30/05/2026
Je voterai CONTRE la gratuité du bus pour les -26 ans à Amiens. Je vous explique les raisons qui m’ont amenée avec mon groupe d’élus à prendre cette décision.
La gratuité du transport pour les moins de 26 ans... Le sujet est beau sur le papier. Il sonne bien. Il a permis de faire de belles affiches de campagne. Mais notre rôle d’élus métropolitains n'est plus de faire de belles affiches.
Notre rôle est de prendre de bonnes décisions pour les habitants d'Amiens Métropole tout en considérant tous les aspects, notamment financiers.
Et cette proposition-là, nous ne pouvons pas la soutenir car elle est insoutenable sous différents aspects que nous allons développer.
Sur l'équité, d'abord.
La mesure proposée par la majorité socialo-écolo communiste est fondée sur l'âge. Mais l'âge n'est pas un critère d'équité sociale !
Pourquoi un jeune cadre de 25 ans qui gagne 4 000 euros par mois verrait-il son transport offert, alors qu’un père de famille de 40 ans au SMIC continuerait de payer le sien ?
La vraie solidarité, celle qui a du sens, c'est une solidarité fondée sur les revenus et la réalité sociale, pas sur l'année de naissance.
Sur les finances, ensuite.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes, et ils ne sont pas rassurants. La perte de recettes commerciales serait massive. Et il faudrait donc que le contribuable, encore lui, compense : la gratuité des uns est toujours payée par d’autres.
À cela s’ajoute un risque fiscal majeur (un peu technique à développer ici mais bien réel) concernant la récupération de TVA, aujourd’hui sécurisée par un équilibre contractuel précis que cette mesure viendrait remettre en cause.
Au total, le coût cumulé atteindrait des millions chaque année, un niveau que les finances d’Amiens Métropole, déjà fragilisées, ne peuvent absorber sans conséquences.
Cette mesure n’aurait que pour effet de creuser encore davantage les tensions budgétaires.
Derrière une mesure qui peut sembler généreuse sur le papier, il y a une réalité : ce sont souvent les services publics essentiels qui finissent par payer la facture pour compenser. Et ceux qui en souffrent sont toujours les habitants les plus dépendants de ces services au quotidien.
Sur le réseau lui-même.
Le choix qui nous sera proposé au vote d’ici janvier privilégie la gratuité alors que c’est d’abord l’offre qu’il faudrait renforcer.
Les lignes N1 et N2, notamment, sont déjà saturées. Un afflux supplémentaire de voyageurs sur un réseau non renforcé ne sera pas vécu comme une amélioration mais plutôt comme une dégradation. Il faudrait acheter de nouveaux bus, embaucher de nouveaux conducteurs, élargir les dépôts.
Ces coûts sont vertigineux, et ils viendront s'ajouter aux autres. On ne décrète pas la gratuité sans décréter aussi les moyens. Sinon, on offre une promesse et on livre une déception...
Sur la cohérence métropolitaine.
Un plan B est évoqué, et comme son nom l’indique, il nous apparaît déjà bien Bancal…Il révèle encore davantage la fragilité du projet.
Si l'assemblée métropolitaine, souveraine en matière de transports, vote contre, le plan B de la majorité amiénoise prévoit que certaines communes pourraient décider, à l’échelle communale, d'offrir sur leur budget municipal ce service à leurs habitants.
Résultat : un enfant d'avocats habitant Amiens circulerait gratuitement. Un enfant d'ouvriers dont la commune n'a pas les moyens de suivre, paierait son bus. Voilà la drôle d'égalité qui nous est proposée.
Ce plan de secours prendrait des allures de chantage politique envers les maires des communes autour d’Amiens : "votez pour, sinon vos administrés vous le feront payer aux prochaines municipales". Au lieu de poursuivre le travail de coopération métropolitaine, Amiens Métropole serait plongée dans le triste bain d'une agglomération à deux vitesses.
Enfin, il faut évoquer la question juridique: nous considérons qu’il n'est pas légal pour une commune de prendre une décision tarifaire contraire à la délibération de sa métropole.
La métropole a été condamnée cette semaine par la Cour administrative de Douai à refaire deux aménagements cyclables qui ne respectent pas la loi. Épargnons-nous le même type de sanction lourde dans les années à venir...
Sur la santé de notre jeunesse, enfin.
Je veux aussi dire un mot sur la santé des jeunes
Leur sédentarité progresse, tout comme les cas de surpoids. C’est aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique pointé du doigt chaque année par l’OMS et le ministère de la Santé.
Dans ce contexte, encourager les mobilités actives, la marche ou le vélo, est l'une des réponses les plus efficaces et les moins coûteuses.
Amiens Métropole a déjà investi massivement dans les infrastructures cyclables et dans un parc vélo largement électrifié.
Au lieu de saturer davantage les bus en incitant les jeunes à abandonner le vélo ou la marche, parfois pour des trajets de moins d’un kilomètre et de moins de 20 minutes à pied et 5 minutes à vélo. Il faut plutôt renforcer ces usages.
Notons aussi que les experts s’accordent pour dire que les reports modaux n’existeraient pas avec cette mesure : les nouveaux utilisateurs jeunes de bus ne seraient pas d’anciens automobilistes abandonnant leur voiture, mais des anciens jeunes marcheurs ou jeunes cyclistes abandonnant une activité physique quotidienne…
Pour conclure.
Une idée séduisante n’est pas forcément une bonne politique publique.
Quand on découvre une fois élu qu’une promesse de campagne est intenable, il faut avoir la sagesse d’expliquer qu’on s’est trompé.
Durant le dernier mandat et pendant la campagne électorale, notre groupe Amiens au Cœur s’est toujours positionné contre l’étendue de la gratuité déjà en place le samedi pour tous. Nous maintenons aujourd'hui cette position.
Et le jour où cette délibération viendra au vote, nous voterons CONTRE, avec la même conviction, la même clarté, et le même sens des responsabilités.