30/06/2026
le droit du sexe
Article 1 : Le droit du sexe : une illusion… ou un angle mort du droit ?
A- Peut-on vraiment parler de “droit du sexe” ?
Parler de droit du sexe peut faire sourire, tant l’expression semble informelle, voire provocatrice. Et pourtant, à bien y réfléchir, non seulement on peut y penser, mais on doit y penser. Le droit est présent dans la sexualité. Comme élément quasi omniprésent, il occupe une place non négligeable dans l’activité sexuelle, et mérite à ce titre d’être interrogé.
En réalité, il n’existe aucun cours à la faculté de droit portant explicitement le titre de “droit du sexe”. Pas de code, pas de cursus, pas même une matière clairement identifiée. Pourtant, les éléments juridiques relatifs à ce sujet sont si nombreux qu’un tel enseignement serait non seulement pertinent, mais aussi particulièrement riche et stimulant.
Parler de droit du sexe pourrait paraître innovant, mais surtout nécessaire. Car aujourd’hui, ce droit est fondamentalement transversal. Il est à la fois pénal, civil, social, et même dans le champ des droits fondamentaux :
• Pénal, lorsqu’il s’agit de sanctionner le viol ou les agressions sexuelles.
• Civil, lorsqu’il traverse le mariage, la fidélité ou la filiation.
• Social, lorsqu’il surgit dans le harcèlement au travail.
• Fondamental, lorsqu’il touche à la liberté, à l’intimité et à l’identité.
Précisément, le droit du sexe est presque partout dans le droit, mais nulle part dans les concepts juridiques. Ce paradoxe est révélateur. Il exprime une conception collective de l’intime : le besoin d’encadrer la sexualité est bien réel, mais il demeure réticent à se penser comme un objet ou une discipline juridique autonome.
On se retrouve ainsi dans une logique où le droit contourne la sexualité plutôt qu’il ne l’affronte. Mais cette conception se heurte de plus en plus aux enjeux contemporains, qui en révèlent les limites. Car, si par pudeur on refuse parfois d’en parler, un ensemble de questions, lui, ne se tait pas :
Que faire face au revenge p**n ?
Comment regarder le consentement sexuel à l’ère du numérique ?
Le travail du sexe en ligne peut-il être considéré comme une activité comme une autre ?
Quelles sont les limites de la liberté sexuelle ?
Jusqu’à présent, ces questions relèvent du droit pénal, du droit civil ou du droit du travail, pris isolément. Mais au fond, la science du droit doit aller plus loin et intégrer ces problématiques dans une approche plus transversale, inscrite dans une pensée globale.
Autrement dit, la multiplication de ces interrogations annonce peut-être la naissance de ce que l’on n’ose pas encore pleinement nommer : un véritable droit du sexe. Le tabou ne doit plus constituer un obstacle à la réflexion juridique.
Une telle approche appelle un droit du sexe à part entière ; non comme un droit moral ou intrusif, mais comme un droit lucide, capable de penser l’intime sans le réduire, et de protéger sans enfermer.
Car, finalement, la vraie question n’est pas de savoir si le “droit du sexe” existe ; elle est peut-être celle-ci : Peut-on encore se permettre de faire comme s’il n’existait pas ?
James Lee CHERY