09/03/2026
Bon. Ça fait maintenant une semaine que la campagne électorale bat son plein et il faut déjà qu'on prenne le temps de se parler de la dérive que plusieurs partis politiques sont en train de prendre.
En trois jours, on a eu trois annonces. Prenons-les une à la fois.
Le Parti québécois a promis de couper 2,5 % dans la masse salariale du secteur public, chaque année, pendant trois ans. Ça veut dire, concrètement, des postes en moins dans le réseau qui s'occupe de vos enfants et de vos parents. Ils appellent ça un « grand ménage ». Moi, j'appelle ça vider une maison qu'on a mis des décennies à bâtir.
Ensuite, le Parti conservateur d'Éric Duhaime a franchi les 64 milliards de promesses électorales financées, entre autres, par 47 milliards de coupures dans l'État sur cinq ans et le départ de 20 000 fonctionnaires.
Ensuite, la CAQ de Christine Fréchette a promis 2900 postes de moins, en plus de vouloir privatiser des services. Ça s'ajoute aux 5000 postes déjà coupés depuis le mois d'août, en plus des compressions budgétaires en éducation et santé.
Trois partis, trois discours différents. Mais dans le fond, la même réponse à la même question : que fait-on quand ça va mal ? Leur réponse : on rapetisse l'État.
Moi, ça m'inquiète, parce qu'on n'est pas dans un moment ordinaire, ici. Les tarifs de Trump risquent de faire mal à beaucoup de travailleurs et de familles au Québec. Le monde a de la misère à finir le mois. Les priorités des Québécoises et des Québécois sont simples : le coût de la vie, l'éducation, la santé.
Ça fait que je me pose une question toute simple : dans un moment où le monde a besoin que l'État soit là plus que jamais, pourquoi est-ce que presque tous les partis répondent en le rendant plus petit ?
Je pense que la réponse à ça, c'est la peur.
Chaque fois qu'il y a une crise — une vraie, ou une qu'on gonfle plus qu'il faut — y'a du monde qui en profite pour passer des changements qu'on accepterait jamais autrement. C'est un pattern qui se répète tellement souvent qu'on lui a donné un nom : la stratégie du choc. On vous dit : « on n'a pas le choix, il faut couper, vite, pas le temps de discuter ». Et pendant que le monde est occupé à avoir peur, on en profite pour démanteler des affaires qu'on avait mis des décennies à bâtir ensemble.
Le pire, c'est que cette peur-là, on ne la dirige jamais vers ceux qui en profitent vraiment. On la dirige vers les immigrants. Vers les syndicats. Vers « le gros gouvernement ». Jamais vers ceux qui, eux, s'en sortent toujours indemnes, peu importe qui est au pouvoir.
En 2008, quand les banques ont fait sauter l'économie mondiale au grand complet, on a trouvé les milliards nécessaires pour les renflouer en l'espace de quelques jours. Personne n'a dit « on n'a pas le choix de couper les banques ». Mais quand c'est le tour du monde ordinaire d'avoir besoin d'aide, là, tout d'un coup, il n'y a plus d'argent. Ça, c'est pas un hasard. C'est un choix.
On a des exemples de ce qui arrive quand on choisit l'austérité plutôt que l'investissement. La Grèce, dans les années 2010, s'est fait imposer des coupures sévères après la crise financière. Le résultat, ce n'est pas une économie plus forte : c'est le taux de chômage qui a explosé, un système de santé au bord de l'effondrement et une génération complète qui a payé le prix pendant que ceux qui avaient causé la crise s'en sont sortis à peu près indemnes.
À l'inverse, chaque fois qu’on a eu le courage d'investir, ça a marché.
Aux États-Unis, dans les années 30, le New Deal, c'est un gouvernement qui a choisi d'investir massivement — des grands travaux publics, un filet de sécurité sociale, une réglementation plus serrée des banques — pour sortir tout un pays de la crise. Pas en coupant. En bâtissant.
La Révolution tranquille, dans les années 60, même histoire. Ce n'est pas des coupures qui nous ont sortis de la grande noirceur. C'est un État qui a eu le courage d'investir dans l'éducation publique, dans la santé, dans Hydro-Québec, qu'on a nationalisée collectivement plutôt que de la laisser au privé. C'est de même qu'on a bâti une classe moyenne et une société plus juste.
Dans les années 60, le gouvernement social-démocrate de Tommy Douglas en Saskatchewan a créé le premier régime d'assurance maladie universel en Amérique du Nord, contre l'opposition féroce des médecins et des assureurs privés de l'époque, qui juraient que ça allait ruiner la province. Ça n'a pas ruiné personne. Ça a donné au Canada au grand complet un système de santé publique.
À chaque fois, c'est la même leçon : la peur pousse à couper. Le courage pousse à bâtir. P*s c'est toujours le courage qui a raison, avec le recul.
Ça fait que non, on n'a pas besoin de rapetisser le Québec pour s'en sortir. On a besoin de le bâtir. Défendre nos services publics. Refuser l'austérité, peu importe le nom poli qu'on lui donne cette fois-ci. Investir dans le monde qui fait vivre ces services-là au quotidien.
On a les moyens de le faire. On a juste besoin du courage de le faire.
C'est possible !