18/05/2026
🌳⛪ Un arbre frappé par la foudre. Deux hommes sauvés. Une chapelle née d’un vœu !
Dans la rue de Piétrain, à la sortie de Jodoigne, un endroit discret cache une histoire étonnante…
Il y a , au lieu dit « Molembisoul » un tilleul et une chapelle .
Nul ne sait quand une statuette de la Vierge fut accrochée au tronc du vieux tilleul.
Nul ne sait qui l’y plaça, ni quelle prière, quel vœu ou quelle détresse guida ce geste.
Pourtant, dès 1662, sa présence se laisse deviner : un tronc d’offrandes est mentionné dont le produit revenait au mambourg de Saint-Médard.
Selon Hanon de Louvet, historien de Jodoigne, le tilleul servait de repère bien avant cela encore. Au XIVᵉ siècle, il marquait le carrefour de six routes et sentiers, à mi-chemin entre Jodoigne et le lieu dit «La Justice »l’actuel Potet .Il voyait passer les voyageurs, les charrettes, les pèlerins ; il entendait le frôlement des sabots et le murmure des confidences.
Arbre de croisée, arbre de halte, il était déjà un lieu.
La chapelle, elle, naquit d’un épisode que la tradition a conservé comme un signe.
À l’été 1724, Messire Jacques-Michel de l’Escaille, curé de Jodoigne, traversait les environs lorsqu’un orage d’une rare violence éclata. Le ciel se déchira, le vent se leva et la pluie s’abattit en rafales. Cherchant refuge sous le tilleul avec son compagnon de route, le prêtre leva les yeux vers la petite chapelle de bois fixée au tronc . Dans le fracas des éléments, il implora sa protection.
Il fit alors un vœu : s’il s’en sortait , il construirait une chapelle.
La foudre s’abattit sur l’arbre.
👉 Les deux hommes sortirent indemnes.
👉 Leurs deux chevaux trépassèrent.
⚡ Le récit du miracle Delescaille apparaît pour la première fois en 1843 dans la « Notice historique sur la Ville de Jodoigne » rédigée par Alexandre Bouvier.
La chapelle Notre - Dame de Molenbisoul dite Chapelle à l’Arbre fut en tout cas érigée dans l’année de l’événement sur fonds propres du révérend.
On ignore à quoi ressemblait le bâtiment à l’origine car le premier plan ne date que de 1878.
🧱 Cette chapelle de campagne, servant d’oratoire et accueillant processions et rogations, subit de nombreux avatars :
• détruite par un ouragan en 1876
• reconstruite
• frappée par le mur d’une propriété voisine en 1903
• restaurée cinq ans plus t**d
Dégradée, elle fit l’objet d’une restauration en 1962 pour reprendre du service en 1966.
🙏 Autrefois, la chapelle était un lieu de pèlerinage.
On venait prier la Sainte Vierge surnommée Notre-Dame de la Hardiesse.
Quant au tilleul, il était un lieu de fréquentation populaire.
Une coutume naquit au siècle dernier : jeter une pierre dans son branchage touffu.
En wallon : « tâper l’pîre dins l’tiyou ».
👉 Si la pierre ne retombait pas, le vœu avait des chances d’être exaucé.
On murmurait que les prières confiées à ce lieu trouvaient un écho particulier. Que les vœux, portés par le vent dans les branches du tilleul, montaient plus droit vers le ciel. Alors, on venait, avec ses espérances et ses tremblements.
Les jeunes filles et les jeunes hommes s’y présentaient à pas retenus, le cœur chargé de secrets. Les amoureux y cherchaient une réponse suspendue à l’avenir .
Les miliciens, eux aussi, gravissaient le chemin, l’âme serrée à l’approche du tirage au sort.
Sous le vieux tilleul, les craintes se mêlaient aux élans du cœur et chacun repartait, sinon rassuré, du moins apaisé, laissant derrière lui un peu de son inquiétude.
Ces pratiques se seraient perpétuées jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.
🎭 À noter également que cette tradition populaire a inspiré le théâtre :
la pièce en wallon du jodoignois Paul Moureau( +1939) « Pas d’zos l’Tiyou’ ( litt : sous le tilleul) créée et présentée pour la première fois en 1933 était encore portée sur les planches en 1985 avec , entre autres André Dewelle, preuve que la mémoire de Molembisoul vivait toujours à travers la scène. Cette pièce en vers en 3 actes retrace des épisodes émouvants de la vie d’un autre écrivain Jodoignois , Edmond Etienne.
📖 Une histoire locale précieuse, entre foi, traditions et mémoire collective.
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*1-Alexandre Bouvier - «Notice Historique sur la ville de Jodoigne par un jodoignois» -1843
* 2-J. Tarlier & A. Wauters, "Géographie et histoire des communes belges. La Belgique ancienne et moderne. Province de Brabant, Canton de Jodoigne", Bruxelles-1872.
*3-Oscar Duchesne-manuscrit -archives privées -1933
*4-R. Hanon de Louvet, « Histoire de la ville de Jodoigne », I-II, Gembloux -1941
*5- M.Verdickt , B.Van den Driessche, « La Chapelle à l’arbre-Jodoigne Passé-Présent» - 2000