03/04/2025
L’ÉDITORIAL Par Daniel Gluckstein
Il faut rêver
Ann avait perdu l’usage de la parole après un AVC survenu en 2005. « Un implant cérébral dopé à l’intelligence artificielle a permis à cette femme de 47 ans, tétraplégique, de traduire ses pensées en parole » dans la seconde qui suit leur formation. Cette information divulguée le 31 mars par des chercheurs américains de Californie (et rapportée par France Info) ouvre donc la possibilité à des personnes ayant perdu la capacité de communiquer de retrouver une forme d’accès à la parole.
Chaque jour nous fournit de nouvelles illustrations des considérables pas en avant que les progrès technologiques, et en particulier l’intelligence artificielle, pourraient permettre au genre humain, et cela dès maintenant. On se prend à rêver de la possibilité pour des millions de personnes handicapées, privées de l’usage de leurs membres, de la parole, de la vue, de les recouvrer. Rêve impossible dans un passé récent. Rêve à portée de main aujourd’hui.
Oui… Mais les enfants de Gaza, survivants massacrés d’un génocide, ou les soldats mutilés russes ou ukrainiens, ou encore les millions de survivants estropiés des guerres du Soudan et de la RDC, tous ceux-là auront-ils accès à la possibilité merveilleuse de retrouver l’usage de fonctions détruites ? Dans le système actuel et dans le contexte actuel, la réponse est : non.
Pour eux, l’intelligence artificielle, ce sont d’abord les drones, les missiles, les bombes sophistiquées, guidés à distance, qui les réduisent à néant. Le contraste est saisissant entre ce que rendrait possible le développement des sciences et des technologies et ce que rendent impossible la guerre, la dégradation, la barbarie alimentées chaque jour par la survie du régime capitaliste avide de profits et prêt dans ce but à tous les massacres et toutes les destructions.
Oui, on en vient à rêver… Mais on revient sur Terre quand on apprend que le gouvernement en France a décidé qu’au-delà de sept jours les pansements ne seraient plus pris en charge par la Sécurité sociale.
On en vient à rêver qu’on en finisse enfin avec ce régime de la propriété privée des moyens de production. Et que les forces productives de l’humanité soient ainsi libérées de l’obligation, dictée par les puissances impérialistes et les multinationales, de s’orienter vers toujours plus de profit, donc plus de destruction.
En un mot : on en vient à rêver au socialisme, c’est-à-dire à la réorganisation de toute l’économie et de toute la vie sociale à partir des besoins du genre humain et non de l’exigence de profit et de dividendes. Mais pour pouvoir rêver, il faut combattre et s’organiser. C’est le sens de l’appel lancé contre la guerre et l’exploitation par les militants ouvriers et les organisations ouvrières de plus de 50 pays en conclusion de la rencontre internationale réunie en France les 21 et 22 mars. Lecteurs, aidez-nous à le faire connaître.