23/08/2026
À 12 ans, au cœur de la Bataille des Ardennes.
Aujourd’hui âgé de 94 ans, Monsieur André Stassin nous a confié ses souvenirs de décembre 1944.
Originaire de la région de Liège, André avait quitté sa région avec sa famille pour trouver refuge chez sa grand-mère, à Marcouray, afin d’échapper aux « bombes robots » qui frappaient alors la région liégeoise.
Ils pensaient trouver la sécurité dans les Ardennes.
Quelques semaines plus t**d, la guerre les rattrapait.
En décembre 1944, André n’avait que 12 ans.
Il se souvient parfaitement de l’arrivée des soldats américains à Marcouray, des véhicules, des combats, des bombardements, de l’artillerie, des tirs et des balles qui sifflaient autour du village.
Et parmi tous ces souvenirs, l’un d’eux occupe une place particulière.
Les Américains cherchaient une habitation suffisamment solide pour y installer leur Aid Station, le poste de secours destiné à recevoir leurs blessés. Ils demandèrent au jeune André s’il connaissait une maison en pierre, plutôt qu’une habitation en colombage.
André leur indiqua une maison en pierre dont les habitants avaient déjà quitté le village.
Les soldats le firent monter dans leur Willys Jeep afin qu’il puisse les guider jusqu’à cette maison.
C’est là que le Dr Spigelman installa son poste de secours et que furent accueillis les premiers blessés américains.
Sur la photo prise aujourd’hui, devant André, se trouve justement une petite Willys Jeep. Un objet qui prend une tout autre dimension lorsqu’on connaît ce souvenir.
À côté se trouve également un morceau de métal.
Ce n’est pas un simple objet.
Il s’agit d’un éclat de shrapnel qu’André avait ramassé lorsqu’il était enfant, après les combats, et qu’il a conservé pendant toutes ces années.
André nous a également raconté la fuite de Marcouray avec sa maman, son papa, sa grand-mère et sa tante, puis la vie dans les caves de Marcourt, où civils et soldats allemands se côtoyaient.
Il se souvient particulièrement du soir du Nouvel An. Un officier allemand exigea que son père lui trouve du schnaps dans l’heure, sous peine d’être fusillé. Son père lui répondit : « Comment voulez-vous que je vous trouve de l’alcool ? Je n’ai même pas de quoi faire manger ma famille. » Lorsque l’officier renouvela sa menace, il lui répondit simplement : « Alors fusillez-moi tout de suite, parce que vous n’aurez pas de schnaps. Je n’en ai pas. »
Plus de 80 ans après, André termine ce souvenir avec quelques mots qui disent tout :
« C’était un mec, mon papa. »
Il se souvient notamment de soldats allemands venant chercher de jeunes filles à l’approche du Nouvel An pour, disaient-ils, « faire la fête ».
Il se souvient aussi de sa maman retournant à Marcouray, au péril de sa vie, simplement pour essayer de trouver du pain pour sa famille. Elle traversa cette zone dangereuse pour finalement découvrir qu’il n’y en avait plus.
Et malgré la violence qui l’entourait, André restait un enfant.
Après les combats, il explorait les véhicules abandonnés. Il récupérait la poudre des mu*****ns traçantes pour fabriquer de petits « feux d’artifice » et se souvient même avoir manipulé des obus de 105 mm, avec toute l’inconscience d’un garçon de 12 ans qui grandissait au milieu des vestiges de la guerre.
82 ans plus t**d, André se souvient encore.
Une Jeep.
Une maison en pierre.
Un poste de secours.
Des soldats américains.
Des soldats allemands.
Les caves.
Les bombardements.
Les balles qui sifflent.
Une mère partie chercher du pain.
Et un éclat de shrapnel conservé pendant toute une vie.
Derrière les cartes d’état-major, les mouvements d’unités et les récits militaires de décembre 1944 se trouvaient aussi des familles belges et des enfants brutalement plongés au milieu de la guerre.
Merci, Monsieur André Stassin, de nous avoir ouvert votre porte et surtout votre mémoire.
Parce que l’histoire de la Task Force Hogan est aussi celle des civils qui se trouvaient sur son chemin. Et leur mémoire mérite, elle aussi, d’être transmise.
🇧🇪 Hogan’s 400 Memorial