29/05/2026
Avant de bétonner une terre agricole pour un lotissement, une zone commerciale ou une plateforme logistique, comptez d'abord les friches industrielles, les zones commerciales abandonnées et les centres-bourgs vidés du même bassin de vie.
La France a artificialisé 19 263 hectares de terres agricoles et d'espaces naturels en 2023, soit l'équivalent de la superficie de Marseille, selon les données publiées en 2025 par le Cerema. Deux tiers sont allés à l'habitat, principalement sous forme de lotissements pavillonnaires en deuxième couronne. À côté de cela, le Cerema a publié le 22 septembre 2025 son premier inventaire national des friches : 15 000 sites représentant 60 000 hectares de foncier déjà artificialisé, immédiatement mobilisable pour du logement, de l'activité économique ou de la renaturation. Soit trois années entières d'artificialisation rurale qu'on pourrait éviter sans ralentir un seul projet, simplement en réutilisant ce qui existe déjà. La loi Climat et Résilience fixe pourtant un objectif intermédiaire de 12 000 hectares par an pour la décennie 2021-2031. La consommation actuelle reste 60 % au-dessus.
Un hectare de terre agricole bétonné, c'est un hectare de production alimentaire perdu pour des décennies au minimum — un sol fertile met cent ans à former un seul centimètre. C'est aussi un sol imperméabilisé qui ne filtre plus la pluie et qui ajoute à la cascade des inondations en aval. La biodiversité agricole — alouette des champs, perdrix grise, lièvre, hérisson, busard cendré — s'efface en quelques saisons. À l'inverse, une friche industrielle réhabilitée ne perd rien : le sol y était déjà compacté, pollué, sans fonction biologique active. Densifier un centre-bourg vidé non plus.
Le coût moyen de remise en état d'une friche est estimé par le Cerema à 540 000 € par hectare, financé en partie publiquement via le Fonds vert et le plan de relance. Ces dispositifs ont permis, entre 2021 et 2024, la réhabilitation de 5 800 hectares de friches en France, qui ont produit 13,6 millions de m² de logements et 10,3 millions de m² de surfaces économiques — sans toucher à un seul hectare de terre cultivable.
La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 fixe déjà l'objectif de zéro artificialisation nette des sols en 2050, avec une réduction de moitié de la consommation d'espaces sur 2021-2031. Cartofriches, l'inventaire public du Cerema librement consultable en ligne, recense les friches département par département. L'outil UrbanSIMUL, également public, croise ces données avec les espaces déjà constructibles du PLU. La pénurie foncière qu'invoquent certains élus locaux est largement contredite par les chiffres : 60 % des intercommunalités déclarent être en pénurie, alors que 50 % des friches recensées sont mobilisables pour l'industrie et 33 % pour le logement. Pire encore : 60,7 % de l'artificialisation française se fait dans des communes où l'offre de logements est déjà suffisante — on bétonne là où personne n'attend de venir s'installer.
La friche existe. Le centre-bourg existe. La loi le sait déjà. Choisir le champ n'est pas un arbitrage entre développement et nature — c'est un choix entre ce qui est facile pour un permis de construire et ce qui est intelligent pour le territoire.