13/05/2026
: Contre une mémoire au service de la guerre, notre mémoire est un combat pour la paix
Il nous faut aujourd'hui avoir le courage d'interroger le message traditionnellement porté devant nos monuments aux morts. Nous respectons infiniment la souffrance des anciens combattants et honorons la mémoire de leurs camarades tombés. Pourtant, il faut admettre que ce récit martial n'est plus audible pour le peuple dans sa finalité aujourd'hui. À aucun moment cette liturgie mémorielle n'est remise en question face au désordre nouveau du monde. Depuis le quinquennat Sarkozy et la réintégration de la France dans l'OTAN, le message ressassé exalte le sacrifice, la nation, le sang versé, mais échoue à expliquer comment construire la paix. Nous avons cru que pleurer nos morts suffirait à empêcher la guerre, alors que le monde recommence à bégayer.
Cette amère lucidité nous impose aujourd'hui un double constat : celui de l'échec d'une mémoire dépolitisée, et celui, plus révoltant encore, de l'insupportable hypocrisie du discours officiel de l'État.
La ville de s'est construite autour de l'industrie de la Défense nationale qui avait pour objectif de permettre à notre pays d'être une voix au service de la paix et du droit international, de la mise à l'eau du Redoutable en 1967 au refus d'engager notre pays dans la guerre d'Irak en 2003.
Cette histoire industrielle et sociale nous donne une responsabilité collective, ici en Cotentin, celui d'écrire une mémoire des guerres au service de la paix.
L'échec d'une mémoire muette face aux nouveaux impérialismes
Le devoir de mémoire, vidé de sa substance politique, s'est transformé en une incantation stérile. Il est devenu incapable de nous protéger des inégalités mortifères et du retour des impérialismes, précisément parce qu'il refuse d'analyser les causes systémiques qui mènent les peuples au massacre. Les guerres modernes qui ravagent notre monde ne sont pas des fatalités tombées du ciel ; elles sont les conséquences directes, logiques et sanglantes des politiques capitalistes prédatrices menées sans relâche depuis des décennies.
Une histoire confisquée et un droit international à géométrie variable
Face à cela, le discours officiel diffusé à travers le pays en ce 8 mai 2026 par la ministre Catherine Vautrin appelle une réponse ferme et déterminée. Sous couvert d'hommage républicain et d'unité factice, ce texte est un exercice profondément partisan, pavé d'omissions coupables et de contradictions béantes.
Comment l'État peut-il prétendre faire l'éloge des résistants de la première heure en effaçant de l'histoire officielle le Parti Communiste Français ? Oublier le « parti des fusillés », dont les militants ont payé un tribut de sang immense pour notre liberté, est un révisionnisme d'État qui insulte la vérité historique. Comment prétendre honorer la Résistance en oubliant ces "invisibles", ces milliers de femmes, d'immigrés déjà résistants anarchistes dans la lutte contre le fascisme dans la guerre civile espagnole. Elles/ils sont cette "armée des ombres" qui fit l'honneur de la République
De la même manière, comment ce gouvernement peut-il faire l'éloge du droit international de 1945 alors qu'il s'essuie allègrement les pieds dessus aujourd'hui ? Il se gargarise de justice et de droits humains, mais affiche une complaisance coupable à l'égard du gouvernement génocidaire de Benjamin Netanyahou. L'humanisme ne se saucissonne pas selon les intérêts diplomatiques ou marchands du moment.
Là encore, comment le gouvernement peut-il tenir un tel discours va-t-en-guerre, exaltant les sentiments patriotiques voire nationalistes de nos concitoyen.nes, tout en s'évertuant à démanteler notre état social, servant les intérêts des plus privilégié.es. Rappelons ici l'annonce de la construction d'un nouveau porte-avions qui a rapidement succédé les nouvelles coupes cruelles dans les budgets de la Sécurité Sociale, de l'Education Nationale et de nombreux autres services publics vitaux. Est-il nécessaire de répéter qu'avant les velléités prédatrices et impérialistes, ce sont les conquis sociaux qui font de la France un état progressiste et reconnu comme tel à l'international, pour lequel nous nous engageons collectivement.
Le discours officiel ose citer Marc Bloch, rappelant que la défaite de 1940 fut d'abord « une défaite de l'esprit ». Ironie glaçante : le gouvernement d'Emmanuel Macron en est la meilleure illustration contemporaine. Lui qui s'est fait élire en se présentant comme le rempart absolu contre l'extrême droite n'en aura été, au final, que le marchepied. Il a banalisé cette idéologie nauséabonde, prouvant qu'au fond, le fascisme latent reste parfaitement compatible avec l'idéal de préservation capitaliste qu'il défend. Voilà la véritable post-vérité : confisquer les mots de la Résistance pour masquer la compromission d'aujourd'hui.
La paix n'est pas un vœu, c'est une conquête sociale
Il faut dire ici publiquement la douleur qui est la nôtre. Pour les humanistes, les communistes et les antifascistes que nous sommes, c'est une déchirure intime que de devoir partager ces moments de communion autour des victimes du n***sme avec celles et ceux qui, aujourd'hui, se tournent sans aucune honte vers le parti fondé par les héritiers politiques de ces mêmes n***s et de la collaboration. Se tenir devant nos monuments aux morts aux côtés de ceux qui valident ce suprémacisme est une hypocrisie devenue insoutenable.
C'est pourquoi nous devons en finir avec le pacifisme béat, qui n'est qu'une illusion profitant aux oppresseurs. La paix n'est pas un état naturel que l'on attend sagement. C'est un combat politique acharné. Elle exige la justice sociale, la solidarité internationale des travailleurs, et le refus viscéral des idéologies de haine, qu'elles s'avancent en col blanc ou en chemise brune.
Honorons nos morts, oui. Mais honorons-les en reprenant leurs armes politiques et en refusant les compromissions de notre époque. Le meilleur hommage que nous puissions rendre aux résistants et aux fusillés, c'est de continuer leur lutte contre le système qui engendre la misère et la guerre.