11/06/2026
Intervention de Sandra Blaise élue régionale PCF sur le pacte industrie
Monsieur le Président,
Le premier mérite de ce Pacte est de rappeler une réalité parfois oubliée : l’industrie reste au cœur de l’économie du Grand Est. Elle représente encore une part essentielle de notre activité, de nos emplois, de notre capacité d’innovation et de l’aménagement équilibré de nos territoires.
Notre région dispose d’atouts réels : un tissu industriel dense, des savoir-faire reconnus, des filières historiques puissantes, une capacité d’innovation importante et un potentiel d’attractivité qui ne doit pas être sous-estimé.
Nous partageons donc un constat : face aux bouleversements économiques, climatiques et géopolitiques, il est indispensable de renforcer la résilience de notre appareil productif régional.
Mais une question essentielle demeure : quelle réindustrialisation voulons-nous, et au bénéfice de qui ?
Car réindustrialiser ne peut pas signifier simplement accompagner le marché ou multiplier les dispositifs sans stratégie globale.
Depuis plusieurs années, la Région a multiplié les aides, les appels à projets et les outils d’accompagnement. Cette mobilisation est utile, mais elle atteint aujourd’hui ses limites.
La première limite est celle de la lisibilité. Pour beaucoup de PME, de TPE et d’industriels de terrain, les dispositifs restent complexes, parfois dispersés, et difficiles d’accès.
La seconde limite est celle de l’évaluation. Dans un contexte budgétaire contraint, nous avons un devoir de transparence et d’efficacité sur l’usage de l’argent public.
Mais pour notre groupe, l’enjeu n’est pas seulement de mesurer combien on dépense : il faut surtout regarder ce que produisent réellement ces aides.
Combien d’emplois maintenus ou créés ? Combien de sites sauvegardés ? Quelle relocalisation industrielle ? Quelle baisse réelle des émissions ? Quelle montée en qualification des salariés ?
Nous proposons donc la mise en place d’un bilan annuel public du Pacte Industrie, fondé sur des indicateurs transparents de suivi : emploi, de formation, investissement, innovation, ancrage territorial, transition écologique et maintien des activités productives.
Mais nous voulons aller plus loin.
Chaque euro d’argent public régional doit être conditionné à des engagements précis : maintien de l’emploi, refus des délocalisations, investissements productifs sur le territoire, formation des salariés, respect d’objectifs sociaux et environnementaux. Une entreprise qui perçoit des aides publiques ne peut pas licencier ou fermer un site quelques mois plus t**d sans rendre de comptes.
Nous pensons également que les salariés doivent être pleinement associés aux transformations industrielles. Les transitions numériques, l’intelligence artificielle, la décarbonation ou les restructurations ne peuvent se décider uniquement dans les conseils d’administration. Ceux qui produisent les richesses ont une expertise qu’il faut reconnaître.
Enfin, nous partageons l’objectif de souveraineté industrielle, mais celle-ci suppose des choix plus ambitieux : sécuriser nos filières stratégiques, renforcer les achats publics favorisant la production locale, soutenir les PME industrielles et garantir un accès stable et abordable à l’énergie pour éviter de nouvelles désindustrialisations. Je profite d’ailleurs pour saluer les salariés de Arcelor Mittal qui sont mobilisés aujourd’hui devant l’Assemblée nationale pour la nationalisation de leur entreprise.
Oui, le Grand Est doit réindustrialiser. Mais nous défendons une réindustrialisation sociale, écologique et démocratique, au service de l’emploi, des salariés et des territoires — pas seulement des logiques financières de court terme.
C’est le sens des propositions que nous portons.