12/07/2026
GUILLAUME KIGBAFORI SORO PROPOSE
CÔTE D'IVOIRE : IL EST TEMPS DE PENSER COMME SINGAPOUR ET NON PLUS COMME UNE SIMPLE ÉCONOMIE DE MATIÈRES PREMIÈRES
Pendant près de soixante-cinq ans d'indépendance, la Côte d'Ivoire a bâti une grande partie de son économie sur ses richesses naturelles. Premier producteur mondial de cacao avec près de 40 % de la production mondiale, premier exportateur mondial de noix de cajou brute, importante puissance agricole dans l'hévéa, l'huile de palme, le coton et le café, notre pays demeure pourtant fortement dépendant de l'exportation de produits peu transformés.
Cette contradiction constitue aujourd'hui l'un des plus grands défis de notre développement.
L'histoire économique mondiale enseigne pourtant une vérité fondamentale : la richesse d'une nation ne dépend pas de ce que possède son sous-sol, mais de ce que produit l'intelligence de son peuple.
L'exemple le plus remarquable demeure Singapour.
En 1965, lors de son indépendance, Singapour ne disposait ni de pétrole, ni d'or, ni de diamant, ni de cacao, ni de terres agricoles importantes, ni même d'eau potable en quantité suffisante. Avec un territoire d'environ 735 km², ce petit État paraissait condamné à la dépendance.
Soixante ans plus t**d, Singapour est devenu l'un des plus grands centres industriels, financiers, maritimes et technologiques du monde. Son port figure parmi les plus actifs de la planète, son aéroport est une référence mondiale, ses universités attirent les meilleurs étudiants et son revenu par habitant compte parmi les plus élevés au monde.
Comment une nation dépourvue de ressources naturelles a-t-elle réussi là où tant de pays riches en matières premières peinent encore à transformer leurs économies ?
Parce que Singapour n'a jamais demandé : « Que possède notre sol ? »
Elle s'est demandé : « Que pouvons-nous produire ? Que pouvons-nous inventer ? Que pouvons-nous vendre au monde grâce à notre intelligence ? »
Voilà la véritable révolution que doit engager la Côte d'Ivoire.
Notre avenir ne peut plus être uniquement celui du cacao, de l'anacarde, du café ou de l'hévéa exportés à l'état brut.
Notre ambition doit être de devenir une puissance de transformation industrielle, de logistique, de services financiers, d'innovation numérique et de technologies africaines.
Notre pays dispose d'atouts exceptionnels : une population de plus de 31 millions d'habitants, une jeunesse dynamique, un accès à l'océan Atlantique, le Port Autonome d'Abidjan, des infrastructures en développement et une position stratégique au cœur de l'Afrique de l'Ouest.
Ces avantages doivent désormais servir une stratégie nationale de création de valeur.
Il est temps de quitter définitivement la logique de la rente pour entrer dans celle de la production.
Il est temps de substituer à la pensée géologique une pensée industrielle.
Il est temps de faire de l'école, de la recherche scientifique, de la formation technique, de l'innovation et de l'entrepreneuriat les véritables ressources naturelles de la Côte d'Ivoire.
L'histoire de la France offre également un enseignement précieux. Après la Première Guerre mondiale, confrontée à une forte dépendance énergétique, elle choisit de mobiliser ses ingénieurs, ses industriels et ses banques pour créer, en 1924, la Compagnie Française des Pétroles, devenue aujourd'hui TotalEnergies. Ce choix stratégique démontre qu'une nation peut bâtir une filière industrielle même lorsqu'elle ne possède pas les ressources qu'elle exploite.
La véritable souveraineté ne consiste donc pas seulement à posséder des matières premières.
Elle consiste à maîtriser les technologies, les chaînes de valeur, les compétences, les infrastructures, les financements et les industries.
La Côte d'Ivoire possède des milliers d'ingénieurs, de chercheurs, d'universitaires, d'entrepreneurs, de juristes, d'économistes et d'innovateurs. Leur intelligence représente une richesse bien supérieure à toutes les matières premières si l'État sait l'organiser et la mobiliser.
Le rôle d'un grand dirigeant n'est pas d'apporter seul toutes les solutions. Il est de savoir identifier les meilleurs talents, leur faire confiance, protéger leur indépendance intellectuelle et leur confier les grandes missions nationales.
Le XXIᵉ siècle ne sera pas celui des pays les plus riches en ressources naturelles.
Il sera celui des pays qui sauront transformer leur capital humain en puissance économique.
GPS appelle à l'élaboration d'un véritable Pacte national pour l'industrialisation, fondé sur la transformation locale des matières premières, l'innovation, la recherche scientifique, l'intelligence artificielle, la formation des jeunes, la promotion des PME industrielles, la souveraineté énergétique et la mobilisation des compétences ivoiriennes, où qu'elles se trouvent dans le monde.
La Côte d'Ivoire ne doit plus simplement être un grand producteur agricole.
Elle doit devenir un grand pays industriel.
C'est à cette condition que notre jeunesse trouvera des emplois qualifiés, que notre économie gagnera en souveraineté et que notre Nation prendra pleinement sa place parmi les grandes puissances émergentes du continent africain.
Professeur Zoumana Coulibaly
Coordonnateur GPS Korhogo Ville 2
Au nom de Générations et Peuples Solidaires (GPS)