09/06/2026
Educateurs de rue - ville Tampon
2026, il n'y a plus d'éducateurs de rue au Tampon.
Plus de café partagé le matin. Plus de lieu où s'asseoir quelques instants au chaud. Plus de temps d'écoute. Plus de présence quotidienne auprès de celles et ceux qui vivent dans la rue ou dans une grande précarité.
Ils se retrouvent aujourd'hui abandonnés dans le froid, parce qu'à un moment donné, des institutions ont décidé de mettre fin à ces accompagnements.
Faut-il en conclure que ces personnes ne sont plus dignes d'être aidées ?
Pourtant, le coût de ce dispositif représentait 170 000 euros par an pour le Tampon. Aujourd'hui, six mois se sont écoulés depuis son arrêt. Six mois pendant lesquels des femmes, des hommes et des jeunes se retrouvent sans ce lien essentiel, sans cette présence qui permettait parfois d'éviter le pire.
Nous sommes en hiver. Les températures chutent sur les Hauts de l'île, et chaque nuit passée dehors est une épreuve.
Cette situation rappelle tristement le conte La Petite Fille aux allumettes : une enfant invisible aux yeux de tous, qui affronte le froid dans l'indifférence générale. Plus d'un siècle après, combien de personnes vivent encore cette même invisibilité, dans l'attente d'un regard, d'une main tendue, d'une écoute ?
Être éducateur de rue, ce n'est pas seulement accompagner. C'est aller vers, créer une relation de confiance avec ceux qui ne croient plus en personne, prévenir les ruptures, éviter que des situations déjà dramatiques ne deviennent irréversibles.
Derrière chaque personne sans domicile, il y a une histoire : une perte d'emploi, une séparation, une rupture familiale, une sortie sèche d'un dispositif de protection. Il y a surtout un être humain.
Une société ne se mesure pas seulement à ses investissements ou à ses infrastructures. Elle se mesure aussi à la place qu'elle accorde aux plus fragiles.
Aujourd'hui, au Tampon, l'absence des éducateurs de rue laisse un vide. Et ce vide, ce sont les plus vulnérables qui le subissent, dans le froid, dans la solitude et dans le silence. Leur dignité mérite pourtant mieux que l'indifférence.
Éducateurs de rue du Tampon.