26/05/2026
Tribune Politique
Pourquoi je soutiens Jean-Luc Mélenchon :
Pour une Internationale des peuples souverains, du progrès social et de la paix
Dans un monde où la politique semble de plus en plus confisquée par les marchés financiers, les multinationales et les intérêts géostratégiques des grandes puissances, soutenir une voix politique devient un acte idéologique, mais aussi un choix de civilisation.
Si je soutiens Jean-Luc Mélenchon, ce n’est ni par fascination pour la politique française, ni par alignement mécanique sur un courant étranger. Je le soutiens parce qu’à travers son combat politique se retrouve une ligne de fracture fondamentale de notre époque : celle qui oppose les peuples à l’oligarchie financière mondialisée, la souveraineté populaire à la confiscation technocratique du pouvoir, et la paix entre les nations aux logiques impériales de domination.
Et cette fracture traverse également la Côte d’Ivoire.
monde contemporain : la crise d’un système
Depuis plusieurs décennies, le capitalisme financiarisé a profondément transformé les rapports humains, les États et les démocraties. Les grandes décisions économiques ne sont plus prises prioritairement selon les besoins des peuples, mais selon les exigences des marchés financiers, des agences de notation, des fonds d’investissement et des grandes puissances économiques.
Les conséquences sont visibles partout :
- explosion des inégalités ;
- précarisation des classes populaires ;
- destruction progressive des services publics ;
- dépendance des États vis-à-vis des institutions financières ;
- marchandisation de secteurs essentiels comme la santé, l’éducation, l’eau ou l’énergie ;
- affaiblissement de la souveraineté démocratique.
Dans de nombreux pays, les élections existent encore, mais les marges réelles de transformation politique deviennent de plus en plus étroites, tant les centres de décision économique se sont déplacés hors du contrôle populaire.
Cette réalité n’épargne ni l’Europe, ni l’Afrique.
En Afrique particulièrement, la domination économique se prolonge souvent sous des formes nouvelles : dette, dépendance monétaire, accords déséquilibrés, captation des matières premières, influence des multinationales, ingérences diplomatiques ou sécuritaires.
La question fondamentale devient alors ; les peuples gouvernent-ils réellement leur destin, ou les États sont-ils devenus les gestionnaires locaux d’un ordre économique mondial qui les dépasse ?
Mélenchon représente une rupture politique majeure
Ce qui rend le parcours de Jean-Luc Mélenchon important, ce n’est pas uniquement son positionnement à gauche. D’autres se revendiquent de la gauche tout en accompagnant les logiques néolibérales.
Ce qui le distingue est ailleurs :
- la critique constante du pouvoir de la finance ;
- la défense de la souveraineté populaire ;
- le refus de l’alignement géopolitique automatique ;
- la priorité donnée au partage des richesses ;
- la volonté de replacer l’humain avant les marchés.
Dans une époque dominée par le langage technocratique et la résignation économique, Mélenchon a remis au centre une idée fondamentale ; les richesses produites par les sociétés modernes sont largement suffisantes pour garantir la dignité humaine à tous, si elles cessent d’être accaparées par une minorité.
Cette idée n’est pas utopique. Elle repose sur une réalité objective.
Jamais l’humanité n’a produit autant de richesses. Jamais les capacités technologiques n’ont été aussi avancées. Jamais les moyens de production n’ont été aussi puissants.
Et pourtant :
- la pauvreté persiste ;
- les travailleurs s’appauvrissent ;
- les jeunes vivent dans l’incertitude ;
- les services publics se dégradent ;
- les États perdent leur autonomie.
Pourquoi ?
Parce que la question centrale n’est pas celle de l’absence de richesse, mais celle de sa répartition et de son contrôle.
’Afrique face au paradoxe de l’abondance
L’Afrique est probablement l’illustration la plus brutale de cette contradiction historique.
Notre continent possède :
- des ressources minières considérables ;
- des terres agricoles immenses ;
- une population jeune ;
- un potentiel énergétique majeur ;
- des matières premières stratégiques indispensables au monde moderne.
Et pourtant, une grande partie de nos populations demeure dans la précarité.
Ce paradoxe révèle un problème structurel ; les richesses africaines sont encore insuffisamment domestiquées au profit des peuples africains eux-mêmes.
Pendant longtemps, les élites africaines ont été formées à administrer des économies dépendantes plutôt qu’à construire des économies souveraines.
La Côte d’Ivoire elle-même demeure largement enfermée dans un modèle où :
- nous exportons des matières premières brutes ;
- nous importons des produits transformés ;
- nous dépendons fortement des capitaux extérieurs ;
- notre souveraineté économique reste limitée.
Or aucun peuple ne peut durablement être libre sans souveraineté économique.
paix comme exigence politique
Une autre raison essentielle de mon soutien à Mélenchon est sa défense constante de la paix internationale et du droit des peuples.
Dans un monde marqué par les guerres, les tensions géopolitiques et les logiques de blocs, il est devenu dangereux de défendre une position indépendante. Beaucoup préfèrent l’alignement.
Pourtant, la paix ne peut exister sans respect du droit international et sans reconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Le monde a besoin :
- de coopération plutôt que de domination ;
- de diplomatie plutôt que d’escalade militaire ;
- d’équilibre multipolaire plutôt que d’hégémonie.
L’Afrique doit également sortir de sa position d’objet géopolitique pour devenir un véritable sujet historique et diplomatique.
Nous refusons que notre continent soit un terrain d’affrontement entre puissances, une réserve de matières premières, ou un marché captif.
cela concerne directement la Côte d’Ivoire.
En Côte d’Ivoire, la question politique fondamentale n’est pas simplement celle des personnes ou des alternances électorales.
La véritable question est quel modèle de société voulons-nous construire ?
Voulons-nous une économie extravertie dépendante ; ou une économie productive et souveraine ?
Voulons-nous un État soumis aux intérêts financiers ; ou un État stratège au service du peuple ?
Voulons-nous une démocratie de façade ; ou une souveraineté populaire réelle ?
Nous portons une conviction simple : la Côte d’Ivoire doit entrer dans une nouvelle étape historique fondée sur :
- la souveraineté économique ;
- la justice sociale ;
- la transformation locale des richesses ;
- la planification stratégique ;
- la participation populaire ;
- et le partage du progrès.
Nous croyons qu’un pays ne devient pas développé parce qu’une minorité devient immensément riche pendant que la majorité survit difficilement.
Le véritable développement est celui qui réduit les inégalités, élève le niveau de vie général ; garantit l’accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi ; protège la dignité humaine.
nouvelle conscience progressiste africaine
Notre génération politique africaine doit sortir d’un double piège : le suivisme néolibéral et les slogans pseudo-révolutionnaires sans projet économique crédible.
Nous avons besoin d’une gauche moderne :
- souverainiste sans xénophobie ;
- populaire sans populisme vide ;
- progressiste sans déconnexion culturelle ;
- panafricaine sans romantisme stérile ;
- démocratique sans soumission oligarchique.
C’est cette voie que nous voulons construire.
Non pas contre les peuples européens. Non pas contre la France. Non pas contre l’Occident.
Mais contre toutes les formes de domination qui empêchent les peuples de décider librement de leur avenir.
une convergence internationale des peuples
Le XXIe siècle ne pourra être stable si les richesses continuent d’être captées par une minorité mondiale pendant que les peuples subissent :
- austérité ;
- chômage ;
- guerres ;
- inflation ;
- déclassement social ;
- destruction des solidarités.
Les peuples ont besoin d’une nouvelle espérance politique.
Cette espérance passera nécessairement par :
- davantage de souveraineté populaire ;
- davantage de justice sociale ;
- davantage de coopération internationale ;
- davantage de contrôle démocratique de l’économie.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit notre combat politique en Côte d’Ivoire.
Et c’est pour cela que nous regardons avec intérêt les combats portés par Jean-Luc Mélenchon et les forces progressistes qui, partout dans le monde, refusent la fatalité néolibérale.
Car au fond, le combat est universel ; remettre la richesse, l’État et la démocratie au service des peuples.
Et l’Afrique devra y prendre toute sa place.
Innocent Gnelbin
Président de Force aux Peuples
Essayiste et Militant Progressiste