31/07/2026
De Bastien Lachaud député de Seine St Denis.
Ils ont tué Jaurès !
Le 31 juillet 1914, quelques jours avant que l'Europe ne sombre dans la Première Guerre mondiale, Jean Jaurès était assassiné par le nationaliste Raoul Villain.
Ils ont tué l'homme. Mais ils voulaient surtout tuer ce qu'il incarnait.
Car Jaurès n'était pas seulement le dirigeant du mouvement socialiste français. Il était la voix de celles et ceux qui refusaient que les peuples soient sacrifiés aux intérêts des puissants. Celui qui refusait que le drapeau serve de prétexte aux massacres. Celui qui croyait que la paix ne pouvait être durable sans la justice sociale.
C'est pour cela qu'ils le haĂŻssaient.
Caricaturé, insulté, sali. Pendant des années, la presse le désigna comme un traître, un ennemi de la patrie, un homme à abattre. Les campagnes de diffamation préparèrent le terrain. Puis vint la b***e de Raoul Villain.
On ne comprend rien à l'assassinat de Jaurès si on l'isole de ce climat de haine. Les mots ont précédé les coups de feu. Comme si l'on avait d'abord voulu rendre son meurtre acceptable en faisant de lui l'ennemi intérieur.
Plus d'un siècle plus t**d, beaucoup invoquent Jaurès. Peu le lisent vraiment.
On célèbre volontiers le grand orateur, le républicain, l'humaniste. On oublie le socialiste. On oublie le militant de la lutte des classes. On oublie celui qui dénonçait sans relâche la domination du capital, qui défendait les grévistes de Carmaux, qui affirmait que la République resterait inachevée tant qu'elle ne deviendrait pas sociale.
On nous présente parfois un Jaurès du consensus. C'est une manière commode de le rendre inoffensif.
Le véritable Jaurès n'était pas un homme de l'ordre établi. Il voulait le transformer. Il ne cherchait pas à aménager le capitalisme mais à le dépasser. Il ne séparait jamais la démocratie politique de la justice sociale. Il savait que la liberté est un mot vide lorsque l'exploitation demeure, et que l'égalité n'est qu'une promesse tant que la richesse et le pouvoir restent concentrés entre quelques mains.
C'est précisément pour cela qu'il reste si actuel.
À l'heure où les nationalismes prospèrent de nouveau, où la guerre redevient un horizon banal, où les inégalités explosent pendant que quelques-uns accumulent des fortunes colossales, Jaurès nous rappelle que la paix, la démocratie et la justice sociale sont un seul et même combat.
Notre hommage ne consiste pas à figer Jaurès dans le bronze ou à réciter quelques citations chaque 31 juillet.
Notre hommage consiste à poursuivre son œuvre. À défendre la paix quand d'autres exaltent les logiques de guerre. À défendre le monde du travail contre les privilèges de la finance. À faire vivre une République réellement sociale, où la liberté, l'égalité et la fraternité cessent d'être des promesses pour devenir des réalités.
Jaurès écrivait : « Notre devoir est haut et clair : toujours propager l’idée, toujours espérer, toujours lutter jusqu’à la définitive victoire de la démocratie socialiste internationale créatrice de justice et de paix »
112 ans après son assassinat, son combat demeure le nôtre. Parce que les causes pour lesquelles il s'est battu n'ont pas disparu. Et parce que l'espérance qu'il portait reste, aujourd'hui encore, le plus sûr chemin vers l'émancipation humaine.