03/24/2026
💭 𝗘́𝗗𝗜𝗧𝗢𝗥𝗜𝗔𝗟 | 𝗦𝗘𝗠𝗔𝗜𝗡𝗘 𝗗𝗘𝗦 𝗧.𝗦 𝟮𝟬𝟮𝟲. (𝗧𝗥𝗔𝗩𝗔𝗜𝗟𝗟𝗘𝗨𝗥(𝗦𝗘𝗦) 𝗦𝗢𝗖𝗜𝗔𝗨𝗫(𝗟𝗘𝗦))
Dans un monde marqué par l’incertitude et les tensions internationales hors de notre contrôle qui nous impose un sentiment d’impuissance, il existe encore des lieux dans lesquels l’espoir prend racine. Le travail social est de ceux-là.
Être travailleur social, ce n’est pas seulement accompagner. C’est être témoin de réalités souvent invisibles pour la population générale. C’est de porter, avec vigueur et humanité, des décisions qui changent des trajectoires de vie. C’est également de naviguer entre l’émotion et le cadre légal, entre l’écoute et l’action et entre le doute et la responsabilité. Ce qui nous distingue, ce n’est pas uniquement notre capacité d’aider les autres, c’est notre 𝗗𝗘𝗩𝗢𝗜𝗥 𝗗’𝗔𝗚𝗜𝗥.
Dans certaines situations, accompagner ne suffit pas : Il faut protéger. Laissez-moi vous raconter…
Je pense à un jeune que j’appellerai Léo (7 ans).
Dans le cadre de mon travail, j’ai rencontré Léo à plusieurs reprises. Quelque chose n’allait pas. Malgré les échanges, malgré les tentatives d’ouverture, il demeurait silencieux… amorphe, mutique et avide. Rien ne filtrait clairement … mais tout parlait autrement.
Comme travailleur social, nous apprenons à écouter au-delà des mots et à reconnaitre ce qui ne se dit pas ou le fameux « non-dit ». Au fil des rencontres, quelque chose me préoccupait. Léo parlait peu, il ne nommait rien de précis, mais son attitude, son regard et certains éléments du contexte familial soulevaient des inquiétudes. Il y avait un décalage entre ce qui était dit et ce qui se vivait. Avec le temps, en m’appuyant sur mon jugement clinique et les informations recueillies, j’en suis venu à la conclusion que sa sécurité n’était pas assurée dans son milieu familial. Dans le respect des obligations liées à la pratique et à la protection de la jeunesse, une décision a été prise pour assurer sa sécurité et celle de sa famille, en les accompagnant vers un milieu sécuritaire. Ça y est, me dis-je. Je dois prendre la décision de le déplacer… mon ultime solution.
Quelques heures de route… Un lieu neutre…. Un espace pour souffler.
Je me souviens encore du moment où je me suis assis avec lui, dans ce milieu sécuritaire, mais déraciné : le sentiment interne d’avoir échoué par crainte d’avoir brisé une famille. Je devais lui expliquer qu’il ne reverrait pas son papa pour un certain temps, que cette décision visait à le protéger en lui expliquant que papa avait besoin d’aide.
Je m’attendais à du silence… je m’attendais à de la résistance… Peut-être même (et avec raison) à de la colère.
Mais…
Léo s’est mis à pleurer…
Et pour la première fois… il a parlé…, il s’est exprimé.
Il m’a simplement dit « merci. » …
Merci de l’avoir 𝐒𝐀𝐔𝐕𝐄́…
Ce moment-là, aucun cadre théorique ne peut pleinement le contenir. Aucun titre ne peut en porter tout le poids. À ce moment, j’ai ressenti toute la pression me relâcher.
C’est là que le travail social prend tout son sens.
Nous ne sommes pas des coachs de vie.
Nous ne sommes pas des spectateurs du changement.
Et bien que nous collaborions étroitement avec plusieurs disciplines, notre rôle est unique.
Nous sommes liés à un cadre légal. Nous avons une responsabilité sociale. Nous intervenons là où les droits, la sécurité et la dignité sont en jeu. Nous sommes souvent ceux et celles qui entrent dans les zones grises, là où les réponses ne sont pas évidentes, mais là où l’inaction n’est pas une option.
En cette semaine des travailleuses et travailleurs sociaux, je veux rappeler ceci :
Le travail social, c’est croire qu’au cœur même de la vulnérabilité peut naître la transformation.
- C’est choisir la solidarité plutôt que l’indifférence;
- C’est incarner l’espoir, même quand il est fragile;
- C’est travailler, chaque jour, à bâtir une société plus juste, plus humaine… ensemble.
À toutes ceux et celles qui œuvrent dans l’ombre, qui portent des histoires lourdes, qui prennent des décisions difficiles avec courage et intégrité : je vous vois ; nous vous voyons.
Et à ceux qui doutent encore de l’impact du travail social… sachez que parfois, derrière un simple « merci », se cache toute une vie qui vient de basculer vers la sécurité et la bienveillance.
Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du QC
Par Marc Gagnon, T.S.
Membre en règle de l’OTSTCFQ