05/06/2026
Réponse au récit du PTB sur les finances de Molenbeek
Avant de distribuer les responsabilités à la hache, il faut rappeler un fait essentiel : un échevin ne gouverne pas seul une commune. Un budget communal n’est pas l’œuvre isolée d’un individu. Il est préparé, arbitré, validé et assumé collectivement par un collège. Or, de 2018 à 2024, le collège de Molenbeek était politiquement dominé par le PS de Catherine Moureaux. Dès lors, tenter de faire porter toute la responsabilité de la situation financière au MR relève moins de l’analyse budgétaire que de la manœuvre politique.
Il faut aussi rappeler un point vérifié : le maïorat MR de Françoise Schepmans ne s’est pas terminé sur le chaos budgétaire que certains tentent aujourd’hui de réécrire. Le budget ordinaire 2018 adopté sous son maïorat affichait un boni à l’exercice propre de 842.113 euros, selon la RTBF, qui soulignait également une baisse des additionnels IPP de 6,5 % à 6,3 %.[1] Les comptes annuels officiels 2018 de Molenbeek confirment en outre un résultat budgétaire ordinaire positif de 7.069.470,69 euros et un résultat comptable positif de 711.926,29 euros.[2]
Élément vérifié
Chiffre
Source
Budget ordinaire 2018, boni à l’exercice propre
842.113 €
RTBF
Compte ordinaire 2018, résultat budgétaire de l’exercice
7.069.470,69 €
Comptes annuels officiels de Molenbeek
Compte ordinaire 2018, résultat comptable de l’exercice
711.926,29 €
Comptes annuels officiels de Molenbeek
Additionnels IPP
Baisse de 6,5 % à 6,3 %
RTBF
Voilà donc la vérité que le PTB préfère éviter : le dernier exercice budgétaire du maïorat Schepmans ne valide pas le procès grossier fait au MR. Au contraire, il montre qu’avant le retour du PS au maïorat, Molenbeek disposait encore d’une trajectoire budgétaire présentable, avec un boni annoncé et confirmé par les comptes. Le récit selon lequel le MR aurait mécaniquement conduit la commune au bord du gouffre ne tient pas face aux chiffres.
La période 2018-2024 relève d’une autre responsabilité politique : celle de la majorité Moureaux. Si les budgets étaient mauvais, le PS les a soit imposés, soit acceptés, soit couverts. Dans tous les cas, il les a entérinés. On ne peut pas avoir le maïorat, peser majoritairement dans le collège, piloter la ligne politique générale pendant six ans, puis prétendre que tout serait la faute d’un partenaire minoritaire. C’est trop facile. Et surtout, c’est politiquement faux.
Les déficits de 2023 et 2024, les réserves entamées, les tensions au CPAS, les difficultés d’ASBL communales, la fiscalité, les charges de personnel, les pensions et la police ne sont pas apparus dans le bureau d’un seul échevin MR. À chaque étape, ces dossiers sont passés par les mécanismes collectifs de la majorité. À chaque étape, le PS était là. À chaque étape, la majorité Moureaux pouvait s’opposer, corriger, bloquer, amender ou assumer. Elle a choisi d’assumer jusqu’au moment où le bilan est devenu trop lourd à porter.
Le MR n’a pas détenu le maïorat entre 2018 et 2024. Le MR n’a pas dirigé seul Molenbeek. Le MR n’a pas disposé seul de la majorité politique du collège. Le MR n’a pas imposé seul la stratégie communale. Faire du MR le bouc émissaire unique est donc une opération de diversion destinée à protéger le vrai centre du pouvoir communal : le PS de Catherine Moureaux.
Et le PTB, dans tout cela ? Le PTB est arrivé en promettant de mettre de l’ordre, de défendre les habitants, de protéger le pouvoir d’achat et de faire mieux que les autres. Résultat : aucune rupture visible, aucun redressement spectaculaire, aucune amélioration concrète de la trajectoire financière. La seule évolution vraiment perceptible pour les Molenbeekois, c’est l’augmentation des taxes et de la pression fiscale. Le parti qui prétendait faire payer les puissants accompagne désormais une majorité qui fait payer les habitants.
Le PTB prétend « résister ». Mais dans les faits, il valide une majorité PS incapable de reprendre le contrôle de ses finances. Il dénonce le fédéral, accuse le MR, dramatise la situation, mais au niveau communal, il participe à une trajectoire où les Molenbeekois paient l’addition. La révolution fiscale du PTB ressemble surtout, pour les contribuables locaux, à une facture supplémentaire.
Quant au sous-financement, personne ne nie que Molenbeek subisse des contraintes lourdes. Mais ce sous-financement ne peut pas servir de lessiveuse politique pour blanchir six ans de gestion PS. Les difficultés sociales de la commune sont connues depuis longtemps. La pression sur le CPAS est connue depuis longtemps. Les problèmes de recettes sont connus depuis longtemps. Les charges de police, de pensions et de personnel sont connues depuis longtemps. Ce qui manque, ce n’est pas seulement de l’argent : c’est une gestion sérieuse, prévoyante et courageuse.
L’attaque contre le MR révèle surtout une chose : le PTB est déjà entré dans la vieille politique qu’il prétendait combattre. Quand il était dans l’opposition, il donnait des leçons. Une fois au pouvoir, il augmente les taxes, accuse les autres et protège le PS. C’est exactement le contraire du changement promis.
Soyons clairs : si Molenbeek est dans cet état, ce n’est pas parce qu’un échevin MR aurait, seul dans son bureau, ruiné la commune contre la volonté de tout le monde. C’est parce qu’une majorité conduite par le PS a laissé filer la situation, et parce que le PTB préfère aujourd’hui maquiller cette faillite politique en procès contre le MR plutôt que d’assumer son incapacité à changer réellement la trajectoire.
Molenbeek n’a pas besoin de boucs émissaires. Elle a besoin de responsables. Et manifestement, au PS comme au PTB, on en cherche encore.
Références
[1] RTBF, « Dans son dernier budget avant les élections, Molenbeek réduit le taux d'IPP », 21 décembre 2017. — https://www.rtbf.be/article/dans-son-dernier-budget-avant-les-elections-molenbeek-reduit-le-taux-d-ipp-9795847
[2] Commune de Molenbeek-Saint-Jean, Compte budgétaire ordinaire 2018. —https://www.molenbeek.irisnet.be/fr/fichiers/conseil/comptes-annuels/compte-compte-fonctionnel-eco-2018.pdf