04/22/2025
Texte d'opinon
Pourquoi un vote pour le Bloc Québécois est-il toujours d’actualité ?
Les élections fédérales en cours sont fascinantes pour plusieurs raisons… Le combat contre Trump et ses tarifs est évidemment fort intéressant, mais le phénomène social derrière le changement de cap des Canadiens au cours des derniers mois est le morceau qui m’intéresse dans le cadre de ce texte.
Au cours des deux dernières années, la majorité des Canadiens semblaient s’orienter vers les conservateurs afin de montrer leurs insatisfactions face aux politiques de Trudeau. L’accès à la propriété ainsi que le coût de la vie, en perpétuelle hausse, ont causé une grogne générale au sein de notre pays. Des problèmes qui persistent encore présentement au Canada et qui ne semblent pas s’estomper.
Cependant, au grand désarroi de Poilievre, ces enjeux sont majoritairement absents des débats actuels. C’est comme si le départ de Justin Trudeau avait blanchi le Parti Libéral du Canada de 10 ans de pouvoir et d’insuccès économique. Pour ceux qui me connaissent, vous savez que je ne vote pas seulement que pour des raisons économiques… on ne sait que trop bien ce en quoi cela résulte avec les derniers mandats Caquiste… Toutefois, il est vrai que l’économie canadienne se porte assez mal en général. Alors en quoi pensons-nous qu’un gouvernement qui a échoué économiquement depuis 10 ans saura combattre les problèmes économiques générés par Trump?
Quand on regarde ce constat rapidement, il est difficile de comprendre ce raisonnement. Il existe, néanmoins selon moi, des points justifiants ce paradigme :
• Poilievre est associé, en raison de ses politiques sociales, à Trump
• Les Canadiens, dans la peur de reproduire le chaos américain, votent contre Poilievre
• Le retrait de Trudeau et l’ajout comme chef de Carney redore l’image économique du Parti Libéral du Canada
En effet, Poilievre s’est prononcé contre l’avortement à quelques reprises ce qui lui donne l’étiquette, à juste titre, d’homme socialement très à droite. Cet exemple, pour n’en prendre qu’un, illustre bien comment plusieurs Canadiens associent Poilievre à Trump.
Malheureusement pour Poilievre, il doit aussi combattre avec le fait que les Canadiens voient Mark Carney comme l’homme de la situation disposant d’un bagage professionnel impressionnant d’un point de vue économique. C’est là pour moi qu’il y a anguille sous roche.
S’il est vrai que Carney est un candidat plus « qualifié » que Trudeau pour ce qui concerne l’économie et la finance, il reste sous le même parti et pour moi le problème est majoritairement là. Je suis loin d’être un fan du bipartisme canadien où nous interchangeons libéraux et conservateurs selon notre mécontentement. Cependant, tout comme un gouvernement minoritaire, cette dynamique apporte un certain équilibre entre les partis et surtout une certaine écoute envers la population. Sans ce phénomène, un parti peut se donner tous les droits sachant que de toute façon il sera réélu. Un gouvernement qui se voit réélu seulement en fonction d’un ou deux aspects majeurs se permettra forcément d’abuser sur tous les autres aspects que la population considère mineurs.
Au Québec, par exemple, nous avons une posture économique unique construite autour d’industries uniques à notre territoire. Nous avons une approche à la culture qui est également unique, aussi bien au niveau de la langue que de l’ensemble de notre art. Nous voyons les choses différemment du reste du Canada que nous parlions anglais ou français. Un vote stratégique contre les conservateurs vient réduire à néant ces différences. J’entends souvent qu’un vote pour le Bloc est un vote perdu et même si j’en comprends l’argumentaire quantitatif, je ne pourrais pas plus être en désaccord.
Ce qui me mène au sujet principal de ce texte, pourquoi voter pour un parti pour qui le pouvoir est impossible? Le but n’est-il pas de gagner? S’il est vrai qu’en théorie le but du vote est d’élire un dirigeant, pour moi la démocratie a une tout autre responsabilité. La responsabilité de permettre aux gens de décider d’eux-mêmes le futur qu’ils désirent. Nous l’oublions souvent, mais ce ne sont pas les dirigeants qui décident de notre futur, c’est nous et ce à travers un système imparfait que nous appelons la démocratie. En effectuant un vote stratégique nous tombons dans le piège d’élire quelqu’un qui décide de notre futur à notre place. Craignant de se faire diriger par quelqu’un, nous donnons notre pouvoir décisionnel à une autre personne espérant qu’il sera moins nuisible que l’autre. Ce faisant, nous perdons par la même occasion notre voix et notre mécontentement reste sous silence. Voter pour un parti pour qui le pouvoir est inaccessible montre que le régime en place ne convient pas à tous et que certains voient un avenir différent que celui dessiné par les autorités en place.
Dans un monde où le populisme se fait de plus en plus sentir, il est important de se rappeler que la démocratie n’existe pas pour élire qui décidera de notre futur, mais bien pour nous permettre de décider nous-mêmes de l’avenir que nous souhaitons avoir.