jamais regarder le fauteuil de Biya. Ceux qui ont franchi cette ligne rouge ont été neutralisés. Des figures comme Polycarpe Mebengo ou Jean-Marie Atangana Mebara en sont des exemples. Ils ont été envoyés en prison parce qu’ils étaient perçus comme trop ambitieux, trop proches du pouvoir, et donc comme des menaces potentielles pour le président.
5.
Ce contraste est révélateur : Biya n’a pas hésité à sacrifier des Ekang, même fidèles, tandis qu’il accordait des privilèges à des Bamiléké. L’affaire Mendo Ze et Yves Michel Fotso illustre bien cette logique. Les deux ont été emprisonnés à la même période et ont sollicité une évacuation sanitaire. Yves Michel Fotso, Bamiléké, a obtenu cette faveur et a survécu. Mendo Ze, pourtant de la même aire culturelle que Biya, est mort en prison. Sa fille Marlène a même affirmé qu’il avait été assassiné sous ordre du cabinet civil, lorsqu’on l’emmenait dans l’ambulance.
6.
Aujourd’hui, en 2026, la jeunesse Ekang est divisée. Une partie se contente de soutenir Paul Biya simplement parce qu’il est Ekang, même si elle n’a rien obtenu de concret. L’autre partie, plus éveillée, accuse ses élites de complicité et de trahison. Elle constate que ses camarades meurent dans les combats à Bamenda, mais qu’on ne leur donne pas les moyens de devenir des hommes d’affaires au même titre que les Bamiléké.
C’est cette jeunesse critique qui met en lumière le malaise : Paul Biya n’a jamais cherché à développer sa communauté ni les Bantous en général, mais à conserver son pouvoir en étouffant toute concurrence. Les élites Ekang ont accompagné cette logique pour protéger leurs postes, mais elles ont fini par trahir leur propre jeunesse.
7. Conclusion :
On ne saurait en vouloir aux Bamiléké qui ont su pousser leurs pions pour en être là. Ils ont consolidé leur position par stratégie et persévérance. C’est aux Bantous de se réveiller et d’arrêter d’accorder du crédit à Paul Biya, l’infiltré au service de la conservation du pouvoir et de la communauté bamiléké.