18/06/2026
Le Kamandjè, pagne sacré des Gouro
Un trésor connu dans toute la Côte d'Ivoire et bien au-delà. Incontournable aux grandes étapes de l'existence des Gouro, peuple du centre-ouest du pays, il est aussi respecté parfois imité par les peuples voisins d'Afrique de l'Ouest.
Ce village, c'est Bandefla. Et ce trésor, c'est le Kamandjè.
Un pagne qui n'est pas comme les autres
Le Kamandjè ancien ne se commande pas comme un tissu ordinaire. Il naît d'une rencontre, et cette rencontre impose ses règles. Tisser un Kamandjè ne revient pas à reproduire des motifs sur du fil : c'est accepter de se soumettre à un art qui dépasse largement le geste technique. Les tisserands ne sont pas de simples artisans ils sont au service de cet art, avec ses exigences et ses interdits, transmis de génération en génération pour que le pagne reste ce qu'il a toujours été. Sa valeur parle d'elle-même : certains disent qu'un beau Kamandjè peut valoir plusieurs bœufs.
Un savoir-faire de bout en bout
À l'origine, rien n'était acheté ni délégué. Les villageois maîtrisaient toute la chaîne. Ils cultivaient et récoltaient le coton. Les femmes filaient. Les hommes tissaient. Ils allaient chercher eux-mêmes dans la nature les racines qui donnaient les teintures végétales le noir et le rouge, ces deux couleurs qui allaient devenir la marque du Kamandjè.
Les métiers à tisser produisent des bandes étroites, d'environ 20 cm de large. Cousues les unes aux autres, elles forment les pagnes portés par les hommes et les femmes du village.
Un langage porté sur le corps
Comme pour beaucoup de textiles traditionnels africains, rien dans le Kamandjè n'est laissé au hasard ni les couleurs, ni les motifs. Ensemble, ils forment un langage. Celui qui porte un Kamandjè dit quelque chose de lui-même : qui il est, d'où il vient, à quelle étape de sa vie il se trouve.
La base du tissu est en fil de coton écru naturel. Sur ce fond, les motifs noirs et les lignes rouges portent les messages. Le noir et le blanc évoquent le jour et la nuit. Le rouge, c'est le sang celui qui coule dans les veines et relie les vivants entre eux. Les motifs stylisés, nombreux et précis, s'inspirent directement de la faune et de la flore que les tisserands observent autour d'eux. Chacun est choisi avec soin : ensemble, ils dessinent le portrait de celui ou celle qui portera le pagne.
Les pagnes pour femme sont constitués de trois motifs différents sur la longueur, ponctués chaque fois par des motifs de respiration et du tissage blanc. Les pagnes pour homme, plus longs, sont constitués de cinq motifs. Chaque pagne est le résultat de plusieurs semaines de tissage, d'autant plus que les motifs sont complexes à créer. Chaque pagne, à l'étoffe douce et souple, est unique.
Source : rezoivoire.net