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Une médiation trop longue.Encore une fois, le quartier avait été témoin de la même scène. Cette scène si violente que qu...
06/12/2022

Une médiation trop longue.

Encore une fois, le quartier avait été témoin de la même scène. Cette scène si violente que quelques-uns observaient avec un agacement certain alors que la grande majorité en quête de buzz et « d’affairages » prenait un réel plaisir à regarder et à commenter sous tous les angles.
Encore une fois, Samou et sa concubine Tafan s’étaient livrés à une violente bagarre conjugale comme eux seuls en ont le secret dans le quartier. Tout y est passé. Invectives, injures obscènes, propos humiliants sur les différentes familles.
On se rendait coup pour coup. Les coups de dents répondaient aux coups de poing, les coups de pilon aux coups de tête, les coups de balai aux coups de ceinture.
On voulait pousser l’humiliation de l’autre à l’extrême. Toutes les caractéristiques physiques, les moindres détails du z**i de Samou étaient balancés, au public, sans gêne, à travers des propos d’une obscénité inouïe, dans un accès de rage non contenu de Tafan. Samou, de son côté, avait arraché le morceau de pagne que Tafan avait noué sur la poitrine, montrant ainsi aux yeux de tous l’ignoble spectacle du balcon exposé et du « samedi soir » mal ficelé de la mère de ses trois enfants.
Ah l’être humain ! il y a de tout en lui ! Semblable aux eaux de la mer tantôt calmes, tantôt déchainées sous l’effet de je ne sais quel phénomène d’attraction.
La laideur du spectacle, du moins pour les gens sensés, avait poussé quelques voisins à alerter la famille de Tanfa. « Si vous ne venez pas cherchez votre fille, c’est son cadavre vous allez trouver ici ! »
La même nuit, le père, furieux est venu chercher sa fille sans mot dire. Mais avant de partir, il jura que sa fille ne remettrait plus jamais les pieds dans ce foyer qui n’avait ni tête ni queue. « Tu as pris ma fille sans dote, et comme un mouton, elle t’a suivi pour te faire des enfants. C’est pour cela que chaque fois tu te permets de la mettre dehors. Cette fois, c’est terminé ! tu gardes tes enfants et je garde ma fille »

Cela faisait maintenant deux semaines que Tafan était rentrée en famille. Et comme on le dit à Abidjan : « quand quelqu’un laisse, quelqu’un prend ! ». Sa chambre à la maison, sa place préférée au salon et l’espace vital qu’elle avait quand elle était en famille n’étaient plus libres. La famille africaine est grande. Des cousines et des cousins avaient occupés les lieux. Elle se sentait à l’étroit, du coup elle avait commencé à regretter son confort relatif dans « son foyer ». Ce qui lui manquait le plus, c’était ses enfants dont elle se contentait d’entendre les voix au téléphone.
Quant à Samou, il vivait mal l’absence de sa chérie. Quand il rentrait à la maison, il tournait sur lui comme lion en cage. Comment s’occuper des enfants, comment entretenir la maison, comment maintenir l’ordre dans la chambre conjugale ? Pire, la nuit ne lui portait plus conseil. Chaque jour le réveil était aussi lourd que celui d’un soudard.

Les deux avaient fini par se rapprocher. D’abord, par la magie du téléphone, ensuite en cachette comme de petits enfants se livrant à un jeu interdit. Effectivement, c’était un jeu interdit, car le père de Tafan avait formellement interdit à sa fille de revoir Samou. Il semblait inflexible face aux tentatives de médiation. Il voulait prendre son temps, il voulait montrer à Samou qu’il était le maître de sa maison. Or, dans son dos…
Un jour, Tafan aborda la question avec sa mère.
- Mama, tu ne trouves pas que mon affaire là, dure trop ?
- Ma fille, tout est entre les mains de ton père !
- Et pourtant il y a eu des médiations ?
- Il est toujours fâché, son orgueil d’homme a été touché par le comportement de ton concubin, il veut à son tour lui donner une leçon en faisant durer la médiation !
Y a-t-il plus complice que mère et fille ? La mère avait fini par céder au désir de sa fille. Désormais elle faisait partie du complot. C’est même elle qui organisait les rencontres sécrètes entre les deux « nouveaux amoureux ». Toute la maisonnée en était informée, sauf le père. Ce dernier, juché sur son ilot d’ignorance, répétait à qui voulait l’entendre qu’il ne reviendrait sur sa décision à la seule condition d’avoir obtenu le mariage pour sa fille.

Un matin, à 6h00, toute la maisonnée fut réveillée par des klaxons de voiture. Lorsque le vieux mit le coup par la fenêtre, il aperçu sa fille qui chargeait ses bagages dans un véhicule. Précipitamment il sortit pour comprendre ce qui se passait. A sa grande surprise, il semblait être le seul à ne rien savoir.
- On peut me dire ce qui se passe ici !?
- Papa, je retourne dans mon foyer. Ta médiation là est trop longue !
Il jeta un coup d’œil à sa femme comme pour chercher un soutien, mais celle-ci détourna le regard.
- Ah oui, je comprends, toi Tanfa, pendant que je me bats pour tes intérêts, c’est comme ça que tu m’humilies, hein !
Le vieux n’avait pas fini de parler qu’il vit venir vers lui, la tête baissée, les pas lourds, et le visage contrit, Samou.
- Papa pardon, au nom de Dieu j’ai compris la leçon, je promets changer de comportement pour être un vrai gendre, je vais épouser ta fille et je vais plus la déshonorer.
- Tu viens enlever ma fille et tu parles de changement de comportement ?
- Papa, comprend-moi, comme les autres médiations avaient trop durées c’est pourquoi je suis venu faire un dialogue direct !
- Gaston, si le petit a eu le courage de se présenter à toi, c’est qu’il a commencé à atteindre la maturité, il va changer de comportement, accorde-lui une dernière chance ! Intervint la mère de Tafan.
Samou fou de joie, embarqua sa femme et le véhicule s’éloigna le plus rapidement possible de peur que le vieux Gaston ne changea d’avis.
Les choses allaient vraiment changer ? Je ne sais, mais je sais que l’amour fait prendre souvent des décisions dont les trajectoires n’obéissent à aucune équation de droite !

NB: ce récit est une fiction, toute ressemblance avec des faits réels ou des situations déjà vécues n'est que pure coïncidence.

Une v***e bien audacieuseC’était fini. Totalement fini. Gilbert dans sa bière, allait dans un instant être mis en terre....
26/08/2022

Une v***e bien audacieuse

C’était fini. Totalement fini. Gilbert dans sa bière, allait dans un instant être mis en terre. Douleur de toute une foule, qu’unit à cet instant précis, le départ sans retour, de celui qui deux semaines auparavant était vivant au milieu des siens. Douleur de collègues de travail, venus en masse pleurer celui qu’ils ne verraient plus déambuler dans les couloirs de l’entreprise Coco et Frères. Douleur d’amis, douleur de parents, mais surtout douleur d’une v***e que la triste réalité de la vie avait ridée en l’espace de deux semaines. Et ce visage froid, ce visage pâle, sans fard ne pouvait que se blottir sous le voile noir du deuil.

Après quelques paroles cérémonielles, les restes de Gilbert FIANKAN furent déposés dans sa nouvelle demeure. Telle une trainée de poudre dispersée au gré du vent, la foule se dissipa aussi rapidement qu’elle pouvait, comme si le défunt allait revenir chercher le dernier à partir de là. La v***e et ses enfants reçurent des accolades furtives de visages et de bras que sa nouvelle condition ne lui donnerait plus l’occasion de rencontrer. Elle les regardait tous partir têtes basses, pas lourds, mais aucun n’osait se retourner pour voir les faciès embués qui semblaient s’interroger sur la couleur que prendrait l’avenir pour eux désormais.

Gilbert FIANKAN, brave commis exerçant dans la célèbre entreprise nationale Coco et Frères a été terrassé deux semaines plutôt par un fulgurant palu. Personne n’avait vu la chose venir, surtout que le concerné lui-même ne s’était apparemment jamais plaint d’un quelconque malaise. Il partait en laissant derrière lui une v***e et quatre enfants, tous en âge scolaire, excepté le premier qui était titulaire d’un BTS en Finance Comptabilité. Sa v***e, Maman Odile, était torturée à l’idée d’assurer seule les besoins de ses quatre enfants. Il est vrai qu’elle avait reçu des soutiens çà et là. Il est vrai que Coco et Frères avait pris les frais funéraires en charge. L’entreprise a même, dans une procédure d’urgence traité le dossier relatif aux droits du défunt. Elle avait remis à Maman Odile en tout et pour tout un chèque de deux millions. C’est ce que valaient les droits du défunt. Il n’était pas légalement marié, la v***e ne pouvait prétendre à rien d’autre.

Maman Odile, les larmes embusquées sous les paupières, tournait et retournait le chèque entre ses doigts. Mille questions se bousculaient dans sa tête troublée. Comment tirer le meilleur parti de cette somme d’argent ? L’investir ? Où l’investir ? S’improvise-ton entrepreneur ? Des idées de commerce s’entrechoquaient dans sa boite crânienne. Mais elle sentait un lourd magnétisme planer sur ce chèque qui ressemblait à la dernière bouée que lui tendait la vie. Après moult réflexions, elle prit sa décision.

Une semaine après l’inhumation de son homme, elle rassembla ses enfants et leur dit :
-Mes enfants, demain, nous sommes invités à une grande cérémonie en l’honneur de votre défunt père. Sapez-vous, parfumez-vous, soyez tous beaux et ne négligez aucun détail corporel !
Les enfants médusés n’en croyaient pas leurs oreilles. Ils voulurent poser des questions mais ils furent coupés net. Maman avait parlé, ils devaient s’exécuter, point.

Le lendemain, ils étaient tous parés ! Sauf Maman Odile. Elle gardait sa tenue de deuil. D’ailleurs, se parer n’aurait été d’aucune utilité pour elle, car tout son être reflétait le deuil. Elle en tête, ses enfants à la queue leu leu, ils fendirent le quartier sous les regards inquisiteurs des voisins. Elle, feignant de ne rien sentir, distribuait des bonjours mécaniques et jetait son visage ailleurs signe qu’elle voulait éviter toute question impertinente.
A la sortie du quartier, l’étrange cortège s’engouffra dans un gbaka. Destination : le bureau du grand patron de l’entreprise Coco et frères. La secrétaire trouva ses visiteurs du matin bien curieux. Elle voulut les congédier, Maman Odile insista, elle voulait rencontrer le boss.
-Avez-vous rendez-vous ?
-Non Madame !
- Dans ce cas vous ne pourrez rencontrer le PDG, il ne reçoit que sur rendez-vous, hormis quelques exceptions.
- Justement nous sommes dans l’exception, Madame.
La secrétaire insista pour savoir le motif exceptionnel, la v***e persista dans son refus.
C’est sur cette scène que le PDG fut son entrée, avec son cortège.
Maman Odile n’eut besoin d’aucune présentation. Elle bondit en direction du PDG, se jeta par terre et saisit ses pieds. Elle ne lui laissa pas le temps de placer un seul mot et elle lança à son endroit :
- Merci PDG, merci monsieur, merci beaucoup. Je sais que vous ne me connaissez pas. Mais les hommes de bien n’ont pas besoin de connaître avant d’agir. Voyez-vous, je suis la compagne de votre défunt serviteur Gilbert FIANKAN. C’était l’un de vos employés, un valeureux travailleur perdu dans la masse des gens que vous dirigez. Lui aussi, vous ne le connaissiez pas ! Et pourtant, votre entreprise a pris en charge ses frais funéraires, elle était présente à son enterrement et elle m’a remis ce chèque qui porte votre signature. Monsieur le PDG, je suis venue vous voir avec mes enfants. Les sapes qu’ils portent seront bientôt des haillons sur leurs corps. Les jolis corps que vous voyez seront bientôt décharnés, et le temps prendra soin de dévorer ces jolis visages à qui les ressources risquent de manquer d’ici peu. Monsieur, je viens vous rendre votre chèque. Tenez, prenez-le, et remplacez ce chèque en embauchant mon fils que voici. Il a le BTS, il saura vous être utile quelque part.
Le PDG, interloqué par cette démarche atypique, voulut protester en indiquant à la pauvre dame que ce n’était pas ainsi qu’on procédait.
- Mais madame…
- Mais monsieur, je sais que ce n’est pas ainsi que les choses se passent, mais votre assistante m’a dit qu’il y a des exceptions, alors considérez que je fais partie de ces cas-là. Je renonce au gros pain d’un jour pour vous demander un long pain de plusieurs années.

La dame se tenait là, au pied du boss, son chèque tendu vers les mains du boss, ses larmes coulant sur les pieds du boss.
Le Patron, après un silence de gêne et de compassion, se résolut à parler.
- Levez-vous Madame, prenez votre chèque, il est à vous et à vos enfants, c’est votre droit. En plus, j’engage votre fils pour un essai de trois mois. Si l’essai est concluant je l’embaucherai comme assistant comptable.

Le triomphe était total, le secrétariat du boss ne tarda pas à se transformer en une salle de cris et de danse.
C’est ainsi qu’une v***e ordinaire, munie d’une audace extraordinaire, sauva sa famille d’une déchéance programmée.

NB 1 : Cette histoire est une fiction. Toute ressemblance avec une situation réelle n’est que pure coïncidence.

NB 2:
Plume d’oie se tient à votre disposition pour les travaux suivants :
- Coaching en écriture littéraire, administrative et professionnelle ;
- Écriture de vos biographies et livres à partir de vos idées ;
- Correction de vos ouvrages ;
- Rédaction de discours de circonstance.
Merci pour votre confiance !
07 57 77 87 29.

Les « maudias  du grain »M. Vagbé, était un citoyen lambda qui menait une vie tranquille quelque part dans un sous quart...
10/08/2022

Les « maudias du grain »

M. Vagbé, était un citoyen lambda qui menait une vie tranquille quelque part dans un sous quartier de la commune de Koumassi. Ce monsieur, après trente années de service à la Fonction publique, s’était acquis une modeste concession qu’il partageait avec des locataires. Mais il y a des personnes qui sont nées avec des fourmillements dans les doigts. Elles ne peuvent rester sans entreprendre une activité. Le sieur Vagbé en faisait partie. Même à la retraite, il avait ouvert un petit commerce en zone portuaire.
Les journées de M. Vagbé se résumaient comme ceci : le matin, départ pour sa boutique aux environs de 10h. Il y supervisait les activités et rentrait le soir à 18h. Il stationnait son véhicule sur le terrain vague du quartier et rentrait à la maison pour rejoindre les siens. Tous les jours, quand il passait chercher son véhicule, il trouvait un groupe de jeunes du quartier assis au kiosque de Diallo en grande discussion sur tous les sujets brûlants. A l’aide de propos flatteurs, ils arrivaient toujours à lui soutirer quelques sous : « lo vieux choco », « le père », « le parrain » ; « le danhéré », etc. Ils étaient là le matin au départ et ils étaient là le soir à sa descente ; cette fois réunis dans une assemblée qu’ils appelaient le « grain »
C’étaient de vrais experts, ces jeunes. Comment fait-on pour maîtriser dans les moindres détails autant de sujets ? Ces types connaissaient la fortune exacte de Drogba, les avions et bateaux de Ado, les vrais parents de Bédier, le dossier médical de Gbagbo, les maitresses de Zokora, les origines de la richesse de Asalfo, les causes sécrètes de la mort de Arafat DJ, le numéro privé de Barak Obama, la couleur du caleçon de Satan. Bref, je vous épargne le reste de la liste que vous pourrez la compléter à loisir. Ils savaient tout de tout à l’exception du sens élémentaire de leur existence sur terre.
Un matin, « lo vieux choco » résolut de ne rien donner à ces vautours des temps modernes. Après avoir récupéré son véhicule au parking, il glissa 200 fcfa au gardien, en guise de droit de gardiennage. De son véhicule, il lança un bonjour aux jeunes avec un doux mépris au cœur. Pour la première fois, il résista aux flatteries des renards. De retour à 18h, le « grain » était plein à craquer, les griots du groupe guettaient sa grande silhouette voûtée. Dès qu’il mit pied à terre, les éloges pleuvaient de plus belle. Une fois à leur hauteur, il les dévisagea tous et leur posa cette question :
- Qui sont ceux d’entre vous qui n’exercent aucune activité et qui sont assis ici depuis le matin ?
Sans aucune gêne, quelques doigts se levèrent promptement comme pour recevoir le fameux don de la banque mondiale dont le lien est souvent partagé dans les groupes WhatsApp. Alors « lo vieux » reprit son souffle et leur dit :
- Vos « maudias » ! Trouvez-vous normal qu’un homme de mon âge qui n’attend plus grande chose de la vie, continue de trimer sous le soleil et que vous, des bras valides, soyez assis ici à jouer les experts ? Pire vous avez l’outrecuidance de m’accoster chaque jour comme si je travaillais pour vous ? Pourquoi ne faites-vous pas comme vos camarades qui ne vous rejoignent ici que les soirs ? Avez-vous des poils dans la paume ? Si vous avez besoin d’argent, demain matin accompagnez moi dans ma boutique et vous saurez comment gagner de l’argent. Vos « maudias » encore et encore !

Les propos de Vagbé avaient fouetté l’arbre à orgueil des jeunes gens. Le lourd silence qui s’était établi fut interrompu par une voix autoritaire.
-A vous les « maudias du grain » qui ne contribuez jamais, désormais notre devise sera : « no contribution, no drink ! ».

A trop vouloir jouer la mélodie de l’entraide sociale, on finit par produire des notes discordantes, sources de cacophonie communautaire.

NB 1 : Cette histoire est une fiction. Toute ressemblance avec des faits réels n’est que pur coïncidence.

NB 2 :
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-Coaching en écriture littéraire, administrative et professionnelle ;
-Ecriture de biographies;
-Correction d’ouvrages ;
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LA VIPERE DANS LE PAGNEBadjô était assise sur la natte, les pieds étendus devant elle. Elle avait dans la bouche une lon...
27/07/2022

LA VIPERE DANS LE PAGNE

Badjô était assise sur la natte, les pieds étendus devant elle. Elle avait dans la bouche une long-cure dent entamé qu’elle mâchonnait machinalement. Sur sa tête, une tignasse drue annonçait au visiteur qu’elle était la mère du défunt, la mère endeuillée. Celle qui venait de perdre son fils, son unique fils : Yan Gogo.
Badjô venait d’être rejointe sur la natte par sa cousine et jumelle en âge, Kouléka. Les deux femmes sexagénaires observaient un silence de moine bouddhiste jusqu’à ce que Kouléka se décidât à parler.
-Yako ma sœur !
- Merci !
- Quel malheur ?! Enterrer celui qui était censé nous enterrer ! Quel goût peut avoir la vie après une telle massue ?
- Le goût de l’indifférence ma chère sœur.
- Quoi ?! Comment peux-tu dire cela ?
- Je suis impassible, je suis de marbre, je suis cynique.
- Oui je comprends. Il y a des douleurs qui vous inoculent un curare au cœur.
- Ma sœur, en réalité je ne ressens rien ! Au sens propre comme au sens figuré. Si je suis assise ici c’est juste pour les yeux des gens. Juste pour respecter les us et coutumes. Bien au contraire je me sens soulagé. Prête-moi ton oreille et que je t’explique.
Kouléka, la curiosité aiguisée, approcha une vieille oreille de commère non sans avoir avalé sa salive.
« Yan Gogo, comme tu le sais est le seul enfant que j’ai eu de mon défunt mari, Daplô. Après la mort de Daplô, que n’ai-je eu de propositions de remariage ?! Je les ai tous repoussées du revers de la main comme des gâteaux infects. Les pressions de toutes parts n’ont pu faire fléchir ma position qui était aussi rigide que phallus affamé. Je ne voulais plus revivre dans un nouveau foyer où les garanties pour le bien être de mon fils ne seraient pas assurées. Je voulais juste vivre avec mon fils « mon mari ». D’ailleurs la pension laissée par son père couvrait largement nos besoins essentiels. Alors pendant que la pension lui donnait le pain, les revenus de mon petit commerce lui procuraient le beurre. En somme, le fils de la v***e n’avait pas grande chose à envier aux autres mômes du quartier. Ainsi se déroulait tranquillement notre existence. Je ne sais si j’avais fait le bon ou le mauvais choix. Au fil des ans, le petit prenait des muscles. Il prenait aussi ses aises avec ses copains du dehors. Mes plaintes et complaintes ne purent rien changer. J’en fus malade de jalousie. Mon « dernier mari » s’éloignait inexorablement de moi sans qu’aucun remord ne vienne toquer à son esprit. J’en parlai à des connaissances. On me reprocha un amour excessif, voir maladif. On me conseilla de me faire à l’idée que Yan, qui se faisait appeler Yan Gogo, allait de toutes les façons partir un jour. C’est la destinée des garçons. Notre relation s’en fut réduite à sa plus simple expression. Tous les soirs quand je revenais du marché, je faisais la cuisine pour moi et mon « mari » surtout pour « mon mari ». Lui, venait vers 20heures en tête d’une horde d’amis et ils dévoraient les gros plats de foutou que je prenais le soin de disposer à la place du chef. La place qu’affectionnait son défunt père. Je ne voyais aucun mal en cela. Tous ces enfants n’étaient-ils pas les miens ? Une fois le repas achevé, ils se volatilisaient dans le quartier. Mon Yan Gogo revenait toujours aux environs de 1heure du matin. Mon cœur s’animait d’une joie indescriptible quand je l’entendais toquer à la porte. Je regardais par le judas pour confirmer que c’était bien lui. Quand je lui ouvrais la porte, je lui faisais quelques remarques bien molles de mère désemparée sur son attitude. Je pouvais aller au lit. Fin de journée.
Mais un jour, à 20 heures, alors que j’attendais Yan, c’est plutôt une horde de jeunes mal famés du quartier qui entrèrent pour le repas. Ils me ligotèrent solidement. Et après avoir savouré le repas, ils fouillèrent la maison de fond en comble. Pendant leur besogne, l’un d’eux visiblement sous les charmes de « Marie Jeanne » me lança ceci : « c’est ton fils Yan qui nous envoie. Il dit tu as le blè dans la maison, mais tu joues à la vieille avare. A ton âge, tu fais quoi avec tout ce blé caché ici ? Vieille sorcière ce soir sera ta fin ! ». Les autres me confirmèrent ses dires avec force détails. Je n’en croyait pas mes oreilles !
Je leur montrai les endroits où je cachais mon argent. Je leur livrai même les différents codes de mes comptes mobile money. A quoi bon faire de la résistance ? Puisque celui pour qui je gardais tout cet argent avait décidé de le prendre avant l’heure, et de la manière la plus indigne ? A la fin de leur forfait, comme si poussés par un brin d’humanité, ils décidèrent de me laisser en vie car j’étais selon eux une bonne vieille mère sans histoire dans le quartier. Après cela, ils fondirent dans la nuit tels des fantômes.
Yan Gogo, me croyant morte, revint à 22heures où il trouva tout le quartier ameuté chez moi. Quelle ne fut sa surprise ! Je n’avais révélé le secret à personne, la foule l’aurait lynché sur le champ. J’allais moi-même gérer cette affaire. Avec lui, je jouai le jeu à fond, comme si je ne savais rien. Une fois la foule retirée, le veinard sous le coup de l’émotion, et de quelques substances interdites, s’endormi à poings fermés dans le divan. Je fouillai fébrilement mes sachets noirs sous le lit. Je fis sortir un puissant raticide (médicament de souris) et d’un geste mesuré, je lui versai une pincée dans sa sale bouche entrouverte !
Le lendemain, tout le quartier se ressembla de nouveau chez moi. Cette fois pour enlever le cadavre de Yan et me consoler de cette mort mystérieuse pour eux.

Yan Gogo, mon fils, ma parure d’allégresse, la seule flèche de mon carquois de vieillesse n’était en réalité qu’une vipère que je couvais soigneusement dans mon pagne. Il m’a loupé, je ne l’ai pas loupé. »
-Kouléka, voici pourquoi je n’ai aucun regret, mais que cette histoire reste entre nous deux !
-Ah ma sœur, même dans une fiction, je n’aurais pas accordé du crédit à cette histoire. Hékiéééé. La vie là dèh !
Deux jours après, le temps de finir les démarches administratives, la vieille Badjô, dans son rôle d’actrice, porta son fils en terre après l’avoir porté dans son ventre et dans son cœur.

NB 1 : Cette histoire est une fiction. Toute ressemblance avec une situation réelle n’est que pure coïncidence.

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Les mangues de la frayeur !Du temps où je jouissais de mon adolescence, pieds sur terre, tête dans les airs, ventre au v...
09/06/2022

Les mangues de la frayeur !

Du temps où je jouissais de mon adolescence, pieds sur terre, tête dans les airs, ventre au vent, je faisais partie d’un groupe de quatre adolescents. J’étais le plus jeune de ces quatre lascars qui semblaient tutoyer la vie sans jamais penser que le chemin de la mort était parallèle à celle de la vie et qu’à tout moment nous pourrions y basculer. Aujourd’hui, du haut de mes cinquante ans, c’est avec frayeur que je revois certaines de ces scènes…
Un jour, pendant la saison des mangues, nous résolûmes d’aller cueillir des fruits bien juteux dans la savane. Chemin faisant, nous vîmes non loin du village un petit regroupement de 5 manguiers qui portaient des fruits excellents à voir et qui sûrement seraient bons à manger. C’était quand même étonnant de découvrir d’aussi belles mangues tout proche du village ! Pourquoi ces manguiers ne semblaient pas inquiétés par les enfants ?
Nous connaissions la réponse. Ce territoire appartenait à un homme du village. Ce type avait été frappé depuis sa jeunesse de démence. A force de soins, il avait fini par retrouver une certaine stabilité. Mais chez nous, l’adage dit : « même quand la tabatière est vide, il faut s’en méfier, elle ne saurait être un instrument de jeu ». C’est pour cela que plusieurs se méfiaient de ce monsieur que le village avait surnommé « Danger ». Les villageois se méfiaient aussi de ses mangues. Or ce jour-là, nous tendions vers la fin de la saison des mangues où les fruits juteux se faisaient rares, et la tentation de ces belles mangues « bêlouzes » avait fini par avoir raison de notre conscience d’adolescents étourdis. Menés par le plus suicidaire d’entre nous, Basile, nous nous retrouvâmes en deux bonds sur le territoire du vieil ours mal léché. Pendant que l’un lapidait les mangues mûres pour les faire tomber, l’autre dans les branches, remuait de toutes ses forces comme s’il voulait faire descendre tous les fruits. Les deux autres ramassaient les mangues à la hâte et les mettaient dans un sac dissimulé dans les herbes. C’était la joie totale, une joie enivrante d’avoir violée l’antre de Danger, l’homme le plus craint du village.
Soudain, l’un des ramasseurs s’arrêta net. Son corps se figea comme une statue et sur son visage était perceptible une terreur évidente. Ses lèvres s’ouvrirent, mais à peine s’il put sortir une phrase audible. « il est là ! ».
Lorsque nous jetâmes un regard dans la même direction que lui : Danger !
Longueur 1 mètre 90 cm, largeur d’armoire à glace, visage envahi par une barbe exubérante. Sous ses vêtements, l’on devinait aisément ses muscles saillants et un réseau de nerfs semblable à des branchements anarchiques dans un quartier précaire. Il tenait à la main une grosse machette avec laquelle il tapotait légèrement sa jambe créant ainsi une musique lugubre :kpa- kpa-kpa // kpa-kpa-kpa //kpa- kpa- kpa.
Comment saisir l’expression de son visage ? Impossible de le fixer. A sa vue nous commençâmes à pleurer à chaude larmes.
Mon cousin Basile le suicidaire réussit à surmonter sa peur et lança à l’endroit de Danger :
-Papa, pardon, vos mangues étaient trop mûres, nous voulions les cueillir pour vous les garder !
-Quoi ! Petit menteur, savais-tu que j’allais venir ici aujourd’hui ?
Les pleurs et les cris recommencèrent de plus belle.
-Ramassez toutes les mangues que vous avez cueillies ! tonna-t-il.
Cela fut fait en 2 minutes.
-Suivez-moi !
Nous le suivions sans jamais être tentés de fuir. Le simple regard de Danger suffisait à immobiliser un buffle, à plus forte raison des mômes. Il nous conduisit dans son cabaret (petit appâtâme de brousse qui sert de lieu de repos et de beuverie). Là, il tendit sa machette vers Basile, lui montra un gros tas de mangues et lui dit :
-Prenez ces mangues !
Nous n’en croyions pas nos oreilles.
Mais il fallait obéir à Danger. Nous nous sommes abaissés pour remplir nos sacs. Quand nous relevâmes nos têtes, point de Danger ! Le monsieur était partit aussi silencieusement qu’il était venu. Nous ne savions que faire ! Le chercher pour le remercier ? Attendre qu’il revienne pour le remercier ? Ou simplement quitter rapidement les lieux ? La troisième option fut choisie car avec un « fou guéri », tout peut changer d’un instant à l’autre : « on ne sait jamais ! ».
C’est avec un ouf de soulagement que nous atteignîmes les premières cases du village avec notre précieuse cargaison sur la tête : les mangues de la frayeur!

NB : Cette histoire est une adaptation littéraire d’un fait réel.
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Mon petit frère, ce criminelUne jeune femme voulant faire sa vie, a négligé de prendre des précautions afin de se préser...
26/05/2022

Mon petit frère, ce criminel

Une jeune femme voulant faire sa vie, a négligé de prendre des précautions afin de se préserver des grossesses non désirées. Sur son chemin, elle essaima 07 enfants de pères différents dont moi qui vous parle. Il est inutile de vous dire que nous vivions tous écartelés entre les différents parents de maman. Ceux qui ont eu moins de chance se sont retrouvés au village sans connaître la joie d’aller à l’école. C’est le cas de notre cadet. A ses 15 ans, il exprima le désir de rejoindre sa mère à Abidjan. Celle-ci, mariée légalement et vivant dans son foyer a catégoriquement refusé de recevoir son fils. Elle ne voulait pas, après toutes ses pérégrinations, troubler la quiétude de son nouveau foyer si chèrement acquis. Elle sollicita son grand frère à l’autre bout d’Abidjan pour qu’il accueilli un autre de ses enfants. Je dis bien un autre de ses enfants car nous étions déjà deux enfants de maman à vivre chez ce grand frère, après avoir passé un séjour orageux dans le foyer de maman. Ainsi, mon oncle Assiè Ouffoué, homme au grand cœur, accepta de prendre le petit sous son toit. D’ailleurs, dans nos traditions, le fils de la sœur n’était-il pas plus important que son fils à soi ?
Ma mère vivait tranquillement dans son foyer et mes cadets et moi vivions sagement chez tonton Assiè Ouffoué. Il avait accepté de nous donner le gîte, mais pour ce qui était de notre scolarité il s’était désengagé. Ce n’était pas par méchanceté, les moyens financiers lui faisaient défaut.
Je poursuivais mes études et Kobo mon petit frère apprenait la mécanique générale dans un atelier à la zone industrielle de Koumassi. Les jours s’égrenaient tranquillement comme les grains d’un chapelet kilométrique entre les doigts d’un moine bouddhiste.
Tonton avait une petite fille de 11 ans qu’il aimait par-dessus tout. Nous le savions tous. Elle était aussi son point faible. Quand nous voulions le solliciter, nous passions par elles pour atteindre le vieux. Il ne pouvait rien lui refuser. Je n’ai pas besoin de vous dire que tous à la maison chérissaient la petite. Mais l’attachement de Kobo, qui avait maintenant 23 ans, à la petite fille était excessif. J’attirai son attention sur la question. Il botta ma remarque en touche. Je ne fus pas le seul. Notre grand-mère de passage lui fit remarquer qu’il était trop attaché à la fillette. Rien n’y fit. On avait fini par s’accommoder à cette situation ambiguë.
La petite de 11 ans était en classe de CM 2. A la visite médicale en prélude à l’examen de fin d’année, le médecin de l’école fit une découverte surprenante. La petite présentait des lésions au niveau des parties génitales. Pire, un pus nauséabond sortait de sa partie intime. Assiè Ouffoué en fut informé. Toute la maison apprit la nouvelle. Un interrogatoire serré fit craquer la petite.
-chaque jour quand la maison est calme, Kobo dit que je suis sa femme, il dit de venir dans la chambre il va me marier. Et puis quand on rentre, il se couche sur moi et puis……
Le récit était insoutenable, nos oreilles se refusaient de croire ce que nous entendions.
-Mais pourquoi ne l’as-tu pas dénoncé ?
-il dit si je dis à quelqu’un il va me frapper. Et il me donne des bonbons et il fait tous mes devoirs de classe pour moi.
Effectivement Kobo avait possédé sa petite cousine de 11 ans, lui un gaillard de 23 ans. Mon oncle et sa femme s’effondrèrent en larmes, je ne tardai pas à faire comme eux. Lui était assis là, les yeux hagards, les oreilles détendues semblable à un lapin de savane, il avait l’air indifférent comme s’il ne s’agissait pas de lui.
Ma mère fut informée de la situation. En 2 minutes elle avait quitté son foyer tranquille pour se pointer, elle aussi en pleurs. Elle se jeta au pied de son grand frère.
-J’ai honte, j’ai mal, je suis humiliée. Pardon mon frère, pardon mon frère.
-Que vais-je dire ? Ton fils est mon fils. C’est mon propre couteau qui me blesse. Celui à qui j’ai voulu faire du bien vient de me poignarder là où je suis le plus vulnérable ! Pendant que je lutte pour son avenir, lui détruit l’avenir de mon enfant ! Mon trésor, ma princesse !
Mon oncle et sa femme pleuraient comme des enfants. Il voulait parler, mais sa gorge étouffée par la douleur ne laissait sortir aucun mot intelligible. Après un long silence, il se reprit.
-J’accepte ton pardon. Si je porte cette affaire devant les services compétents, c’est sûr que Kobo dormira à la Maca cette nuit même, je laisse tomber, mais je ne veux plus le revoir dans ma maison. Prend ton fils et partez !
-Où irais-je avec lui ? Toi-même tu connais la situation de mon foyer, mon mari me chassera. Assiè Ouffoué, je te demande pardon tu ne peux renier ton neveu ! Pardon, j’irai voir le chef de notre communauté à Abidjan pour te demander pardon.
Je connaissais mon oncle, il n’avait pas l’habitude de parler, mais quand il prenait une décision, il ne revenait plus là-dessus.
Les éclats de voix alertèrent nos voisins, les voisins alertèrent à leur tour tout le quartier. Devant notre portail, une foule excitée s’amassait et criait : livrez nous le criminel qui a osez troubler la tranquillité du quartier ! Le portail risquait de céder sous les coups de boutoir de la foule en colère. Mon oncle dans une générosité ultime, fit passer Kobo par la fenêtre arrière. Celui-ci escalada la clôture de l’arrière-cour et s’échappa.
Il entra dans la chambre fit sortir les effets de Kobo. Il les tendit à ma mère et lui dit : « je ne veux plus le revoir sur mon chemin ». Maman cherchait mon regard, elle espérait un soutien de ma part. A dire vrai, je me refusais de vivre encore sous le même toit avec un monstre pareil. Ma mère, celle qui ne tolérait pas qu’on trouble son foyer, mais qui plaidait la cause de son fils dans le foyer des autres, sortit sous les huées de la foule en colère de n’avoir pas pu faire la peau à Kobo.

NB : Cette histoire est une adaptation littéraire d’une histoire vraie vécue dans une ville en Côte d’Ivoire. Les noms des personnages et des lieux font partie de la fiction.

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