30/07/2026
Le 28 juillet 1794, 10 Thermidor An II, Maximilien Robespierre montait à la guillotine. Avec lui Couthon, Saint-Just et 20 autres de ses compagnons, exécutés sans jugement.
À peine était-il mort que commençait une autre bataille : celle de sa mémoire.
Les Thermidoriens, qui avaient voulu sa chute pour mettre fin à l’élan révolutionnaire, s’empressèrent de fabriquer une légende noire. Ils avaient besoin d’un coupable, d’un épouvantail, d’un monstre. Ils inventèrent un Robespierre tyran sanguinaire, responsable de tous les excès de la Révolution, comme si un homme seul pouvait être à l’origine d’un bouleversement historique qui fut avant tout une immense dynamique populaire. Et aujourd’hui encore, 232 ans après, cette falsification continue de produire ses effets. Le nom de Robespierre continue de provoquer la colère, la haine et les anathèmes de tous ceux qui veulent réduire la Révolution à ses moments les plus sombres pour mieux en effacer la promesse d’émancipation, pour étouffer les aspirations du peuple et pour mieux préserver un ordre social injuste.
Cette haine que Robespierre ne cesse de déclencher chez les dominants suffit à dire qui il fut : l’âme de la Révolution. Non pas, comme ses détracteurs voulurent le faire croire, un dictateur qui dirigea tout et inspira seul la violence. Loin de là. Comme tout évènement de cette ampleur, la Révolution fut avant tout un fait social et une dynamique collective ; et à ce titre, Robespierre fut un révolutionnaire parmi les autres, les historiens l’ont montré de longue date. Mais il fut aussi celui qui, par sa pensée et sa parole, articula le mieux la promesse de liberté, d’égalité et de fraternité qui anima la révolution.
Toutes les calomnies n’y changeront rien. La flamme révolutionnaire qu’il porta continue de vivre. Elle traverse les siècles parce qu’elle repose sur une aspiration toujours actuelle : celle d’un monde où la liberté ne serait pas seulement proclamée, mais réellement partagée ; où l’égalité ne serait pas seulement inscrite dans les textes, mais vécue par toutes et tous ; où la fraternité ne serait pas un simple mot gravé sur les frontons, mais une exigence concrète de solidarité et de dignité humaine.
En ce jour, faisons nôtre l’hommage que dédiait à Robespierre, il y a plus d’un siècle, le grand historien Albert Mathiez, fondateur de la Société des études robespierristes : « Ô grand martyr, tu as payé de ton sang ton amour du bien public. Les pourris, dont tu voulais purger la République naissante, se sont vengés sur toi et sur tes amis de leurs remords et de leurs épouvantes. Ils ont crié si fort qu’à travers tout le siècle les échos de leur voix menteuse ont hurlé à ton ombre menaçante encore. Mais la démocratie honnête ne t’a pas oublié, car en elle vit toujours l’espérance que tu as allumée, l’espérance qu’un jour viendra le règne de la justice. La bourgeoisie t’a renié. Le peuple, que tu voulais instruire, afin qu’il fût roi à son tour, est maintenant adulte. Il a retenu tes enseignements et ton exemple. Tu auras ta revanche. Je la sens proche. Le mensonge et l’ingratitude passeront. »