04/01/2026
Enseignement supérieur au Cameroun : Point sur l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche de Paul Biya et la dette académique
Alors que le premier trimestre de l’année 2026 a entamé son décompte depuis le 1er janvier, les enseignants du supérieur, dans leur immense majorité (près de 90%), attendent toujours le règlement de l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche pour le compte du troisième et du quatrième trimestres de l’année 2025. Annoncée à chaque fois à grand renfort de publicité par des communiqués radio et télé solennels, peu de Camerounais savent que ces effets d’annonce ne sont très souvent suivis d’aucun virement bancaire effectif sur 2 à 3 trimestres, alors que de nouveaux communiqués annoncent le paiement de nouvelles allocations spéciales à la fin de chaque trimestre.
En effet, le Ministre de l’enseignement supérieur s’assure tout simplement du bon déroulé de la politique du renouveau vis-à-vis des enseignants depuis 1992. Dans la crise sociale qui secoua le pays au début des années 1990, les enseignants, particulièrement ceux du supérieur, prirent fait et cause pour l’ouverture démocratique qu’abhorraient alors les tenants du pouvoir de l’ordre de 82. Le régime décida alors de punir de façon exemplaire les enseignants, notamment en les rendant autant que faire se peut, misérables. Ainsi, dès 1993, les enseignants, tous ordres confondus, furent les seuls employés de l’État à subir les 65% de la double baisse des salaires imposée par le Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre de l’ajustement structurel.
A la suite des émeutes de la faim en 2008, le régime de 82 trouva une astuce pour ne pas relever les salaires des universitaires afin de les situer au niveau moyen de la sous-région. C’est ainsi que naquit l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche, encore appelée prime spéciale, avec une fréquence trimestrielle. Sans cette prime, les universitaires camerounais ont les salaires les plus bas de la CEMAC et le professeur titulaire hors échelle termine sa carrière avec un salaire inférieur à celui d’un jeune docteur, nouvellement recruté comme assistant au Gabon, en Guinée Équatoriale ou au Congo. En l’introduisant, les enseignants du supérieur au Cameroun voient leurs salaires dépasser ceux de la Centrafrique, pays présenté comme l’un des plus pauvres au monde, avec le revenu par tête le plus faible de la planète.
Ce misérabilisme n’est pas uniformément réparti parmi les universitaires. Pour garantir des faveurs aux fidèles du système, un mode de paiement par billetterie est institué au Minesup. Ceux qui reçoivent leurs primes par ce canal n’ont jamais de re**rd. Ils sont les seuls enseignants du supérieur supposés ne pas disposer de comptes bancaires pour le virement de leurs primes, ce qui est une absurdité dans notre pays, le versement du salaire mensuel nécessitant impérativement un compte bancaire. Cette manœuvre de paiement par « billettage » a donné naissance à une mafia institutionnalisée par laquelle des adeptes du régime de 82 peuvent se faire verser toutes les primes d’une année entière en une seule fois, pendant qu’un trimestre dure de six à neuf mois pour l’immense majorité des autres enseignants. Des informations sont en train d’être recueillies pour mettre à nu ce système développé au sein même du ministère de l’enseignement supérieur.
Le Minfi de son côté a, dans la deuxième moitié de l’année 2024, fait de grandes annonces sur le règlement de la dette académique (créance des enseignants sur l’Etat du Cameroun résultant notamment de l’encadrement de la recherche en cycles Master et Doctorat, heures complémentaires, vacations, expertises, etc.) comptabilisée à partir de l’année 2000. En limitant entre 2000 et 2021 la période considérée pour la dette académique, nul ne sait ce qu’il va advenir des travaux menés depuis 2021. Sauf que rendu en janvier 2026, les communiqués du Minfi qui indiquaient la mise en paiement de ladite dette académique entre septembre et octobre 2024 n’ont vu qu’une portion congrue de quelques enseignants des universités de Bamenda et Buea recevoir un virement, sans que le bénéficiaire ne puisse garantir de ce que le montant viré correspond à ce qui lui est dû.
A titre de rappel, le 03 octobre 2025, en pleine transe électorale, c’est le Minesup qui se substituait au Minfi à travers un communiqué dans lequel il annonçait la mise en paiement de la dette académique pour les universités de Bamenda et Buea.
Le fait intéressant derrière ce mépris assumé du corps enseignant des universités, c’est la tentative de musèlement du mouvement syndical, notamment le SYNES qui porte la voix des enseignants étouffés, et dont la Secrétaire Générale du Bureau Exécutif National du Syndicat National des Enseignants du Supérieur (BEN Synes), Pr Wogaing Jeannette, s’est vue adressée une convocation dans le but de la menacer de licenciement par des individus dont les frasques de tous ordres suffiraient à remplir plusieurs tomes de livres et que l’histoire n’oubliera jamais. Il convient de souligner qu’en 2005, alors que dans le cadre de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC) nous travaillions à améliorer les conditions d’étude dans les universités d’Etat en menant une grève, le Minesup nous avait promis « la solution finale » dans les locaux de son ministère. Cette attitude n’est donc pas une nouveauté, bien au contraire une culture née et nourrie par le régime qui nous dirige.
Telle est la situation des enseignants du supérieur au Cameroun et des communiqués ministériels rendus publics très régulièrement sans effets. Dans cette perspective, les décisions prochaines du BEN SYNES ne devraient surprendre personne.
SOH Syrie Galex
Enseignant Chercheur
Membre du SYNES