05/09/2026
🗞 Aux racines du régionalisme catholique valdôtain
En Vallée d’Aoste, le régionalisme catholique ne fut pas seulement une doctrine politique : il naquit d’une conception de la société fondée sur la dignité de la personne, la valeur des communautés et le bien commun.
Trois des seize fondateurs de l’Union Valdôtaine, les chanoines Jean-Joconde Stévenin, Joseph Bréan et Charles Bovard, en incarnent une expression très significative.
Stévenin en fut l’un des précurseurs. Figure majeure du catholicisme social valdôtain, il associa l’action pastorale à un engagement concret, favorisant caisses rurales, coopératives et formes de solidarité renforçant les communautés locales. Son régionalisme concevait l’autonomie comme la reconnaissance de la capacité d’une communauté à gouverner ses intérêts. En mai 1945, son projet de Statut prévoyait de larges pouvoirs pour la Vallée d’Aoste, la parité des langues française et italienne ainsi que la propriété régionale des eaux publiques et des richesses du sous-sol.
Avec Joseph Bréan, cette pensée acquit une dimension plus doctrinale. Dans Civilisation alpestre, il voyait dans le christianisme une force capable d’unir sans effacer les identités. Il défendait une « organisation fédérative » fondée sur « le respect de la dignité humaine et des particularismes de chaque communauté ». L’autonomie devenait ainsi l’expression politique d’un principe chrétien : l’homme ne vit pas isolé, mais au sein de communautés qui doivent être respectées, responsabilisées et libres de déterminer leur avenir.
Charles Bovard, proche de Bréan et de Chanoux, s’inscrit dans cette même saison intellectuelle et civique. Son engagement dans la Résistance et dans la défense de l’identité valdôtaine témoigne d’un autonomisme où culture, foi, justice sociale et liberté collective pouvaient se rejoindre.
Le 13 septembre 1945, Stévenin, Bréan et Bovard apportèrent ainsi à la naissance de l’Union Valdôtaine une tradition précise : celle d’un régionalisme qui ne sépare pas l’autonomie de la personne, la liberté de la responsabilité, l’identité de l’ouverture. Une pensée qui demeure l’une des racines profondes du fédéralisme valdôtain.