03/05/2026
Monsieur le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye,
Lors de votre récente interview, vous avez laissé entendre que les dossiers relatifs à la reddition des comptes transiteraient par la Présidence de la République avant d’être transmis à la Justice, comme s’il appartenait à l’Exécutif d’apprécier l’opportunité des poursuites. Une telle déclaration suscite une profonde inquiétude.
Dans un État de droit, la Justice ne saurait être subordonnée à une quelconque validation politique. Le principe de séparation des pouvoirs constitue le socle de notre République. Les procédures judiciaires doivent suivre leur cours en toute indépendance, sans intervention, filtre ou arbitrage préalable de l’Exécutif. Toute perception contraire fragilise la confiance des citoyens dans nos institutions et nourrit le doute sur l’impartialité des poursuites engagées.
Par ailleurs, je m’interroge sur l’absence d’évolution notable du dossier relatif à ECOTRA/THAUBERT, concernant des marchés de voirie et d’assainissement ayant fait l’objet de multiples avenants successifs d'ailleurs confirmés par la cour des comptes. Ces avenants ont porté le montant global du marché à près de 300 milliards de francs CFA, alors même que son coût initial s’élevait à 150 milliards de francs CFA. Bien que ce dossier se trouve, selon toute vraisemblance, sur la table du Pôle judiciaire financier, aucune suite concrète ne semble lui avoir été réservée à ce jour.
Cette inertie est incompréhensible au regard des engagements pris devant le peuple sénégalais en matière de transparence, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Elle est d’autant plus préoccupante qu’elle m’a contraint, en ma qualité de parlementaire, à devoir saisir directement l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption par le dépôt d’une plainte formelle.
Les Sénégalais attendent des actes, non des hésitations. La reddition des comptes doit être exhaustive, impartiale et affranchie de toute considération politique ou personnelle. Nul ne doit être protégé, nul ne doit être injustement ciblé. L’exigence de justice ne peut souffrir d’aucune exception. C’est à cette condition que la rupture tant promise conservera tout son sens.
Tahirou Sarr
Député, 15ème Législature
Président, Parti Jël Liñu Moom/LesNationalistes