16/03/2021
VIVOUMENT MARDI || Semaine 8
Comme Diderot ou Borges, je crois en la sacralité de la chose écrite. À l'âpre rudeur du travail physique, la conception populaire - au sens commun du mot - oppose la facilité de salon de la tâche du penseur qui dépeint l'âme et la destinée humaines.
À cette dualité primaire, il faut ajouter les autres, ceux qui, à bon droit, veulent influer sur le destin des deux premiers en se posant en politiciens et qui font métier de la gestion de nos cités, de nos pays.
À l'heure de briguer la magistrature suprême, naissent alors les ambitions, les alliances, les projets et... les intrigues.
Le Bénin vit un tel tournant dans son actualité courante. Et les intrigues vont bon train. Parlons-en !
Les faits : le 5 mars dernier, Reckya Madougou est arrêtée. Lui sont reprochés des faits que l'opinion publique découvre vite : le financement présumé de troubles pour déstabiliser le processus électoral imminent.
Le point n'est pas, pour paraphraser Dany Laferrière, deuxième mélanoderme Immortel à l'académie française "de s'occuper de l'urgence et la futilité relative des événements politiques mais de penser plutôt au-delà, de penser le temps long".
Ceci étant, que personne ne vous reproche la lâcheté de ne pas prendre parti !
Mon cœur est poète et a la faiblesse de pencher pour les faibles. Et face à la tentation facile de se réfugier du côté du pot de fer, j'ai la hardiesse de la commisération pour le pot de terre. Et pour savoir ce qu'une personne est, il faut regarder ce qu'elle a été.
Mme MADOUGOU a été depuis de longues années un visage connu de la cène politique. Rassurez-vous de l'orthographe ! Que dans la scène, nous soyons à la veille d'une arrestation n'est pas étranger à tout ça. Visage connu, disais-je. Joli visage, au demeurant.
Dans cette boue sale, elle a toujours eu une boussole ostentatoire ou au moins ce qu'il en appert : le combat pour la démocratie et la justice, elle qui en aura été la ministre. Elle a lutté contre les velléités de changement opportuniste de la constitution, traversé le paysage politique sans casseroles avant d'en quitter le sérail quand elle a pensé n'avoir plus rien à y faire, pour aller fouetter les chats du voisin.
Si j'ai ri jaune quand elle alla battre campagne, la voix claire et sans trémolos pour l'homme pour lequel elle demandait la protection de la constitution quand le même homme voulait la changer à son tour, si je me suis exilé pour la pitance pour que Shaïra et Maïra mangent et se vêtissent, je peux comprendre que l'on veuille revenir sur une terre qu'on a peut-être quitté mais qui ne nous quitte pas.
Loin des coups de théâtre - oui, les politiciens ont des talents d'artiste - et des conférences de presse, la vérité est que l'on ne peut s'empêcher de trouver trop bien tombée son arrestation pour ne pas se mettre martèle en tête. Il aurait été si appréciable que la justice suive son cours. Et qu'à la présomption de culpabilité, l'on oppose la présomption d'innocence.
En vrai, c'est Victor Hugo qui a raison : "Il vaut mieux bien sortir de l'histoire qu'y mal entrer". En entrant en prison, peut-être entre t-elle dans l'Histoire.
Il aurait été si palpitant pour moi qui aime bien rire de la politique de voir le film d'une élection aux mille surprises avec tous les acteurs désireux de jouer le jeu - parce que ça reste un jeu - des élections. Avec une femme.
Parce qu'elle n'est que ça, en définitive. Reckya Madougou est une femme, belle et sensible aux bons mots et aux flatteries sincères. Le 30 avril, quand je pris le soin de lui laisser quelques mots de mon cru pour son anniversaire, elle s'est pâmée :
[30/04/2019 à 10:17] RM: Waou quel beau texte !
[30/04/2019 à 10:17] RM: J’admire votre plume et bénis votre inspiration
[30/04/2019 à 10:17] RM: Merci pour cette remarquable attention 🙏🏽🙏🏽.
Ceci n'est pas une capture d'écran.
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Vivoument mardi !