01/04/2021
Excellence, Monsieur le Président de la République,
« Le cabri mort n’a pas peur du couteau ! ». Notre pays, qui porte encore les stigmates de la période sombre de son Histoire, doit désormais relever la tête et tourner définitivement la page. Assurément, en plus d’être au carrefour de l’Afrique centrale, la Centrafrique est à la croisée des chemins.
Après une longue période d’incertitude marquée par des soubresauts et des crises au double plan politique et sécuritaire, il est temps de mettre en œuvre les conditions devant permettre au Peuple Centrafricain d’emprunter résolument la voie de son plein épanouissement. Afin de réaliser le rêve d’une Centrafrique unie et prospère, des préalables sont nécessaires pour jeter les bases d’une véritable refondation.
À travers cette correspondance, nous avons identifié certains aspects qu’il nous semble primordial de prendre en compte pour, enfin, installer notre pays dans une nouvelle dynamique, porteuse de progrès. Les défis qui vous interpellent sont immenses, les priorités et attentes du Peuple Centrafricain également. Une rupture est nécessaire. Nous vous exhortons à placer au rang de priorités majeures trois préalables qui nous semblent
incontournables et qui sont autant de défis à relever. Il s’agit notamment de la libération de notre pays du joug de l’esclavage et de la domination, de la mise hors d’état de nuire de ceux de nos compatriotes qui portent une lourde responsabilité dans la situation difficile que connaît la Centrafrique et, enfin, de la préservation efficiente du legs destiné aux générations
futures.
Comment libérer des chaînes qui entravent son développement ?
En effet, il s’agit bien de libérer la Centrafrique des chaînes et goulots d’étranglement qui, des décennies durant, l’empêchent de jouer pleinement sa partition dans le concert des nations. C’est une œuvre de longue haleine, certes, mais elle doit être menée avec patriotisme et responsabilité. On le sait, les pays n’ont pas d’amis mais n’ont que des intérêts à défendre dans un environnement géopolitique et un contexte économique mondial marqués par l’ostracisme des États et le repli sur soi.
Notre pays, la Centrafrique, est dotée de ressources naturelles abondantes et de potentialités agricoles qui peuvent, judicieusement exploitées, le tirer de ses difficultés actuelles. Il faut donc consolider nos relations de partenariat avec le reste du monde et élargir nos réseaux de coopération bilatérale et multilatérale, dans les domaines politique, économique et
sécuritaire, en fonction de nos besoins et attentes spécifiques. L’UNDP, notre parti, prône la Révolution verte pour changer de paradigme et mettre la Centrafrique sur la voie de l’émergence. Cela est bien possible mais il requiert une analyse lucide et objective des erreurs du passé pour ne pas retomber dans les mêmes errements.
Toute puissance extérieure pouvant contribuer à son développement, dans la sincérité et le respect mutuel, est la bienvenue. Il faut seulement veiller à ce que notre souveraineté soit respectée et nos intérêts économiques et géostratégiques pris en compte. Il ne faut pas se faire d’illusions. Nous sommes dans un système mondial tel que tout État qui ne lutte pas assez pour tirer son épingle du jeu risque d’être en rade, condamné à dépendre
des autres malgré ses atouts ou ses richesses.
Tourner la page de ceux qui ont apporté l’échec et la désolation
« Un bois mort peut longtemps séjourner dans la rivière, il ne deviendra jamais crocodile ! ». La grande majorité des acteurs qui gravitent dans le landerneau politique centrafricain ont une grande part de responsabilités dans la situation actuelle du pays. Que de retards observés dans la mise en œuvre de programmes cohérents et efficients pour le développement du pays ? Ou encore la mauvaise gouvernance, la gabegie ou le népotisme
qui ont marqué leur passage aux affaires ? Il est grand temps que ces fossoyeurs de l’économie centrafricaine et autres marchands d’illusion qui se sont illustrés négativement soient écartés du processus de refondation globale du pays pour apporter un nouveau souffle et ouvrir des perspectives plus prometteuses.
La classe politique centrafricaine doit être à la hauteur de la mission républicaine qui lui incombe. Malheureusement, certains acteurs se livrent sans cesse à des faits répréhensibles, en instrumentalisant des groupes armés ou en initiant des actes de sabotage inadmissibles pour le compte de forces obscures et de mains invisibles. Bien entendu, sous la dictée de puissances obnubilées, uniquement, par la mainmise et l’accaparement
des richesses de la Centrafrique. Ce double jeu et cette hypocrisie de certains de nos concitoyens doivent être combattus avec fermeté. Qu’ont-ils fait pour le pays sinon le précipiter dans la pauvreté et la dépendance ?Qu’ontils fait pour le pays sinon le précipiter dans la pauvreté et la dépendance ?
Chacun doit assurer ses responsabilités devant l’Histoire et devant le Peuple Centrafricain qui aspire à un meilleur devenir. Il s’agit de créer les conditions d’une véritable émergence et de tourner le dos, définitivement, aux démons du passé. Il appartient donc au Président de la République que vous êtes, de faire preuve de vigilance à l’égard de ces acteurs politiques là, aujourd’hui démasqués et surtout dépassés par les nouveaux enjeux.
La nécessité de préserver le legs des générations futures
L’engagement politique exige des sacrifices et un don de soi. C’est en posant des actes forts que vous réussirez votre mission et que vous rentrerez dans l’Histoire. C’est un combat qui doit être mené et qui exige même, si le salut du pays en dépend, le sacrifice suprême.
La nouvelle génération a son mot à dire dans la définition de nos politiques de développement et la gestion du pays, de manière globale. Dans la mise en œuvre de votre gouvernance, vous devez faire confiance à la jeunesse engagée pour relever les défis auxquels la Centrafrique fait face. Il faut l’encadrer et la mettre dans les conditions optimales de travail afin de préparer une relève apte à tenir, d’une main sûre, les rênes du pays. Tels doivent être votre leitmotiv et votre chantier d’avenir, car c’est bien maintenant qu’il faut poser les jalons de l’émergence tant rêvée, en écartant de manière définitive tous ceux qui se sont illustrés de manière
répréhensible jusque là et en responsabilisant une nouvelle génération imbue de valeurs novatrices et prêtes à reprendre le flambeau.
Le Peuple Centrafricain a besoin de voir la concrétisation de ces préalables pour un nouveau départ, de nouvelles espérances. Il est temps que la Centrafrique reparte du bon pied et, dans l’unité retrouvée et la confiance, arpente le chemin d’un développement harmonieux et profitable à tous. Les obstacles et les difficultés se dresseront, sans doute, sur le chemin de cet accomplissement mais « ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais c’est
plutôt le difficile qui est le chemin ». Tel est le message que je tiens à partager avec vous. Je reviendrais ultérieurement sur d’autres aspects importants qui retiennent mon attention. Les profiteurs et abonnés aux privilèges indus et aux coups tordus n’ont qu’à s’en tenir, leur époque est désormais révolue !
Dans cette forte attente, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République et Cher Frère, l’assurance de notre très
haute considération.
Michel AMINE
Président – Fondateur
de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès
(UNDP)