17/08/2026
La pauvreté ne disparaît pas quand on la déplace
La municipalité d’Avignon vient de prendre un arrêté interdisant, dans de nombreuses rues et places du centre-ville, certaines occupations prolongées de l’espace public, notamment lorsqu’elles s’accompagnent de sollicitations. La mesure s’applique du 3 août au 31 octobre, du lundi au samedi, de 11 h à 23 h. La place Pie figure parmi les espaces concernés.
Nous ne contestons pas la nécessité de garantir la tranquillité et la libre circulation. Mais faire partir les personnes à la rue ne les fait pas disparaître. Cela les déplace vers d’autres rues, d’autres quartiers, loin des commerces et des espaces fréquentés.
Cette logique était déjà à l’œuvre avec la suppression d’assises place Pie en mai. Cet arrêté ne fait qu’entériner -à contre-temps- une politique déjà à l’œuvre.
Cet été, alors que les personnes sans domicile ont particulièrement souffert des fortes chaleurs, les associations — du Secours populaire au Secours catholique et toutes celles qui assurent maraudes et accueils de jour — ont continué à être présentes. Dans le même temps, en juin, la halte de nuit d’Habitat Alternatif Social a dû fermer temporairement en raison d’une infestation de punaises de lit.
Ce dont Avignon a besoin, ce n’est pas de rendre la pauvreté invisible, mais de traiter ses causes.
Les situations de rue sont souvent liées à des ruptures de logement, des addictions, des troubles psychiques ou des parcours de soins interrompus. Le territoire dispose de dispositifs sanitaires et médico-sociaux, notamment en addictologie. Des capacités d’accueil et de soins existent également à l’hôpital, mais la question de leur disponibilité réelle doit être posée.
Le maire d’Avignon, qui préside le conseil de surveillance du Centre hospitalier d’Avignon, doit donc aussi se saisir de cette question : combien de places sont réellement ouvertes, notamment pour les personnes confrontées aux addictions ? Combien sont en attente d’une prise en charge ?
L’arrêté municipal affirme lui-même que les interventions de police et les dispositifs de médiation n’ont pas permis de remédier aux troubles invoqués.
Alors, plutôt que de déplacer les personnes, il faut renforcer l’accompagnement, l’hébergement et l’accès aux soins.
Nous saluons le travail quotidien des associations qui, elles, ne cherchent pas à éloigner la misère mais à accompagner celles et ceux qui la subissent.
Une ville ne devient pas plus humaine parce que les personnes sans domicile sont moins visibles. Elle le devient lorsqu’elles cessent d’être sans domicile.
C’est cette politique que nous attendons d’Avignon.