07/26/2026
Le Crépuscule des vieux — Marc Favreau (Sol)
Bonjour !
Aujourd’hui, je voudrais vous parler du crépuscule des vieux.
Ah ! Le crépuscule des vieux... C’est la fin d’un beau jour, c’est l’heure où les ombres s’allongent, où les vieux s’allongent aussi, parce qu’ils sont fatigués d’avoir trop lutté contre le temps qui passe et qui les ramasse.
Parce que la vieillesse, voyez-vous, c’est pas une maladie, c’est une incurable santé qui s’en va en s’en venant !
C’est le moment où la mémoire commence à vous jouer des tours de passe-passe, où l’on oublie ce qu’on vient de dire, où l’on se rappelle très bien de ce qu’on n’a jamais vécu... C’est l’âge où l’on commence à radoter, à bafouiller, à bégayer... bref, à parler comme moi !
Et pourtant, les vieux, qu’est-ce qu’on en fait ?
On les met dans des foyers d’accueil... qui n’ont de foyer que le nom, parce qu’il y fait souvent pas très chaud ! On les entrepose dans des maisons de retraite... mais retraite de quoi ? Ils n’ont même plus le droit de sortir pour aller s’avancer ! On les entasse dans des établissements pour personnes « âgées »... comme si nous, on n’était pas tous en train de l’être !
On les regarde avec un p’tit sourire en coin, comme des objets d’artisanat antique, des bibelots un peu poussiéreux qu’on n’ose plus trop toucher de peur de les casser. On leur dit : « Mais oui, mon grand-père, mais oui, ma p’tite mère... » On les infantilise ! On leur redonne des biberons de soupe chaude et des histoires pour s’endormir.
Mais les vieux, ils ont été jeunes !
Ils ont aimé, ils ont dansé, ils ont fait des bêtises, ils ont eu des passions foudroyantes ! Ils ont eu de la peau douce et des cheveux dans le vent, avant d’avoir de la peau de chagrin et des cheveux dans le peigne !
Alors moi, je dis : il faut respecter le crépuscule !
Parce que le crépuscule, c’est pas seulement la nuit qui vient, c’est aussi la lumière qui reste... Une lumière toute douce, dorée, qui éclaire les choses d’une façon qu’on n’avait jamais vue pendant le grand soleil de midi.
Ne laissez pas les vieux mourir d’ennui dans leur coin.
Allez les voir, écoutez-les raconteur leurs souvenirs, même si c’est la dixième fois qu’ils vous racontent la même histoire. Parce qu’une histoire racontée par un vieux, c’est un cadeau d’adieu... C’est un p’tit morceau d’éternité qu’il vous donne avant de s’éteindre.
Attention aux vieux ! Prenez-en soin... parce qu’un jour, si vous avez beaucoup de chance, le vieux, ce sera vous !