01/05/2026
L’HISTOIRE DU PLUS ANCIEN DOCUMENT DES ARCHIVES D’AGDE – AVRIL 1176
Épisode 2
Suite de la première partie : nous allons aujourd’hui nous attacher à la rédaction et à l’utilité de ce document.
Le métier de notaire
D’un point de vue notarié, il a été rédigé par un certain Pierre Rainard, qui ne se désigne pas comme tabellion ou notaire. Ce texte, néanmoins, affiche déjà des éléments constitutifs permettant de le rattacher aux évolutions du métier de notaire au XIIe siècle. Même si la formalisation n’est pas complète, on y retrouve quelques passages montrant l’évolution des pratiques notariales.
Sous l’impulsion de spécialistes du droit romain, les chanoines se forment de plus en plus à la rédaction de documents à valeur juridique. C’est également le cas à Agde où, dès le début de la seconde moitié du XIIe siècle, un certain Rotbertus est cité comme magister.
Un vocabulaire qui s’adapte
De nouvelles formulations transforment peu à peu les chartes, éléments que l’on peut retrouver dans le DD19. Citons ainsi le terme « pignus », pour le gage, les dimensions du bien qui ont été remplacées par l’emplacement de celui-ci (« limitée au sud par la voie publique, au midi par la maison de Guillaume Burlas et de l’autre par celle de Bernard de Séverac »), etc. La présence de témoins pour valider l’acte est aussi significative de cette phase de transition.
Toutefois, bien que le droit romain s’impose, il est adapté au langage vernaculaire occitan. On décèle ainsi dans le texte l’expression « sin inguanno », signifiant « sans tromperie », dérivée d’une formule wisigothique antérieure, typique du Sud de la France. La désignation de la demeure sous le terme « stare », un terme d’ancien occitan, en est également une manifestation. (voir à propos de ces éléments P. CHASTANG, Lire, écrire, transcrire – Le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc (XIe-XIIIe siècles), Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2002, p.277 et suivantes).
Qui est donc Pierre Raynard, celui qui a rédigé le texte en 1176 ?
Rien ne peut l’expliquer dans le DD19 précisément. Mais si cet acte de 1176 est bien connu, c’est parce qu’il a été retranscrit à plusieurs reprises dans les cartulaires du Chapitre d’Agde, copies du XVIIIe siècle, conservées par les Archives départementales de l’Hérault (cote G20) et la Bibliothèque de Montpellier (ms. 33).
Qu’y découvre-t-on ? Le passage manquant de notre parchemin !
En effet, dans la dernière partie recopiée au XVIIIe siècle, il est indiqué que Bérenger avait déjà cédé le droit de leude et de barque à Pons Baudoin lorsqu’il le gagea à Guillaume (ou Guilhem) Rainard pour un an. Et Pierre Rainard, une nouvelle fois, rédige le document. Étonnamment, les deux possèdent le même nom. S’agit-il de la même famille ? Le père de Guillaume s’appelait également Pierre. Guillaume, lui, est chanoine du chapitre. Il s’est très largement enrichi et a reconnu assez vite l’intérêt de la leude pour ses revenus fixes. En 1176, son testament, lui aussi ajouté au cartulaire du Chapitre, précise qu’il dispose d’environ 6000 livres en gage sur divers biens répartis sur tout le domaine de l’évêché ! Et on retrouve un certain Pierre Rainard, largement gratifié par Guillaume. Cousin, frère, neveu, quoiqu’il en soit, les deux se connaissaient et tractaient ensemble.
La suite au prochain épisode…
Sources :
- Pierre Chastang. S’enrichir au Moyen Âge. Le parcours de Guilhem Rainard, chanoine d’Agde (✝ 1176). Annales du Midi : r***e archéologique, historique et philologique de la France méridionale, 2008, 120 (263), pp.317-335.
- Raymonde Foreville. Les testaments agathois du Xe au XIIIe siècle. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 106ᵉ année, N. 1, 1962. pp. 18-33.
- Raymonde Foreville. Le cartulaire du chapitre cathédral Saint-Étienne d'Agde. Aubervilliers : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes (IRHT), 1995.