14/08/2026
Fête de la Mise en Bière : Crétins-les-Flocons pousse le réalisme si loin que Chamrousse jure de se venger
CRÉTINS-LES-FLOCONS — On croyait avoir tout vu l'an dernier. C'était sous-estimer l'ambition du comité des fêtes. Pour cette édition, le mot d'ordre affiché à l'entrée résume tout : « Cette année, on n'épargne rien à personne. » Et pendant que Chamrousse ressortait, la mort dans l'âme, sa énième fête de la bière, Crétins-les-Flocons a franchi un cap que les autorités qualifient elles-mêmes de « difficilement soutenable ».
La démonstration de thanatopraxie, commentée geste par geste
Sous la grande tente blanche, entre le bar à triple IPA et l'exposition sur la cirrhose, le stand vedette ne désemplit pas : la thanatopraxie en direct, toutes les 45 minutes, micro à la main.
« On explique absolument tout, c'est pédagogique », insiste le praticien, tablier immaculé, gants jusqu'au coude. « On part du principe que le public a bu, donc il faut être clair. » Devant une foule mi-fascinée mi-livide, il détaille « l'incision, le point d'injection, le remplacement des fluides, le rembourrage, la recoloration ». Un visiteur s'évanouit à la troisième étape. « Ça arrive à chaque séance. On a prévu un seau. Et un deuxième seau pour le premier seau. »
Les organisateurs se félicitent du réalisme : « Chamrousse montre comment on sert une bière. Nous, on montre où elle finit. C'est la même filière, on a juste eu le courage d'aller regarder au fond du tonneau. »
L'atelier maquillage de cadavre : les enfants en redemandent
Juste à côté, le grand atelier maquillage post-mortem pour enfants bat son plein, et c'est toujours le carton du festival.
« On leur apprend les vrais gestes du métier », explique l'animatrice, palette de fards à la main. « Le fond de teint gris-vert pour la lividité, le bleu sous l'ongle, le creusé des tempes, la petite touche de jaune pour l'ictère — ça, c'est le clin d'œil à l'expo sur le foie juste en face. » Les petits Crétinois s'appliquent, hilares, à se transformer en macchabées les plus crédibles possible. Un concours du « teint d'agonie le plus réaliste » récompense chaque après-midi le plus convaincant.
« Ils rient aux éclats, ils recommencent, ils veulent le fond de teint qui sent le formol », s'attendrit une maman. « À Chamrousse, mes gosses tournaient en rond entre les jambes des adultes bourrés. Ici, mon fils est reparti maquillé en noyé de trois jours. Il était aux anges. »
Le stand « Premiers secours en delirium tremens », très demandé
Nouveauté 2026, et déjà indispensable : l'espace démonstration « Que faire face à une crise de delirium tremens ? », installé stratégiquement à la sortie du Village Houblon.
Sur un mannequin agité de convulsions mécaniques, les secouristes miment la prise en charge devant un public qui, pour une bonne moitié, se reconnaît. « On montre les tremblements, la sudation, les hallucinations, la désorientation — bref, la clientèle », commente le formateur. « On explique la position latérale de sécurité, on éponge, on rassure. » Le stand affiche complet à chaque session. « Étrangement, on n'a jamais autant de monde qu'en fin de journée », note-t-il. « Va savoir pourquoi. »
« Budget zéro, impact clinique »
Côté finances, l'élu reste, comme toujours, imbattable : « La bière, gratuite à produire. Les cadavres pédagogiques, réutilisables. Le formol, on l'achète en gros. Et le delirium, c'est nos propres visiteurs qui le fournissent, en temps réel et sans supplément. On n'a jamais fait une fête aussi rentable ni aussi complète. »
Chamrousse, humiliée, prépare déjà sa revanche
Chez la voisine, l'affront est de trop. « Cette fois, ils ont embaumé un type devant des enfants maquillés en morts pendant qu'on soignait un delirium à trois mètres. Nous, on avait un stand de saucisses », lâche, blême, un responsable chamroussien. « On ne pouvait pas lutter. »
Mais la station jure qu'on ne l'y reprendra plus. Selon nos informations, Chamrousse planche déjà, pour la saison prochaine, sur une riposte « qui ira encore plus loin » : on évoque une fête de la crémation avec buvette intégrée, un « barbecue commémoratif » et un espace « autopsie participative pour tout-petits ». « Ils nous ont ridiculisés une fois », promet-on du côté chamroussien. « L'an prochain, c'est nous qui aurons le dernier mot. Et le dernier souffle. »
L'office de Crétins-les-Flocons, serein, attend déjà de pied ferme : « Qu'ils viennent. On a de la place. Et des cercueils d'avance. »
Santé. À la vie, à la mort — surtout à la mort.
Fin de la plaisanterie.
Chaque année, en France, l'alcool tue environ 41 000 personnes (estimation Santé publique France) : cancers, cirrhoses, maladies cardiovasculaires, accidents, violences. C'est la deuxième cause de mortalité évitable, juste derrière le tabac. Derrière chaque « fête de la bière » à budget zéro, il y a une réalité qui, elle, ne fait rire personne : des familles, des enfants, des vies de montagne abîmées par un alcoolisme qu'on préfère célébrer plutôt que regarder.
À Crétins-les-Flocons, tout est faux : la station, la fête, les cercueils, les enfants maquillés. Le chiffre, lui, est vrai.
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Crétins Les Flocons est un journal satirique. Les personnes, propos et événements décrits sont imaginaires. Le foie, non.