31/10/2025
Entre incohérence et mauvaise foi : le paradoxe tchadien face à la justice.
Dans ce pays, il devient de plus en plus difficile de comprendre certaines réflexions, tant elles défient le bon sens. Pire encore, les intentions réelles de certains Tchadiens face aux décisions de justice semblent relever d’une logique contradictoire et déconcertante.
Depuis quelque temps, chaque fois qu’une institution judiciaire ou une agence de l’État entreprend une action pour rétablir la justice, faire respecter la loi ou lutter contre la corruption, une partie de l’opinion se lève aussitôt pour crier à l’injustice, au complot ou à la chasse aux sorcières.
Pourtant, ce sont souvent ces mêmes voix qui, quelques jours plus tôt, réclamaient du gouvernement une guerre sans merci contre les détourneurs de fonds publics, exigeaient des sanctions exemplaires et appelaient à la fin de l’impunité.
Comment comprendre alors que, lorsque la justice agit concrètement, ces mêmes personnes changent de discours et réclament l’acquittement des mis en cause ?
Ce paradoxe est révélateur d’un malaise profond dans notre rapport à la justice et à la responsabilité publique.
Beaucoup veulent la justice, mais seulement quand elle ne les touche pas. Beaucoup dénoncent la corruption, mais s’indignent dès qu’une enquête concerne un proche, un ami, ou un responsable de leur communauté.
L’affaire du ministère de l’Action sociale : un exemple frappant.
L’enquête menée récemment par l’Agence nationale de lutte contre la corruption (AILC) sur certains responsables du ministère de l’Action sociale illustre parfaitement cette situation.
Plutôt que de laisser la justice suivre son cours, certaines personnes ont préféré détourner l’attention, en s’attaquant à des individus non concernés par l’enquête, notamment le Directeur général de l’ONASA.
Cette tentative d’impliquer à tort un haut responsable dont l’intégrité n’a jamais été mise en cause relève d’une manipulation dangereuse, motivée par des intentions malveillantes.
Ternir l’image d’un citoyen innocent pour des raisons politiques ou personnelles n’est pas seulement injuste : c’est une atteinte grave à la morale, à l’éthique et à la cohésion nationale.
Encourager la justice, pas la rumeur.
Nous devons comprendre qu’aucune nation ne peut se construire sur la rumeur, la calomnie et la désinformation.
Les institutions de la République, notamment celles chargées de la lutte contre la corruption, doivent pouvoir travailler librement, sans pressions ni menaces.
Elles ont besoin du soutien du peuple et non de campagnes de dénigrement.
Plutôt que de nous livrer à un exercice stérile consistant à protéger les coupables et à salir les innocents, nous devons collectivement encourager ces institutions à faire leur travail avec indépendance et rigueur.
C’est à ce prix que le Tchad pourra un jour espérer bâtir un État de droit véritable, où la justice s’applique à tous, sans exception ni favoritisme.
Conclusion : la responsabilité citoyenne avant tout.
Les temps changent, et le Tchad ne peut plus se permettre de reculer.
Nous devons accepter que la justice suive son cours, que la vérité dérange parfois, mais qu’elle demeure nécessaire pour l’avenir du pays.
Soutenir la justice, ce n’est pas soutenir un camp contre un autre : c’est soutenir la vérité, l’équité et la transparence.
Car au bout du compte, ce ne sont pas les enquêtes ou les arrestations qui ternissent l’image du pays
ce sont nos contradictions, nos silences et nos complicités face à la corruption et à l’injustice.