14/08/2026
🔥 Cet été, la Wallonie picarde a brûlé, séché, étouffé.
Quand nous sommes aux responsabilités — communes ou Région — on agit : refuges climatiques, végétalisation, plans énergie-climat.
Ce que le Gouvernement fait, lui ? Jean-Luc Crucke, Ministre du Climat, peine à réunir ses propres collègues pour bâtir un plan chaleur commun.
Avec les élu·es Ecolo de Wallonie picarde, on a écrit noir sur blanc ce qu'il faut faire maintenant.
👉 Partage ce post et identifie -Luc Crucke en commentaire. Qu'il nous réponde.
Qui aurait pu prédire ? Nous toutes et tous !
Lettre ouverte des élues et élus communaux Ecolo de Wallonie picarde au Ministre du climat et à la conférence des Bourgmestres, aux parlementaires de Wallonie Picarde,
�Monsieur le Ministre en charge du Climat,
Mesdames, Messieurs les Bourgmestres,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Cet été, en Wallonie picarde comme ailleurs, des enfants ont tenté d'apprendre dans des classes devenues des saunas, pendant que leurs enseignantes et enseignants, entre deux manifestations pour défendre un enseignement de qualité, leur cherchaient un peu d'ombre et un ventilateur de fortune. Des aînées et des aînés ont fermé leurs volets en plein jour et attendu que la nuit apporte un peu d'air, seuls, parce que leurs enfants vivent loin, parce que les voisines et voisins travaillent, parce que personne n'est venu frapper à leur porte pour prendre des nouvelles. Dans nos communes, ce sont des travailleuses et travailleurs sociaux et des bénévoles de comités de quartier qui sont allés les chercher, avec de l'eau, une casquette, un peu d'attention, parce que personne d'autre ne le faisait à leur échelle.
Il est intolérable d'entendre encore résonner aujourd'hui cette petite musique du fatalisme ou de l'improvisation feinte, résumée par le fameux « qui aurait pu prédire ? ». Cette formule, symbole suprême du court-termisme politique, vole en éclats face à la réalité implacable de la canicule que nous subissons cet été. Rien de ce que nous vivons n'est une surprise. Pire : tout était non seulement prévisible, mais rigoureusement documenté, modélisé et annoncé depuis des décennies.
Quand la science avertissait, le déni politique a souvent gouverné !
Dès les années 1970, les climatologues disposaient déjà des bases fondamentales permettant de comprendre l'impact de l'activité humaine sur le système climatique. Au fil des décennies, cette alerte s'est structurée et institutionnalisée à l'échelle mondiale à travers les travaux du GIEC. Pendant plus de quarante ans, ses rapports successifs se sont succédé avec la précision d'un compte à rebours. À chaque sommet international, les faits ont été posés sur la table, chiffrés, argumentés. On a préféré taxer la science d'alarmisme plutôt que de remettre en cause un modèle destructeur. Les signaux d'alerte n'ont jamais manqué ; c'est la volonté politique de les écouter qui a systématiquement fait défaut.
Dans nos campagnes, les moissons 2026 se sont achevées avec plusieurs semaines d'avance, comme chaque année un peu plus tôt. Nos agricultrices et agriculteurs, qui observent ce glissement depuis quarante ans, ne s'en étonnent même plus mais subissent de plein fouet. Sur l’Escaut ou la Dendre, les débits sont descendus sous les seuils d'alerte dès la mi-juillet, avec une précocité qui inquiète jusqu'à l'administration wallonne elle-même. Ce ne sont pas des cycles naturels comme les autres : c'est une tendance, année après année. À Antoing, les courges du Bukolik Piknik ont mûri trop tôt et trois fois moins nombreuses qu'à l'accoutumée. À Ath, les agronomes du CARAH-CREPA constatent un stress hydrique tel que les terres libérées par les moissons précoces ne peuvent même plus être ressemées.
Notre continent paie aujourd'hui le prix fort de cette décennie de tergiversations. L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite au monde, deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale.��Face à ce constat, l'argument de la surprise générale ne passe plus. Continuer à s'étonner de la fournaise est soit un aveu d'incompétence coupable, soit une stratégie de dissimulation cynique. La canicule de cet été n'est pas une anomalie passagère : c'est la facture salée de décennies de surdité politique face aux avertissements de la science.
La facture salée, précisément, nous la payons lourdement en Wallonie picarde. Ce n'est pas une image venue d'ailleurs. Cet été, la zone de secours de Wallonie picarde est intervenue à plusieurs reprises sur des départs de feu dans les bois de Bon-Secours ou les champs de Leuze et du Mont de l’Enclus. Les pompiers ont évité le pire de justesse. Le commandant de la zone l'a dit lui-même : les interventions liées à la chaleur sont désormais quotidiennes.
Ce ne sont pas des images venues d'ailleurs. C'est chez nous, en Wallonie picarde. C'est cet été. C’est la chronique d’une fournaise annoncée, qui va se répéter, s’aggraver
Sciensano l'a mesuré : la Belgique a connu cet été la surmortalité liée à la chaleur la plus élevée d'Europe, et la Wallonie en a payé le tribut le plus lourd. Ce ne sont pas des chiffres abstraits. Ce sont nos voisines et voisins, nos parents, les personnes que nos travailleuses et travailleurs sociaux croisent chaque jour dans nos quartiers et nos villages.
Cette surmortalité frappe en particulier nos maisons de repos, où vivent les personnes les plus vulnérables à la chaleur. La loi wallonne impose déjà la présence d'un espace climatisé pouvant accueillir l'ensemble des résidents — mais l'urgence dépasse largement cette seule obligation : le secteur de la construction estime que la quasi-totalité des maisons de repos et des hôpitaux du pays devra être rénovée en profondeur d'ici 2050 pour résister aux canicules extrêmes à venir. Les fédérations du secteur le disent elles-mêmes : l'accumulation de règles ne suffit pas sans les moyens d'investissement qui vont avec. C'est tout le sens de notre demande de rénovation thermique prioritaire de ces établissements.
Alors ne laissons personne dire, dans quelques mois, que rien n'avait été annoncé ou donner un sentiment d’impuissance face aux morts pourtant évitables avec de la prévention. Nos pompières et pompiers le savent sur le terrain. Nos agricultrices et agriculteurs le savent dans leurs champs. Nos communes, qui accueillent la détresse à chaque épisode, le constatent depuis des années.
Là où Ecolo a porté ces politiques, en majorité communale comme à la Région, nous avons avancé avec les moyens disponibles, à court, à moyen et à long terme. Ce n'est pas le cas partout, et ce n'est pas suffisant : c'est une politique différente, qui construit dans la durée plutôt que de gérer l'urgence après coup. À Tournai par exemple, le collège communal a adopté un Plan Canicule : des lieux ouverts comme refuges climatiques, un travail de repérage des personnes isolées via les comités de quartier, des balises claires pour les écoles et les crèches en cas de forte chaleur. Un plan de végétalisation a aussi été engagé pour redonner de la canopée aux rues et aux places, seule vraie réponse durable aux îlots de chaleur urbains. À l'échelle wallonne, c'est sous une majorité portée notamment par Ecolo que de nombreuses communes se sont dotées d'un plan énergie-climat, complétée par l'appel à projets Yes We Plant pour la végétalisation des espaces publics et par un appel à projets pour des forêts résilientes. À Mouscron aussi, on a choisi d'agir avec les moyens du bord plutôt que d'attendre : une prime communale encourage depuis l'an dernier les habitantes et habitants à végétaliser leurs façades et leurs trottoirs, geste modeste mais réel contre les îlots de chaleur, complété par un projet transfrontalier de restauration des cours d'eau et de surveillance climatique citoyenne. À Frasnes-lez-Anvaing, un plan énergie-climat existe lui aussi et la commune développe un plan de végétalisation et de communauté d’énergie renouvelable. Rien de tout cela n'est parfait. Beaucoup repose encore sur des bâtiments non climatisés et sur des bénévoles. Ainsi que sur des majorités politiques pour les porter. Ces avancées restent fragiles et sont aujourd’hui mises en danger : la politique d'austérité actuelle met en péril jusqu'aux projets déjà initiés. Nous avons choisi d’agir malgré des budgets sous tension permanente.
Il dépend de nous, communes, de nous organiser avec ce que nous avons, et nous continuerons à le faire. Mais il dépend de vous de donner à ce travail une assise fédérale et régionale digne de ce qu'il représente. C’est dans ce cadre que nous lançons un double appel.
Le premier porte sur l’action coordonnée de nos communes à l’échelle de la Wallonie picarde.
Ce travail, la Wallonie picarde l'a même déjà engagé collectivement, de manière transpartisane au sein de la CDWP. Le 8 octobre 2021, suite aux inondations dans le Sud du pays, la Conférence des bourgmestres et élus territoriaux et le Conseil de développement ont adopté ensemble une motion sur la prévention et l'adaptation au changement climatique. Le territoire s'y engageait à établir un diagnostic de ses zones de fragilité, à organiser une solidarité mutuelle entre communes, et à préparer des réponses concrètes aux inondations, aux canicules et aux sécheresses. Un Comité Climat Wapi a été mis en place pour porter cette impulsion politique. Quatre ans plus t**d, sur les quarante projets de l'axe résilience qui en découlent, la moitié seulement sont en cours, trois ont été abandonnés, un n'est même plus communiqué. Le territoire a fait sa part du diagnostic grâce aux acteurs de terrain engagés que nous tenons à remercier. Mais comment ne pas se décourager lorsque l’écho politique et les moyens de transformer les constats en actions ne suivent pas ?��Monsieur Crucke, vous connaissez ce dossier de l'intérieur : vous copilotez le Comité Climat Wapi depuis sa création, et vous avez mené la délégation belge à la COP30. C'est peut-être pour cela que nous attendions davantage : que vous soyez de celles et ceux qui réunissent les ministres compétents pour bâtir un plan fraîcheur commun, plutôt que d'en déplorer publiquement l'absence. De poursuivre les efforts entamés par les gouvernements précédents pour que la transition soit sociale et ne laisse personne au bord du chemin, pour rendre nos territoires résilients face au dérèglement climatique, aux sécheresses et canicules, aux inondations, aux autres épisodes extrêmes qui nous attendent. S’adapter et continuer la lutte contre le dérèglement climatique sont les conditions du développement économique et social futur de la Wallonie picarde. Les acteurs de terrain attendent votre impulsion et soutien politique.
Ces initiatives prises en 2021 sont cruciales, les outils et les idées ne manquent pas, mais le volontarisme de certains acteurs politiques, a aujourd’hui disparu. Pour qu’une telle initiative fonctionne de A à Z, il faut un portage politique dans la durée et l'implication de chaque commune. C'est cette volonté-là que nous voulons apporter : non pas copier ce modèle, mais le faire vivre pleinement, avec des comptes rendus publics et réguliers qui empêchent quiconque de s'endormir.
Dans ce cadre, nous demandons la convocation en urgence d’une conférence des élus du territoire afin de faire de ce comité climat une véritable priorité politique.
Le second appel, nous vous l’adressons à vous Monsieur le Ministre en charge du climat et à vous, nos représentants dans les Parlements.
Si les pouvoirs locaux doivent jouer leur rôle dans cette lutte contre les dérèglements climatiques, qu'est-ce qui empêche la Belgique de construire l'équivalent à son échelle, avec des moyens sans commune mesure avec les nôtres ?
On entend souvent parler de responsabilité budgétaire, d'urgence militaire, de rigueur nécessaire. Nous ne contestons pas qu'un État doive tenir ses comptes et se préparer au pire mais le pire est déjà là avec une surmortalité record en Europe, des incendies dévastateurs, une économie (tourisme, assurances, commerces, …) qui souffre, des frais de reconstruction et de réparation sans précédents: c'est un basculement, et il se répétera chaque été si rien ne change structurellement.
Dans ce cadre, notre parti propose depuis de nombreuses années des actions pour limiter le réchauffement climatique, mais aussi, plus récemment, un plan fraîcheur national : l'ouverture de zones de baignade et de piscines accessibles au public à tarif symbolique pendant les épisodes caniculaires, des lieux frais, et une adaptation du droit passerelle pour les travailleuses et travailleurs indépendants qui ne peuvent plus exercer leur activité sous ces chaleurs, à commencer par ceux et celles du secteur du bâtiment. Tous les acteurs du territoire, du niveau local au niveau national ont un rôle à jouer pour rendre nos étés moins meurtriers, plus vivables.
En annexe de courrier, vous trouverez ce plan détaillé. Quelles sont les synergies que nous pourrions nouer afin de mettre en œuvre ensemble ces propositions ?
La Wallonie picarde doit mais ne pourra pas, seule, empêcher que l'été prochain ressemble à celui-ci.
Qui aurait pu le prédire ?
Nous toutes et tous, Monsieur le Ministre. Il ne reste plus qu'à agir en conséquence.
Les élues et élus Ecolo du territoire de Wallonie picarde