11/08/2026
RESILIENCE DES PRAIRIES HUMIDES D'UN MARAIS RESTAURE.
Dans cette période de sécheresse, on parle beaucoup du manque d’eau, des restrictions, des pertes agricoles et de la fragilité des systèmes d’élevage. Pourtant, on oublie trop souvent un élément essentiel de la réponse : les zones humides, et en particulier les marais.
Pendant longtemps et encore aujourd'hui, la présence de l’eau dans ces milieux a été considérée comme une contrainte. On a vu les marais comme des terres « improductives », difficiles à exploiter, des espaces à assainir, à drainer ou à transformer pour pouvoir les cultiver ou les urbaniser. Cette vision a justifié l’assèchement de nombreuses zones humides. On estime leur disparition à la hauteur de 67 % depuis 1950, à un rythme plus rapide que la déforestation. Or, avec le recul, on comprend aujourd’hui que cette logique a souvent aggravé les problèmes que nous cherchons désormais à résoudre : sécheresse, perte de biodiversité, baisse de la qualité des sols, disparition de ressources fourragères et fragilisation des exploitations agricoles.
Les zones humides ne sont pas un problème. Elles font partie de la solution, à condition de respecter leur fonctionnement naturel.
Un marais en bon état agit comme une véritable éponge. Il retient l’eau en période humide, ralentit son écoulement, puis la restitue progressivement durant les périodes plus sèches. Ce rôle est précieux dans un contexte où les épisodes climatiques deviennent plus brutaux : pluies intenses d’un côté, sécheresses longues de l’autre. Là où un drainage excessif évacue rapidement l’eau vers l’aval, une zone humide préservée la garde. Elle contribue ainsi à maintenir une certaine fraîcheur, à soutenir la végétation et à limiter les effets les plus sévères du manque d’eau.
Les prairies naturelles du Marais Noir de Saint-Coulban en sont un très bon exemple. Ces milieux, lorsqu’ils sont bien gérés, ne sont pas des espaces abandonnés ou inutiles. Au contraire, ils peuvent jouer un rôle direct dans la sécurité alimentaire des troupeaux. Grâce à l’humidité des sols et à la richesse floristique des prairies naturelles, ces parcelles peuvent produire jusqu’à 6 tonnes de fourrage à l’hectare. Dans une année sèche, cette capacité devient stratégique. Elle permet de sécuriser une partie de l’alimentation des animaux, de réduire la dépendance aux achats extérieurs et de maintenir une activité d’élevage plus résiliente.
Ces prairies ont aussi une qualité souvent sous-estimée : elles produisent du fourrage sans engrais reposant sur un équilibre entre l’eau, le sol, les plantes et les pratiques agricoles. Elles offrent aussi de nombreux services : stockage de l’eau, protection des sols, accueil de la biodiversité, préservation du carbone et maintien de paysages ouverts.
Respecter ces milieux ne signifie pas les mettre sous cloche. Cela signifie adapter les usages à leur nature. L’élevage extensif, la fauche raisonnée, le pâturage maîtrisé et le maintien des niveaux d’eau compatibles avec la vie du marais sont autant de pratiques qui permettent de concilier production agricole et préservation écologique. C’est précisément cette alliance qui doit être défendue : une agriculture qui ne lutte pas contre le fonctionnement naturel du territoire, mais qui s’appuie sur lui.
Dans le contexte actuel, continuer à assécher les marais serait une erreur stratégique. Ce serait supprimer des réserves naturelles d’eau au moment même où nous en avons le plus besoin. Ce serait affaiblir des systèmes agricoles capables de mieux résister aux sécheresses. Ce serait aussi perdre des milieux vivants qui rendent des services essentiels, gratuitement, chaque année. Il est donc urgent de restaurer ces marais, ces prairies humides. La plus-value d’une zone humide restaurée est de renaturaliser un espace dégradé, peu fonctionnel, en un milieu capable de rendre à nouveau des services essentiels : régulation de l’eau, amélioration de sa qualité, stockage du carbone, accueil de biodiversité et support d’une agriculture résiliente. La conservation protège un capital naturel existant, la restauration récupère un capital naturel perdu.
Le Marais Noir de Saint-Coulban montre qu’une autre approche est possible. Il rappelle que l’eau dans les prairies humides n’est pas un obstacle à la production, mais une condition de leur richesse. Dans un monde plus sec et plus incertain, elles sont des alliées pour l’agriculture, pour les éleveurs, pour leurs cheptels, pour la biodiversité et pour l’ensemble du territoire.
Préserver les prairies humides, ce n’est donc pas seulement protéger la nature. C’est aussi protéger notre capacité à produire, à nourrir les troupeaux et à faire face aux sécheresses.
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