06/06/2021
Le maire Abdoulaye Diop n’est pas un adversaire facile : il est à prendre très au sérieux
Les faits montrent que les leaders politiques sont souvent victimes de la cécité de leur staff, de ceux dont ils disent « leurs hommes de confiance » et qui, dans bien des cas, font des analyses tronquées de la réalité. Pas tous, mais dans le staff, il y a toujours des flagorneurs larbins de tout acabit qui disent au « boss » tout ce qu’il veut entendre pour espérer l’apprivoiser et bouffer son fric. Des termes flatteurs alimentent les réunions et encensent « le candidat » : vous êtes le meilleur, vous allez gagner facilement, nous maîtrisons tout, vous allez passer comme sur une boule, vous êtes un homme fort… Voici des expressions qui ont induit en erreur beaucoup de leaders politiques qui espéraient gagner haut la main. C’est un su***de d’aller à une élection en se fiant sur ce que les laudateurs disent sans, au préalable, faire une analyse objective des faits et de sa performance.
Abdoulaye Diop, maire de Sédhiou depuis 2014, est un homme politique que j’ai suivi en tant qu’observateur depuis très longtemps. Très attentif à ses moindres actions et à chacune de ses paroles, je m’étais rendu compte, du haut de mes analyses du personnage, que le « patron » - comme l’appellent ses inconditionnels -, est à prendre au sérieux. Très au sérieux. Comme tout leader politique, il a des atouts et des faiblesses. Ses deux principaux atouts sont la tactique et le marketing politique. C’est un vrai tacticien et moins stratège. La tactique est « l’art de diriger une bataille en combinant, par des manœuvres, l’action des différents moyens de combat et les effets des armes, afin d’obtenir un résultat déterminé ». A contrario, la stratégie offre un dessein plus grand, plus réfléchi, dans la mesure où elle est planifiée sur le long terme et est composée de différentes tactiques. Au bout du compte, c’est la stratégie qui permet de gagner une guerre. Or, « ministre » est plus tacticien que stratège. Concrètement, sa méthode est démontable ; mais comment… ?
À vrai dire, le « patron » aurait dû être plus efficace s’il savait allier la tactique et la stratégie. Mais, un bon stratège en politique accepte, quelquefois, des compromis. Attention ! pas de compromis suicidaires. Avec Abdoulaye Diop, puisqu’il est un peu parano, il n’y a que des compromissions. Hormis ses inévitables logorrhées, allant de son parcours au Burkina, en Guinée, à MTOA, en passant par Bolloré…et à d’autres histoires qu’il aime raconter pour séduire, l’édile de Sédhiou à vraiment « la tête sur les épaules ». Il est futé et efficace. Il a, certes, une communication monotone avec un message unique indirectement adressé à tous, mais qui impressionne plus d’un, surtout les plus naïfs. Ses points faibles sont nombreux, mais souvent invisibles par certains opposants qui, galvanisés par leurs militants et frappés par l’excès de confiance, pensent qu’ils peuvent le gagner facilement.
Pourquoi il faut prendre AD très au sérieux ?
Le maire Abdoulaye Diop, à l’heure où j’écris ces lignes, est favori dans la course aux élections locales, parce qu’il est très en avance par rapport aux opposants sur le plan de la propagande politique. Ceci ne veut nullement dire qu’il va gagner les élections ! Les raisons d’une victoire électorale sont toujours nombreuses. Je ne fais pas de la fiction, je fais une observation. Pendant que certains leaders de l’APR passent tous leurs temps dans des groupes WhatsApp, espérant gagner de la sympathie, Abou peaufine ses tactiques, contacte certains opposants qui lui sont réfractaires, manœuvre pour avoir le soutien de certains ténors de l’APR, s’assure que ses inconditionnels sont bien là et prêts, descend chaque week-end sur le terrain et en contact permanent avec les populations, demande à ses poulains de prendre d’assaut Facebook pour le défendre et donne l’image de l’homme fort.
'' Ministre '', quoi que l’on puisse dire sur lui, il faut reconnaître qu’il n’est pas un adversaire qu’on peut gagner très facilement. Tous les observateurs et analystes avisés, qui suivent de près la situation à Sédhiou avec objectivité et qui connaissent le personnage AD, savent qu’il n’est pas facile à déboulonner. C’est un ministre de la République, un « homme d’affaires » qui, c’est certain, n’a pas un haut niveau intellectuel, mais il a ce que beaucoup de cadres n’ont pas : le courage, l’audace, de l'assurance, la ruse… C’est un bon manager, mais pas un bon leader politique. Le bon leader politique dit : allons-y ! Il est un bon manager parce qu’il maîtrise ses hommes, communique avec tous ceux qui ne sont pas avec lui dans l’espoir de les avoir un jour à ses côtés, même s’il faut dire qu’il est très clivant. C’est un leader politique dont la perception des choses frise le narcissisme. Il a du mal à accepter la diversité et il pense que tout le monde doit se ranger derrière lui. La théorie de « ceux qui sont avec moi m’aiment et ceux qui ne sont pas avec moi sont des nihilistes ». Il se trompe, hélas ! Même Dieu ne fait pas l’unanimité. Mais je comprends parfaitement le mode de fonctionnement de sa pensée, il faut être très cultivé pour comprendre que l’adversité, quand elle est saine, est importante. Quand on est très cultivé et humble, on accepte les critiques.
'' Ministre '' a un côté gentleman et fait preuve d'une confiance en soi et d'une audace qui imposent le respect. Il regarde son interlocuteur dans les yeux, sirotant son café..., tapant quelquefois sur la table en lançant des expressions comme : bilay walay douma sene morom, douma yafouss, barki yalla lala wahni gni malene meune. C'est un bluffeur intellectuel sans lectures consistantes, capable de s'adapter dans un débat avec une approche intelligente pour se tirer d'affaires. Son tempérament est parfois chaud, surtout lorsqu'il est très critiqué sur les réseaux sociaux ''. Sous le feu nourri de la critique, le '' boss '', souffle un de ses lieutenants, appelle une réunion de crise et nous engueule.
Il a la chance d'avoir des jeunes engagés auprès de lui, qui s'assument, encaissent, gèrent ses caprices et l'obéissent même s'il faut dire qu'il y a beaucoup de factions et de clans internes. La plupart d'entre eux, même s'ils critiquent dans les chambres et couloirs le '' patron '', lui tressent des lauriers devant lui et sur les réseaux sociaux. C'est le syndrome de Stockholm. Et c'est là que son intelligence managériale est perceptible. '' Diobo '' - expression que ses vielles militantes aiment bien - a certains jeunes proches de lui qui divisent plus qu'ils ne rassemblent, mais il a toujours su imposer son leadership au sein du groupe pour mobiliser les troupes à chaque fois que c'est nécessaire, malgré les rivalités impitoyables et déguisées dans son staff.
En dépit de sa gestion clanique, privilégiant ceux qui sont avec lui et qui chantent ses louanges, il a su offrir l’image du sauveur aux Sédhiois. Une image...mythique d'un homme qui a trouvé Sédhiou en lambeau et qui l’a reconstituée. Alors que toutes les réalisations à Sédhiou ont été faites par le président Macky Sall. Mais, comme il est le seul responsable de l’APR qui communique, il a pu mettre toutes ses réalisations à son profit. « Ministre » séduit ses inconditionnels, qui aiment imiter ses manières. Il sait là où il faut appuyer chez chacun de ses militants pour les neutraliser. Certes, il n’est pas une sommité intellectuelle, mais c’est un excellent manager qui n’est pas paresseux. Il se lève à 5 heures du matin, avant 6 heures il surfe sur les réseaux sociaux et a une idée générale de tout ce qui est dit sur lui. Il assure lui-même sa veille digitale, parce qu'il a compris que ce sont les réseaux sociaux qui fabriquent l'opinion. Il cible ceux qui ne lui sont pas favorables, cherche à les rencontrer pour savoir pourquoi ils ne sont pas avec lui, essaye de les enrôler… C’est un homme qui déborde d’énergie et un grand bosseur, prêt à débourser du fric pour atteindre ses objectifs. Il a un mental de winner, il ne se décourage pas. Mais son seul problème est qu’il pense que c’est l’argent qui gère tout… Abou est certes, pour certains qui l’ont côtoyé, un humaniste, mais un homme politique intransigeant. Pour le gagner, il faut de la stratégie... '' Ce qu'on appelle stratégie consiste essentiellement à passer les rivières sur les ponts et à franchir les montagnes par les cols '', cette pensée d'Anatole de France doit être décodée.
El Hadji Omar MASSALY
Chroniqueur