08/22/2026
Médias québécois «sacrifiés»: le Bloc met Carney en garde contre l'abrogation de la loi C-18
Par Rita St-Michel, dans le Journal de Montréal, Vendredi, 21 août 2026
Alors que les négociations entrent dans leur dernière ligne droite, le gouvernement de Carney envisagerait d’abroger la Loi sur les nouvelles en ligne pour faciliter un accord avec Washington - une concession de trop, selon le Bloc Québécois.
Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, n’a pas mâché ses mots, vendredi, par voie de communiqué : « Nous lançons un avertissement à Mark Carney : ne sacrifiez pas les médias d’information québécois pour faire plaisir à Donald Trump. La loi sur les nouvelles en ligne est essentielle à la survie de nombre de médias et hebdos québécois, particulièrement en région ».
Le chef du Bloc Québécois va plus loin, en dénonçant un schéma de capitulations successives : « Après avoir capitulé devant les Américains et les géants du web en supprimant la redevance du CRTC pour les diffuseurs en ligne et en annulant la taxe sur les services numériques, Mark Carney laisserait à nouveau Donald Trump dicter la politique culturelle et fiscale canadienne. Si les concessions en termes de gestion de l’offre, de forêt, d’aluminium ne suffisaient pas, celle-ci coiffe le tout. Notre message est clair : ne signez pas cet accord. »
Martin Champoux, porte-parole du Bloc en matière de Patrimoine, abonde dans le même sens : « Après la pléiade de concessions de Mark Carney, la question ne sera pas qu’est-ce qu’il nous reste, mais que reste-t-il de nous. »
C’est quoi, la Loi sur les nouvelles en ligne ?
Adoptée sous le gouvernement Trudeau, la Loi sur les nouvelles en ligne - aussi connue sous le nom de projet de loi C-18 - oblige les géants du web à verser une compensation financière aux médias d’information canadiens et québécois en échange de l’utilisation de leur contenu sur leurs plateformes.
Son adoption a notamment conduit Google à s’engager à verser 100 millions de dollars par an pour soutenir les salles de rédaction à travers le pays. Un montant qui représente une bouée de sauvetage pour de nombreux médias régionaux, déjà fragilisés par la migration des revenus publicitaires vers les plateformes numériques.
Meta, propriétaire notamment de Facebook et Instagram, a pour sa part réitéré qu’il préférait tout simplement bloquer la publication de nouvelles sur ses plateformes plutôt que de payer.
Pourquoi la loi risque de sauter
À seulement quelques heures de l’entrée en vigueur de nouveaux tarifs américains de 50 % sur une vaste gamme de produits canadiens, les négociateurs d’Ottawa tentent de boucler un accord commercial avec Washington.
Les États-Unis accepteraient d’abaisser leurs surtaxes sur l’acier, l’aluminium et l’automobile en échange de concessions canadiennes, selon les scénarios évoqués par Reuters et d’autres médias.
L’abrogation du projet de loi C-18 s’inscrirait dans cette logique de compromis, après la suppression de la taxe sur les services numériques et l’annulation des redevances aux diffuseurs en ligne imposées par le CRTC.