Les amis de l'Exploité

Les amis de l'Exploité Association culturelle, politique et d'éducation populaire.

8 août 1956, Marcinelle dans les yeux d'un enfant immigré a Morlanwelz et dont une partie de la famille vit à Charleroi....
08/08/2026

8 août 1956, Marcinelle dans les yeux d'un enfant immigré a Morlanwelz et dont une partie de la famille vit à Charleroi. Extrait :

"C’était un après-midi en plein milieu de la semaine.
Bizarrement mon père n’avait pas été travailler. Il avait passé toute la matinée, avec d’autres hommes, chez Peppino à écouter la radio et à déchiffrer des journaux qu’on avait ramenés de Morlanwelz : « Qu’est-ce qu’il dit ? »
— Aspetta, tu vois bien que je lis !
Ah ! Cette m***e de langue française qui ne ressemblait pas à celle qu’on avait apprise dans la mine. Mon père, censé être le plus lettré, avait pris les opérations en main. Il suivait lentement du doigt les lignes du journal et marmonnait, au fur et à mesure, des mots incompréhensibles pour la majorité des gens présents. Au bout de quelques lignes, il s’arrêtait pour en faire le résumé.
— Il dit qu’il y a deux à trois cents morts !
Un silence étouffant s’était installé dans la pièce. Un de ces silences où tout le monde attend, comme une bouée de sauvetage, que quelqu’un l’interrompe très vite tant il te prend à la gorge. La fumée de plusieurs paquets de Mervil répandait une odeur âcre et piquante qui faisait couler les yeux de certains.
— Ma allez, qu’il exagère toujours !… S’il fallait croire tout ce qu’il raconte ! dit l’un.
Puis :
— Mais qu’est-ce qu’on est venu faire ici !
L’autre :
— On donne des noms ?
Mon père :
— Non ! Mais il dit qu’il y a beaucoup d’Italiens.
L’un :
— Moi, je retourne au pays !… Je ne reste plus ici !
L’autre :
— Il y a quelqu’un qui a des parents là-bas ?
Mon père :
— Moi, j’ai un beau-frère.
Voilà pourquoi on partait subitement à Charleroi.
1956, Marcinelle, le Bois du Cazier. Une mine s’écroule entraînant avec elle deux cent soixante-trois mineurs dont plus de deux cents sont Italiens. C’était au mois d’août et je ne me souviens plus s’il y avait du soleil ce jour-là.
Toutes les sirènes des charbonnages de la région se sont mises à gémir, répercutant comme une traînée de poudre le message de mort. L’Étoile est restée silencieuse ce jour-là. Une voiture conduite par un inconnu qui parlait notre langue nous a emmenés vers Marcinelle. C’était la première fois que je montais dans une voiture. J’ai trouvé cela très g*i.

Tout au long du trajet, j'ai vu défiler devant moi dès paysages noirs, des maisons sombres, des trams livides et des gens consternés. Les pavés des rues faisaient sauter la voiture comme une vieille casserole. J'avais du mal à rester sur le siège mais je m'amusais bien.
— Mais comment c'est arrivé ? demande le chauffeur
— Le journal dit que c'est par la faute d'un ouvrier!... Il paraît que c'est un Italien ! répond mon père.
— Madonna ! Mais comment a-t-il pu faire ça ?
— Boh!
Des relents d'œuf pourri m'arrivent à l'odeur des pets que mon père lâche parfois à la maison. Je crois d'ailleurs que c'est de lui que ça vient.
— Che puzza ! s'exclame ma mère, il y a un véritable poison dans l'air, ici!
— On arrive à Marchienne-au-Pont, dit le chauffeur comme pour stipuler que ça ne venait pas de lui. Ici, c'est toujours ainsi, à cause des usines de fer !

Des fumées jaunâtres se collent au pare-brise de la voiture et les essuie-glace n'arrivent pas à le nettoyer.
— Mais regarde-moi un peu cette saloperie de m***e ! fait le chauffeur.

Moi, je suis perdu dans la contemplation des cheminées géantes qui crachent toutes les saletés de la terre.

— Talía, talía ! (regarde, regarde !) me dit mon père. Ça, c'est quand on fait couler le fer !

Je ne savais pas que ne fer pouvait couler ! Le ciel vient de s'illumine en rouge et jaune, comme dans un gigantesque incendie, et les nuages se mettent à ressembler à de grosses pelotes de laine multicolore suspendues dans les airs. Je suis fasciné.

[...] Les sirènes de trois camions de pompiers qui passent stoppent le dialogue et la voiture. Le chauffeur fait remarquer :
— Ça c'est pour Marcinelle !...

[...]Mon oncle était sain et sauf. Nous l’avons trouvé sur le pas de la porte attendant je ne sais quelle venue providentielle. Il m’a semblé très vieilli. À peine étions-nous entrés qu’il s’est mis à nous raconter, comme s’il voulait s’excuser de s’être encore en vie.
— Elle a rêvé des mauvaises choses, elle n’a pas voulu que j’aille travailler, sinon je serais là en dessous maintenant !
— Oui, c’est vrai ! enchaîne ma tante, toute la nuit je n’ai pas arrêté de perdre mes dents par petits morceaux… C’est un signe de mort. (1)
— Daï, c’est des bêtises tout ça, quand les choses doivent arriver, ça arrive et personne ne le sait ! dit mon père.
— Des bêtises ! N’empêche que ça m’a sauvé la vie !
Mon père n’a pas insisté car le fait était incontestable et, de plus, ce n’était vraiment pas le moment d’entamer une polémique là-dessus. Nous nous sommes assis autour de la table pour boire le café, et moi, j’ai eu droit à une orangeade « Spa monopole », la meilleure, qu’on m’a dit, parce que faite avec de l’eau de source. Mon père a demandé s’il y avait des « paisani » (gens de notre village) dans la mine. Mon oncle a répondu que c’était surtout des continentaux qui travaillaient au Bois du Cazier mais, qu’en fait, il ne savait pas très bien. Puis, ils sont sortis pour aller chercher des nouvelles chez un voisin qui avait la radio. Moi, j’ai joué avec mes cousins et je me suis bien amusé.
On a fait un saute-mouton dans la rue avec plein d’autres gosses et ensuite on a commencé un gendarme et voleurs.

(1) Comme la plupart des gens de la campagne, les Italiens du Sud croient aux rêves prémonitoires. Chez les mineurs, ces rêves avaient pris une envergure d’autant plus grande que le métier présentait des risques. Si bien que, sous l’exhortation de la femme, l’homme n’allait pas travailler ce jour-là.

08/08/2026
Retrouvez-nous ce samedi à place aux livres place cathédrale jusqu'à 17h.Aprés cette journée, nous prendrons quelques jo...
01/08/2026

Retrouvez-nous ce samedi à place aux livres place cathédrale jusqu'à 17h.

Aprés cette journée, nous prendrons quelques jours de congé et la bibliothèque sera fermée jusqu'au 16 août. Réouverture selon l'horaire normal à partir du 17

Notre nouvelle vitrine avec une sélection de titres et de DVD de notre bibliothèque en lien avec des expositions en cour...
27/07/2026

Notre nouvelle vitrine avec une sélection de titres et de DVD de notre bibliothèque en lien avec des expositions en cours

- une série autour des artistes et le communisme en Belgique. L'exposition "Regards pluriels. L'art belge et l'utopie communiste au XXe siècle est accessible au Musée des Beaux-arts de Mons jusqu'au 16 août

- des ouvrages autour du bicentenaire des Cristalleries du Val Saint Lambert
(Une exposition au Curtius "Japonisme et art nouveau" et "Art déco et modernisme au Val Saint Lambert" au musée de Beaux-arts de Charleroi toutes les deux jusqu'au 27 septembre)

- Hugo Pratt et Corto Maltese. "Géographie imaginaires" au Cadran à Liège jusqu'au 4 octobre.

"Marc Bloch et sa femme Suzanne sont entrés, ensemble, au Panthéon, mardi 23 juin, au soir. Celui qui a révolutionné not...
26/06/2026

"Marc Bloch et sa femme Suzanne sont entrés, ensemble, au Panthéon, mardi 23 juin, au soir. Celui qui a révolutionné notre rapport à l’histoire, en la faisant sortir des figures mythiques pour la lier aux sciences sociales, afin de toujours mieux comprendre les sociétés passées sans les fantasmer, fut aussi un grand résistant. Engagé dans le mouvement Franc-Tireur, il fut torturé et fusillé par la Gestapo, le 16 juin 1944."

https://www.humanite.fr/politique/emmanuel-macron/le-grand-historien-et-resistant-marc-bloch-est-entre-au-pantheon

En illustration, photo de Marc Bloch et de "La société féodale" que nous avons en bibliothèque.

[Siamo tutti neri, une histoire de l'immigration italienne en Belgique]Le 23 juin 1946, au sortir de la seconde guerre, ...
25/06/2026

[Siamo tutti neri, une histoire de l'immigration italienne en Belgique]

Le 23 juin 1946, au sortir de la seconde guerre, l'État belge et l'Italie signent un accord qui allait marquer durablement la vie de milliers de travailleurs italiens. Cette accord s'inscrit dans la suite de la bataille du charbon pour la reconstruction du pays. Si les mineurs belges obtiennent des avancées sociales (« prime, congés annuels supplémentaires, billets de chemin de fer gratuits pour les vacances, pension complémentaire précoce, des prêts à faible taux d’intérêt en vue de la construction ou l’achat d’une habitation, dispense du service militaire ») du gouvernement, le patronat refuse de les mettre en œuvre. Dès lors, la main d'œuvre diminue la production chute et le patronat se tourne vers l'étranger pour ainsi augmenter le taux d'exploitation.

L'accord prévoit 1 sac de charbon (200 kilos) par jour et par homme envoyé au fond pour l'Italie. Parmi ceux qui s'exilent en Belgique, de nombreux militants communistes et antifascistes fuyant la répression en Italie. Pour contrer cette trop grande politisation, les réseaux paroissiaux organisent l'arrivée de nombreux catholiques pour descendre dans la fosse.

Beaucoup de ces mineurs vivront dans les fameux baraquements, parfois dans d'anciens camps de prisonniers allemands.

Toute cette nouvelle population ne fut pas toujours bien accueillie et pourtant elle a contribué à forger la Belgique d'aujourd'hui. Elle y a contribué aussi en littérature. À cette égard, nous vous invitons déjà à notre prochain café littéraire autour mois d'août, le mercredi 19, pour discuter de cette littérature de l'immigration italienne en Belgique, entre engagement, nostalgie et récit de vie. On ne manquera pas de parler de la catastrophe, "la strage" de Marcinelle qui a eu lieu dix ans après les accords de 1946.

Ensuite le vendredi 21 août à 18h, nous vous proposons de regarder le documentaire "charbon" réalisé il y a une quinzaine d'années (2010) par Federico d'Ambrosio un jeune animateur de Grâce-Hollogne qui nous offre un portrait croisé entre la première génération et la troisième, la sienne.

Enfin, nous vous proposons en visuel une sélection d'ouvrages de nos collections à propos de l'immigration italienne et nous reviendrons prochainement avec des suggestions de titres pour le café littéraire.

Hommage à Yves Lacoste qui nous a quittés le 20 juin dernier à l'âge de 96 ans.Professeur de géopolitique et fondateur d...
24/06/2026

Hommage à Yves Lacoste qui nous a quittés le 20 juin dernier à l'âge de 96 ans.

Professeur de géopolitique et fondateur de l'Institut français de géopolitique, Yves Lacoste aura marqué plusieurs générations par ses écrits et son approche marxiste de la géographie indissociables de son engagement. Il est membre du Parti Communiste français, qu'il quitte en 1956 en raison de désaccords sur l'attitude dubparti envers la lutte algerienne. Yves Lacoste est résolument engagé dans la lutte anticolonialiste et pour l'indépendance de l'Algérie.

À partir de 1976, il fonde la r***e trimestrielle Herodote, d'abord publiée par les éditions Maspero. C'est aussi cette année-là qu'il publie "La Géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre"

Voici une sélection de quelques titres que vous pourrez trouver dans notre bibliothèque

23/06/2026

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