15/05/2025
Le coin du coordo🌐:
Dans les Unités de Gestion de Projet (UGP), le Responsable Administratif et Financier (RAF) occupe une position stratégique. Il est le garant de l’utilisation efficace des ressources, mais trop souvent, sa mission se transforme en un frein à l’action. Puisqu'entre les procédures complexes, les contrôles tatillons et une communication opaque, le service financier devient une forteresse isolée, sauf que cette situation n’est pas une fatalité, car mon propre vécu le prouve de façon éloquence, en qualité de coordonnateur du projet de filets sociaux productifs, j'ai eu l'insigne honneur de decouvrir un jeune expert dont l'implication a pu montrer qu’un autre modèle est possible.
Arrivé dans une unité engluée dans des répliques procédurales mal ajustées, ce jeune expert, formé dans les institutions internationales, a rapidement identifié les symptômes de dysfonctionnement : une culture de collaboration basée sur la dictature des postes, où chaque agent défendait son territoire sans ouverture ; un langage financier hermétique qui éloignait les autres membres de l’équipe ; une accumulation de procédures complexes qui re**rdaient l’exécution des activités ; et surtout, une défiance généralisée où chaque demande de fonds était perçue comme une potentielle source de fraude.
Mais plutôt que de se conformer à cette dynamique, il a choisi de transformer radicalement la gestion financière. D’abord, il a simplifié les procédures, réduisant les formulaires à l’essentiel, introduisant une checklist claire pour chaque type de dépense. Ensuite, il a adopté une communication pédagogique, expliquant les règles aux membres de l’équipe, les aidant à comprendre pourquoi elles existent et comment les respecter sans perdre de temps. Cette transparence a immédiatement renforcé la confiance et réduit les frustrations.
En parallèle, il a changé sa posture, passant de contrôleur à facilitateur. Plutôt que de bloquer les demandes incomplètes, il contactait directement les initiateurs pour les aider à corriger les erreurs. Chaque rejet devenait une opportunité de formation. Il ne s’est pas arrêté là. Il a introduit une gestion proactive des ressources, anticipant les besoins des différentes composantes, planifiant les décaissements, et veillant à ce que les lignes budgétaires soient alignées avec les priorités du projet.
Ce changement de culture n’a pas seulement été une question de méthode, mais aussi de collaboration. Il a organisé des réunions régulières avec les autres spécialistes (passation des marchés, suivi-évaluation, communication) pour comprendre leurs défis, anticiper les blocages financiers et proposer des solutions conjointes. L’unité est passée d’un environnement cloisonné, où chaque spécialiste fonctionnait en silo, à une équipe intégrée.
Les résultats ne se sont pas fait attendre. Les délais de traitement des dossiers financiers ont été réduits de moitié. Les membres de l’équipe, autrefois réticents, ont commencé à solliciter les conseils du service financier. Les tensions ont laissé place à une coopération fluide, et les partenaires techniques ont salué l’efficacité de la gestion financière.
Cet esprit de transformation a été particulièrement visible dans la Cellule des Filets Sociaux Productifs. Une unité qui, avant l’arrivée du jeune expert, était perçue comme une tour de Babel, où les procédures s’empilaient sans logique, et où chaque demande de fonds devenait un parcours du combattant. En quelques mois, il a redonné du souffle à l’équipe, transformant la gestion financière en un support adapté et adoptif.
Cette expérience montre qu’un service financier n’est pas seulement un espace de contrôle, mais un véritable levier de performance. Tout dépend de la posture adoptée par le RAF. Entre rigidité et souplesse, entre conformité et soutien, il y a une voie de l’intelligence pratique. Et c’est cette voie qui fait toute la différence.
Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets