11/07/2026
J'ai glané cet excellent texte de Maximino Fernández :
"Le chef-d’œuvre le plus abouti du capitalisme contemporain n’est ni l’iPhone, ni la start-up licorne, ni même le milliardaire visionnaire. Non. Son produit phare, son bijou anthropologique, sa plus belle réussite, c’est le pauvre de droite. Une véritable prouesse sociale, dépouillé matériellement, mais riche en certitudes contre ses propres intérêts.
On l’a façonné avec soin. On lui a expliqué que ses problèmes venaient toujours d’en bas ou d’à côté, l’immigré, l’assisté, le fonctionnaire, le chômeur, jamais du haut. On lui a appris à haïr l’impôt tout en survivant grâce aux services publics. À défendre les héritiers tout en n’ayant rien à transmettre. À applaudir ceux qui l’écrasent, pourvu qu’ils parlent fort et promettent l’ordre.
Le pauvre de droite est une créature fascinante, il vote contre lui-même avec ferveur, persuadé qu’un jour, peut-être, il sera du bon côté de la barrière. Il confond la brutalité avec le courage, l’autoritarisme avec la protection, l’injustice avec le mérite. On lui vend la peur en kit, l’identité en solde, la colère en vrac par abonnement mensuel.
À l’aube de ce monde nouveau, les monstres ne surgissent pas des marges : ils montent des urnes, des plateaux télé, des slogans simplistes. Ils prospèrent sur la misère organisée et la lucidité sabotée. Le capitalisme n’a pas seulement produit de la pauvreté ; il a réussi bien pire : la rendre docile, obéissante, hargneuse, et reconnaissante. Un chef-d'œuvre je vous dis !"
Un internaute Razouz