27/05/2026
Discours du ministre Petr Macinka devant le Conseil de sécurité des Nations unies, New York, le 26 mai 2026 (Traduction non officielle)
Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord de remercier la Chine d’avoir organisé cet important débat et de m’avoir donné l’occasion de m’adresser à ce Conseil. En tant que représentant de la République tchèque, en Europe centrale, permettez-moi de faire une simple remarque : Alors que les grandes puissances parlent souvent de l’ordre mondial, les petites nations s’intéressent plutôt à ce qui se passe lorsque cet ordre s’effondre.
L’Europe centrale sait très bien à quoi ressemble un monde où les règles entre grandes puissances cessent de s’appliquer. C’est un monde dans lequel les petits États cessent d’être des acteurs de l’histoire et deviennent simplement l’espace à travers lequel l’histoire passe. Les Nations Unies n’ont jamais été créées pour construire un monde parfait. Elles ont été créées pour empêcher le pire de se produire.
Oui, les Nations Unies sont imparfaites. Leurs structures reflètent davantage la réalité de 1945 que celle d’aujourd’hui. Mais quelle est l’alternative ? L’alternative à des Nations unies imparfaites n’est peut-être pas un monde meilleur. C’est peut-être un retour à un nouveau concert des grandes puissances — un monde dans lequel la plupart des nations ne siégeront pas à la table, mais deviendront elles-mêmes des plats au menu. C’est pourquoi les Nations unies ont toujours leur importance. Non pas parce qu’elles peuvent éliminer les conflits de l’histoire humaine, mais parce qu’elles donnent encore aux petits États une voix dans un monde dominé par la puissance.
Mesdames et Messieurs,
Le monde d’aujourd’hui ne souffre pas seulement de conflits d’intérêts. Il souffre également de la perte de la capacité à se parler. Le Conseil de sécurité ne doit donc pas devenir un lieu de monologues parallèles. Sa valeur réside dans le fait que même des puissances rivales sont encore capables de se parler ici. L’histoire nous enseigne que les conflits majeurs ne commencent pas seulement par une agression. Ils commencent aussi par une erreur de calcul, par une rupture de la communication et par la conviction que l’on n’a plus besoin d’écouter les autres.
Les grandes puissances doivent également entendre comment le reste du monde perçoit leurs actions. Les petits États voient souvent les conséquences des décisions majeures avant les grandes puissances elles-mêmes.
Mesdames et Messieurs,
Le XXe siècle nous a appris que les empires militaires ne sont pas les seuls à être dangereux.
Tout aussi dangereuses sont les convictions de sa propre infaillibilité morale.
Toute puissance qui commence à croire qu’elle représente le seul avenir valable pour l’humanité perd progressivement la capacité de respecter les autres.
Et alors, le dialogue se transforme en rééducation. La coopération se transforme en obéissance. Et le droit international devient un instrument de sélection politique.
En Europe centrale et en République tchèque, l’ancienne Tchécoslovaquie, nous le savons très bien par notre propre expérience historique…
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui parlent d’un monde multipolaire. Mais la multipolarité n’est pas une vertu en soi. Sans retenue ni respect des limites, un monde multipolaire peut devenir encore plus dangereux. Les petits États ne recherchent pas un monde sans grandes puissances.
Ce que les petites nations recherchent, c’est un monde dans lequel même les grandes puissances sont capables d’accepter des limites à leur propre pouvoir.
Le monde d’aujourd’hui n’a pas besoin d’une nouvelle idéologie universelle ni d’une nouvelle hégémonie. Ce dont il a besoin, ce sont des grandes puissances prêtes à faire à nouveau preuve de retenue, de respect et de capacité d’écoute. La Charte des Nations Unies est née de l’expérience selon laquelle les civilisations qui refusent d’accepter des limites à leur propre pouvoir courent tôt ou t**d à la catastrophe. Et la capacité d’accepter des limites à son propre pouvoir reste l’une des conditions fondamentales de la paix entre les nations.
Merci.
New York, May 26. 2026