23/11/2025
L’Algérie fait face à une réalité devenue impossible à contourner, son re**rd économique, particulièrement technologique, ne peut être rattrapé sans un afflux massif d’investissements étrangers. C’est une vérité simple, dure et incontestable.
عبد الكريم زغيلش - Abdelkrim Zeghileche
Aucun pays n’a pu moderniser son économie, construire une base industrielle solide ou rattraper son re**rd technologique sans ouvrir ses portes aux capitaux internationaux et aux partenariats technologiques. Les investissements étrangers ne se limitent pas aux flux financiers, ils apportent technologie, savoir-faire, formation et mise à niveau de la main d'oeuvre, innovation, réseaux logistiques, normes industrielles et compétitivité internationale. Malgré cela, et malgré un potentiel gigantesque, ressources naturelles abondantes, main-d’œuvre jeune, coût énergétique très bas, position géographique stratégique, possibilités d’investissement dans tous les secteurs, les investisseurs ne viennent pas.
Le paradoxe algérien réside dans cette contradiction, un pays riche en opportunités mais pauvre en attractivité. La raison majeure est claire et largement documentée, l’image internationale de l’Algérie est aujourd’hui l’un des principaux freins à l’investissement. Dans les rapports mondiaux, le pays apparaît systématiquement dans les zones à risque élevé.
Moody’s, S&P Global, The Economist Intelligence Unit, Transparency International ou encore Freedom House, des bureaux conseils en investissement à l'international, ne formulent pas des opinions politiques, ils mesurent le risque institutionnel, la stabilité juridique, la prévisibilité économique, le niveau de corruption, la qualité de la gouvernance et la fiabilité des institutions. Dans presque tous ces indicateurs, l’Algérie se situe dans la zone rouge, ce qui signifie coût élevé, risque élevé, faible confiance et faible visibilité. Les grandes entreprises internationales, les banques mondiales, les fonds souverains du Golfe et les multinationales technologiques s’appuient sur ces évaluations pour décider où placer leurs capitaux. Lorsqu’un pays est perçu comme opaque, imprévisible ou répressif, et surtout une dictature, les coûts d’assurance augmentent, les garanties financières deviennent plus lourdes, et la décision finale est simple, le capital va ailleurs.
Les coûts d’assurance dans le contexte de l’investissement international désignent l’argent supplémentaire que les entreprises doivent payer pour se protéger contre les risques du pays où elles souhaitent investir. Plus un pays est jugé instable politiquement, juridiquement ou économiquement, plus les assurances à l'international deviennent chères.
C’est dans ce cadre que les affaires concernant les prisonniers d’opinion, qu’il s’agisse d’un écrivain comme Sansal, d’un militant comme Tadjadit, Mira Moknache, Abdelwakil Blamm... ou de n’importe quel journaliste ou activiste, prennent une dimension économique directe.
L’emprisonnement d’écrivains, de blogueurs, de journalistes ou de figures publiques n’est pas interprété à l’étranger comme un simple dossier judiciaire.
Pour les institutions financières et les multinationales, c’est un signal clair, les lois peuvent changer soudainement, le pouvoir politique peut intervenir dans les décisions judiciaires, la liberté d’expression est fragile, et la marge d’erreur est minime.
Dans l’économie mondiale, un tel signal se traduit immédiatement par un classement, « High Risk ».
Un pays qui apparaît dans les médias internationaux pour des arrestations, des procès politiques ou des atteintes aux libertés est perçu comme un pays où les règles ne sont pas stables. Un pays où les règles changent du jour au lendemain peut saisir des biens, bloquer un projet, poursuivre un dirigeant ou suspendre une licence pour des raisons non économiques. Cette imprévisibilité institutionnelle est l’ennemie absolue de tout investissement. Les cabinets de conseil internationaux tels que Deloitte, Kroll, PwC ou Ernst & Young analysent ces signaux avec précision. Leurs recommandations aux groupes internationaux ont été constantes ces dernières années, l’Algérie est un marché à opportunités mais à risque élevé. Résultat : projets énergétiques gelés, départ de constructeurs automobiles, retrait de groupes technologiques, annulation de partenariats industriels, suspension de financements par des fonds souverains. Aucune de ces décisions ne s’explique par un manque de potentiel : elles s’expliquent par le climat politique, juridique et réputationnel. La mauvaise image internationale a un coût concret : hausse du coût du capital, frilosité des banques, refus des assurances, absence de technologie, fuite des talents, isolement économique. Même les pays aux capacités plus modestes, attirent davantage de capitaux car ils offrent un environnement plus lisible, plus stable et plus cohérent. En conclusion, la réputation d’un pays n’est plus un détail symbolique : elle est devenue une variable économique centrale. Tant que l’Algérie ne procédera pas à une réforme politique réelle, à une réhabilitation de la justice, à une transparence institutionnelle et à une réconciliation entre le pays et son image internationale, elle restera en marge des circuits mondiaux de l’investissement et de la technologie. Pour attirer le capital, il faut de la stabilité. Pour garantir la stabilité, il faut un État de droit. Aujourd’hui, l’Algérie possède les richesses, mais pas la confiance, les opportunités, mais pas la prévisibilité, les ressources, mais pas l’image. Et sans image, il n’y a pas d’investissement.
Sans investissement, il n’y a pas de transformation économique.
Le pays dispose du potentiel, mais il lui manque encore les conditions essentielles pour l’activer.
fans