08/05/2026
Sébastien Delbosq :
✍️Le plus intéressant dans le billet publié par Jean Dionis après sa défaite, ce n’est pas tant ce qu’il dit ; que ce qu’il continue de ne pas voir.
Je veux être honnête : sur certains constats, je le rejoins.
Effectivement, la gauche agenaise était en campagne depuis très longtemps.
C'est vrai, elle disposait de moyens humains, militants et financiers extrêmement importants.
Et oui, elle a bénéficié d’une dynamique d’union qu’elle est quasiment la seule à savoir maintenir localement et nationalement depuis plusieurs élections. La gauche arrive toujours à se rassembler, à s'allier, même avec le pire, pour gagner, et ce sera le cas à chaque fois.
Et malgré cela, son socle électoral reste globalement le même depuis des années sur Agen : entre 35 et 45 % grosso modo selon les élections.
La gauche reste minoritaire à Agen.
Mais elle gagne lorsqu’elle réussit à ne pas se disperser, pendant que ses adversaires, eux, restent divisés.
Je rejoins également Jean Dionis sur un autre point : le pire est probablement à venir concernant cette coalition de gauche.
Car derrière l’affichage d’union, il existe des fractures idéologiques énormes, des désaccords profonds sur presque tous les sujets majeurs, et surtout une réalité que beaucoup d’Agenais commencent à percevoir : une grande partie de ces candidats sont avant tout des militants politiques, pas des gestionnaires, pas des professionnels, pas des personnes ayant une réelle expérience de terrain ou du monde réel.
Or la séquence présidentielle qui s’ouvre va forcément tendre ces contradictions.
On voit déjà aujourd’hui la gauche nationale se déchirer, s’insulter, s’affaiblir elle-même dans des querelles permanentes. Et il est évident que ces tensions finiront par avoir des conséquences localement.
Mais là où je ne rejoins absolument pas Jean Dionis, c’est dans son analyse de notre camp politique.
D’abord parce que cette obsession du « front républicain », cette façon de continuer en 2026 à parler du RN et de ses alliés comme de « l’extrême droite », relève d’une grille de lecture totalement dépassée.
C’est précisément cette posture que beaucoup de Français ne supportent plus.
Depuis des années, le centre et ce qu’il reste de la droite traditionnelle préfèrent encore perdre face à la gauche plutôt que d’accepter de travailler avec une droite nationale pourtant soutenue par des millions de Français.
Et Jean Dionis le dit lui-même presque avec fierté : il aurait préféré laisser la mairie à la gauche plutôt que d’envisager le moindre rapprochement avec nous.
C’est typiquement ce que j’appelle l’« extrême centre ».
Cette posture morale, cette peur panique et irrationnelle du RN, cette incapacité à regarder la réalité électorale en face.
La réalité est simple : partout où nous gouvernons, les caricatures tombent les unes après les autres.
Nos maires sont largement réélus.
Nous avons gagné de nombreuses villes et plusieurs agglomérations.
Et contrairement aux fantasmes entretenus depuis des années, les habitants ne vivent ni dans le chaos, ni dans une dictature.
À un moment donné, il faudra bien que ce qu’il reste de la droite classique fasse un choix.
Continuer à servir d’appoint au centre et, indirectement, à la gauche ; ou accepter enfin de reconstruire quelque chose à droite.
Parce que les faits sont là : le centre ne gagne plus.
Il s’effondre progressivement partout.
Et sa stratégie du “ni gauche ni RN” conduit très souvent, à faire gagner la gauche.
Mais l’erreur d’analyse la plus importante de Jean Dionis concerne selon moi ce qu’il appelle le « dégagisme ».
Non.
Jean Dionis n’a pas perdu à cause d’un prétendu dégagisme ambiant.
Il a perdu à cause de son propre bilan.
Il a perdu parce qu’après près de vingt ans au pouvoir, une partie grandissante des Agenais ne se reconnaissait plus dans la manière dont la ville évoluait.
Il a perdu parce qu’il y avait une vraie déconnexion entre une partie du discours politique porté par l’ancienne majorité, et le quotidien vécu par les habitants.
Insécurité.
Dégradation du centre-ville.
Sentiment de déclassement de certains quartiers.
Difficultés commerciales.
Propreté.
Circulation.
Impression que certaines préoccupations étaient relativisées ou minimisées.
Ce ne sont pas des fantasmes.
Ce sont des réalités que nous avons entendues pendant des mois sur le terrain.
Et contrairement à ce que certains veulent encore croire, les 2 766 Agenaises et Agenais qui ont voté pour notre liste ne l’ont pas fait par colère vide ou par réflexe protestataire.
Ils ont voté pour une alternative. Pour un espoir.
Une équipe nouvelle.
Une ligne claire.
Un projet cohérent.
Une volonté de remettre le quotidien des habitants au centre de l’action municipale.
Le plus surprenant dans ce billet, finalement, c’est peut-être cette forme de déni persistant.
Comme si, malgré la défaite, malgré l’usure du pouvoir reconnue à demi-mot, malgré la progression continue de notre famille politique, certains continuaient encore à croire que le problème venait uniquement “du contexte”.
Mais en démocratie, lorsque les électeurs vous retirent leur confiance après près de vingt ans de gestion, il faut aussi savoir accepter une réalité plus simple : parfois, ce n’est pas le climat politique qui vous emporte.
C’est simplement que les habitants considèrent que vous n’avez plus apporté les bonnes réponses.
"Efficacité de la gauche en campagne", "poussée du RN", "dégagisme ambiant" : Jean Dionis, maire sortant d’Agen, révèle, à froid, l’autopsie de son échec aux élections municipales
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