26/06/2026
" Audience DASEN "Conditions de travail""
La FSU-SNUipp 09 a abordé le sujet de l'impact des relations avec la hiérarchie sur les conditions de travail des personnels de l'Éducation Nationale. Nous avions déjà alerté le DASEN dans un courrier du 17 décembre 2025, resté sans réponse. Nous avons ensuite sollicité la profession lors d'un appel à témoignage fin mars. Cette audience s'inscrit dans le prolongement de ces alertes spontanées qui nous sont parvenues, ainsi que les réponses à notre appel à témoignage.
Afin de ne pas être dans la résolution de problèmes individuels lors de cette audience (nous intervenons aussi pour accompagner individuellement tous⋅tes les collègues qui nous le demandent), nous avons regroupé, mélangé et anonymisé les différentes situations selon les problématiques mises en avant et nous avons confronté le DASEN à quatre situations-type. Les collègues s'appellent tous⋅tes Camille et aucun profil ne correspond à une seule situation. Nous nous excusons par avance auprès de tous⋅tes les Camille qui se sentiront un peu trop visé⋅es.
Cas 1 : Manque de soutien à une professeure des écoles en difficulté
« Camille est une nouvelle arrivante dans le département mais cela fait plus d'une dizaine d'années qu'elle enseigne. Elle n'a jamais rencontré de difficulté dans les différents postes qu'elle a occupés.
Cette année, elle se retrouve confrontée à une classe difficile à gérer. Un élève en particulier lui pose des problèmes : il est très souvent en posture d'opposition avec elle. Les situations de conflits qu'il génère entraînent d'autres élèves à adopter ce type de comportement. Cela épuise Camille qui ne voit pas comment s'en sortir toute seule. Elle a rencontré les parents, a tenté de différencier au maximum pour que le travail soit adapté à ce que l'élève peut faire, a recommandé de faire des bilans psy, ortho, psychomoteurs afin de s'assurer qu'il n'y avait pas de trouble à l'origine de ce comportement. Les parents disent avoir pris RDV mais aucun retour ne parvient. En parallèle, Camille a abordé la situation en conseil des maîtres qui a décidé de rédiger une demande d'aide au pôle ressource, une demande d'expertise du PAS, de la PAS, de l'EMAS… Les protocoles à suivre, les démarches à réaliser durent maintenant depuis plusieurs mois mais il n'y a aucun changement concret au quotidien.
Camille, à bout de souffle, se sent tous les jours un peu plus seule face à cette situation. Elle rédige des fiches RSST car elle sent que ses conditions de travail sont fortement dégradées. Malgré toutes les alertes, elle n'est pas suffisamment soutenue. Ses mails pour informer l'inspecteur des événements inquiétants survenus dans la classe restent sans réponse pendant de longues semaines. Pourtant, un élève qui lance une chaise ou qui s'enfuit de la classe, cela lui semble plus que préoccupant.
Interpelée à nouveau par Camille qui l'informait qu'elle avait peur que quelque chose de grave se passe dans sa classe, l'inspecteur a appelé à l'école : après lui avoir dit qu'elle ne pouvait pas écrire ça, il a écouté Camille raconter une fois de plus les situations qu'elle vit depuis le début de l'année. Visiblement, il n'avait pas en tête les détails qu'elle lui avait pourtant communiqués régulièrement. Il conclut en lui disant qu'il n'a pas vraiment de solution à lui proposer, qu'elle a suivi tous les protocoles en vigueur, réalisé toutes les demandes d'aides. La seule solution serait de prendre un peu de repos. Et de participer au mouvement…
Camille prend comme une gifle ces propos : elle sent bien que l'inspecteur pointe une soi-disant fragilité, qu'il considère que c'est elle le problème et que l'institution ne peut pas l'aider plus. Camille se sent abandonnée et en colère. »
Réponse du DASEN : Il réagit à cette situation en précisant que pour les mails aux IEN comme pour les fiches RSST (registre santé et sécurité au travail), une première réponse doit impérativement être donnée dans les 5 jours maximum. Il a rappelé ce point-là en conseil d'IEN. Cette première réponse immédiate, sert à soutenir et informer de la mobilisation d'un membre de l'équipe de circonscription (IEN ou CPC). Cette première réponse ne suffit pas mais est indispensable pour ne pas laisser les collègues seul⋅es face aux obstacles rencontrés. Il précise que « ce n'est jamais la faute d'un individu mais d'un système ».
Face aux difficultés persistantes, il préconise d'envisager une adaptation du temps scolaire si les parents sont d'accord et le peuvent. S'ils sont dans le déni, il faut s'orienter vers la rédaction d'une information préoccupante (IP), qui doit être considérée comme une sollicitation du secteur médico-social pour avoir le « regard d'un tiers ». Face aux risques de réaction violente ou de rupture du lien de confiance entre la famille et l'école, il suggère que la circonscription puisse se substituer à l'école pour informer la famille de la démarche. Il précise être en train de renforcer le SDEI (service départemental de l'école inclusive) pour pallier ces problèmes.
Enfin, il explique que le message envoyé aux collègues en difficulté doit avant tout être « Prenez soin de vous » et pas « Arrêtez-vous », « Changez de poste ou de métier ». Les termes et les conseils des IEN doivent être mûrement réfléchis et choisis.
Commentaire de la FSU-SNUipp 09 : Les réponses apportées par le DASEN rappellent le rôle fondamental des IEN dans ce type de situations : on ne peut pas accepter que les réponses aux difficultés rencontrées par les collègues passent au second plan, après les évaluations d'école ou de direction ! Actuellement, à peine la moitié des fiches RSST reçoivent une réponse des IEN et beaucoup de mails restent sans réponse. Et bon nombre de réponses ne sont pas satisfaisantes, voire complètement déplacées.
Par ailleurs, les solutions envisagées (adaptation du temps scolaire, information préoccupante), sont temporaires et doivent être complétées par un travail à moyen terme dont la FS-SSCT (formation spécialisée santé et sécurité au travail) doit s'emparer !
Cas 2 : Compétences professionnelles d'une PE expérimentée remise en cause
« Camille est très expérimentée, cela fait déjà une vingtaine d'années qu'elle enseigne. Ses différentes inspections et rendez-vous de carrière ont toujours reconnu ses compétences professionnelles et mis en avant son implication.
Lors de son dernier RDV de carrière, l'inspecteur s'inquiète de ce qu'il observe en classe et remet en cause les choix pédagogiques effectués par Camille. Il pointe les mauvais résultats aux évaluations nationales en les comparant aux autres écoles du secteur. Il dresse une liste de recommandations prescriptives et impose un suivi rapproché de la mise en application par son équipe de circonscription. Camille, sommée de changer de manière d'enseigner en cours d'année et d'obtenir des résultats probants, passe beaucoup de temps à préparer sa classe et remettre en question tout le travail qu'elle a fait depuis plusieurs années.
Les visites de contrôle se passent dans la douleur. Camille se sent infantilisée. Il est fait référence à des témoignages qui la remettent en cause mais dont elle n'a jamais eu connaissance. Camille a l'impression qu'on s'acharne sur elle sans comprendre pourquoi. »
Réponse du DASEN : Il dit qu'il n'est pas normal de se sentir infantilisé⋅e lors d'un rendez-vous avec son IEN. Pour communiquer, il faut être deux donc les IEN doivent arriver à convaincre les collègues d'adopter les conseils prodigués. Si le conflit persiste et qu'aucun terrain d'entente n'est trouvé, il suggère de passer par un tiers, qui peut être un CPC ou lui-même. Les recommandations des IEN doivent être claires et comprises. Un enseignant a le droit de dire « Je ne comprends pas ce qui m'est demandé ».
Concernant les demandes de changement de méthode en cours d'année, le DASEN souligne qu'il est difficile de comprendre les collègues qui n'adopteraient pas « les méthodes reconnues comme les plus efficaces », d'autant plus qu'il y a des formations qui présentent ces méthodes. Si les résultats sont nettement en deçà des attendus aux évaluations nationales, il estime que les collègues doivent faire cet effort, même s'il reconnaît que changer de méthode en cours d'année n'est pas judicieux. Il justifie sa position en insistant sur la curiosité intellectuelle nécessaire au métier.
À propos de la comparaison aux autres écoles ou des classes entre elles, le DASEN reconnaît qu'elle a ses limites. Il préconise de rapporter les résultats d'une école à la moyenne du bassin du collège de secteur. Il souligne aussi que, pour que les résultats puissent être exploitables et que des éléments sur les méthodes employées soient dégagés, il est nécessaire d'observer des tendances sur plusieurs années et plusieurs cohortes. Ces données n'ont pas vocation à être présentées aux écoles systématiquement. Si cela est fait, les IEN doivent être vigilants à la manière de présenter les résultats et les enseignements qu'il souhaite mettre en avant.
Enfin, si des courriers arrivent à l'inspection, soit ils ne sont pas sérieux et ne reçoivent pas de réponse, soit ils doivent amener l'IEN à rencontrer l'enseignant⋅e ou l'AESH pour que les éléments dénoncés soient discutés. Il ne souhaite pas que l'identité de l'auteur soit dévoilée, estimant que cela ne servirait qu'à nourrir du ressentiment. Ces courriers ne sont pas versés au dossier administratif s'il n'y a pas de sanction associée. Par contre, il reconnaît qu'ils peuvent rester dans les tiroirs des IEN… Il en profite pour nous informer qu'il reçoit très peu de courriers traitant de problèmes pédagogiques mais que le nombre de courriers relatant des situations de harcèlement est en hausse.
Commentaire de la FSU-SNUipp 09 : La FSU-SNUipp remet en question les solutions préconisées et promues par le ministère depuis que le CNESCO a été dissout. Pour rappel, cet organisme constitué de chercheurs et chercheuses interdisciplinaires menait des conférences de consensus extrêmement solides et indépendantes. M. Blanquer l'a remplacé par le Conseil Scientifique de l'Éducation qui fait la part belle aux neurosciences, au détriment d'autres approches, notamment des sciences de l'éducation. La lecture, entre autres, se retrouve réduite à une suite d'opérations mesurables et perd de vue la compréhension de ce qui est lu par exemple.
La liberté pédagogique doit être préservée car l'engagement sincère des enseignant⋅es dans les méthodes d'apprentissage mises en place est indispensable à la réussite des élèves.
Cas 3 : Manque de considération d'une AESH
« Camille est AESH depuis 7 ans. On lui a proposé un CDI après 2 renouvellement de CDD. Cela fait 3 ans qu'elle suit la même élève dans une grande école. Les relations avec la famille se passent bien. Camille est investie dans son métier : elle arrive un peu avant pour prendre connaissance du travail à effectuer chaque jour et reste après la classe pour débriefer avec l'enseignante sur la journée. En parallèle, Camille s'occupe d'un autre élève nouvellement notifié et de quelques autres pour qui la présence d'un adulte est bénéfique, voire nécessaire. Comme les notifications des élèves qu'elle suit sont mutualisées, elle est souvent amenée à se rendre dans une autre classe pour remplacer les collègues absentes. Pendant ce temps, les élèves qu'elle suit n'ont pas l'accompagnement qu'ils devraient avoir, ce qui fait culpabiliser Camille.
En plein cœur de l'hiver, la directrice a signalé à Camille qu'elle devait accompagner un élève dans une autre école pendant 5 semaines, en remplacement d'une AESH absente et qu'elle devrait commencer quelques jours plus t**d. Camille ne connaît ni l'école, ni l'enseignante, ni le handicap de l'élève. Elle découvrira ça le jour de son arrivée, en même temps que le PPS qu'on la laisse consulter.
À quelques jours de la fin de son remplacement, la directrice informe Camille que sa mission de remplacement est prolongée. En parallèle, elle apprend par hasard qu'une AESH l'a remplacée dans son ancienne école : elle se demande bien pourquoi cette remplaçante n'a pas été missionnée ici pour qu'elle puisse retourner accompagner l'élève qu'elle suit depuis plusieurs années. Ayant trouvé le courage de poser la question à son enseignant référent, elle n'a jamais obtenu de réponse.
Quand arrive la fin de l'année, Camille formule des préférences pour ses établissements d'affectation l'an prochain. Elle a déjà demandé à passer dans le second degré mais ça n'a jamais été accepté. Comme chaque année, elle va demander à augmenter son temps de travail pour sortir d'une précarité financière indécente, mais ça sera refusé. Pourtant, elle constate que certaines arrivent à augmenter leur quotité de travail. Pourquoi pas elle ? »
Réponse du DASEN : Il reconnaît que les AESH reçoivent un « salaire de misère » et qu'il est impossible pour elles de cumuler cet emploi avec un autre, compte-tenu des horaires. Les demandes d'augmentation du temps de travail doivent être formulées à Mme. Lavit mais cela doit correspondre à un besoin sur le poste en question. Il reconnaît qu'il faut bénéficier d'une situation favorable pour que ça soit accepté et que des critères sont limitants : notification sur temps méridien, emploi du temps compatible, respect du plafond d'emploi.
Aux remarques sur le manque de cohérence dans la gestion des AESH, le DASEN explique qu'il partage ce constat et que sa volonté de consacrer 4 quart-temps à la gestion des emplois du temps va dans ce sens.
Commentaire de la FSU-SNUipp 09 : Selon la FSU-SNUipp 09, les augmentations de temps de travail comme les affectations manquent de transparence et d'explications. Des crit
ères équitables doivent être définis, ce qui est possible au niveau du département. Nous serons vigilant⋅es à l'impact des nouveaux postes de gestionnaires des emplois du temps des AESH afin que cela soit un véritable bénéfice pour elles et eux, et pas juste un interlocuteur de plus.
Cas 4 : Directrice sous pression
« Camille est une professeure des écoles aguerrie qui a occupé de nombreux postes lors de sa carrière. L'année passée, elle a assumé la fonction de directrice, car la titulaire était absente depuis plusieurs mois. Elle a appris tant bien que mal les rouages de ces missions, s'appuyant plus sur des collègues que sur une éventuelle formation institutionnelle.
Apprenant que le poste de direction se libérait, elle a souhaité postuler. Son inspecteur, qu'elle avait régulièrement rencontré durant l'année, lui a signalé qu'il faudrait d'abord qu'elle passe un entretien pour être inscrite sur la liste d'aptitude. Camille s'est préparé sérieusement, se disant que son expérience concrète cette année lui permettrait d'être sereine durant l'entretien. Quelques jours avant, elle a appris que des collègues dans la même situation qu'elle n'avaient pas eu à passer d'entretien, leur inspecteur ayant donné directement un avis favorable à l'inscription sur la liste d'aptitude aux fonctions de direction. Camille s'est rapidement remémoré son année de direction pour voir si elle avait pu faire quelque chose de mal : rien ne lui vint à l'esprit.
Durant l'entretien, le pilotage pédagogique a été largement abordé, bien plus que les questions de sécurité ou de responsabilité. Camille a dû expliciter une grande partie des dispositifs et outils mis à disposition des directrices et directeurs. Elle a été relancée plusieurs fois, sentant bien qu'elle ne donnait pas la réponse attendue. En sortant, Camille s'est demandée si elle avait passé un entretien de projection dans la fonction ou évaluation d'une directrice déjà en poste ayant suivi une formation adéquate.
L'année suivante, Camille a exercé ses fonctions tant bien que mal, jonglant entre les exigences du quotidien et les demandes parfois excessives de son inspecteur : tableau des 108h à faire remonter en début d'année, méthodes de lectures utilisées en CP, pointage des taxis diligentés par la MDPSH, … on lui a même demandé de mener un entretien professionnel des AESH dans son école. Camille ne sait pas si ces missions lui incombent réellement. Parfois, elle pose naïvement la question à son inspecteur qui lui répond toujours la même chose : « Je suis votre supérieur hiérarchique. Si je vous le demande, vous devez le faire. »
Quand une collègue de son école a rencontré des difficultés avec des parents, un conseiller pédagogique est venu observer cette collègue en classe. Ensuite, il est venu demander à la directrice son avis sur les conditions d'apprentissage des élèves dans cette classe et leur évolution depuis le début de l'année. Camille, n'étant pas dans la classe en question et estimant que ce n'était pas son rôle, était gênée pour répondre. Le conseiller pédagogique lui a suggéré de faire parvenir ses observations par mail, ce qui a interloqué Camille, qui n'a pas souhaité s'exécuter.
Elle ne compte pas ses heures consacrées à la direction. En plus des visios flash qui se rajoutent parfois sur la pause méridienne en dehors de tout cadre réglementaire, on lui propose de participer aux groupes de travail sur la direction d'école. Camille, d'abord flattée, n'a pas envie d'être mal vue en refusant cette proposition de son inspecteur. Cependant, elle a bien compris que ce temps de travail s'ajouterait à tout le reste. Finalement, elle se demande régulièrement si ce qu'on lui demande de faire sert vraiment aux élèves de son école. »
Réponse du DASEN : Le DASEN justifie la mise en place des « visios flash » par le lien direct qu'il souhaite mettre en place avec les directrices et directeurs. Il ajoute que, selon lui, ce temps en plus permet de faire gagner du temps après.
Concernant les tâches évoquées, il ne voit pas où est le problème de faire remonter le tableau prévisionnel des 108h en début d'année ou de remplir des fiches de pointage des taxis (« cela fait partie du parcours de l'élève »). Cependant, même s'il réaffirme que le point de vue des directrices et directeurs comme celui des enseignant⋅es est indispensable pour mener l'évaluation des AESH, il rappelle que ce sont bien les IEN qui doivent remplir la grille d'évaluation.
Commentaire de la FSU-SNUipp 09 : La FSU-SNUipp 09 suggère d'enregistrer les visios flash afin que les collègues qui n'y assistent pas puissent avoir les informations sur leur temps de décharge de direction.
Nous rappelons aussi que les missions des directrices et directeurs sont nombreuses et que chaque tâche supplémentaire se fait au détriment d'autres. Pour nous, il est essentiel d'avoir à l'esprit ce qui est obligatoire et important. Le reste peut être fait s'il reste du temps. Quant à signer les feuilles de déplacement des taxis qui prennent en charge les élèves pour des soins, cela nous paraît hors cadre Éducation Nationale.
Plus globalement, nous n'avons pas pu aborder tous les points de la dernière situation. Même si certaines réponses sont satisfaisantes, il faut que les actes suivent. Nous y veillerons mais nous avons aussi besoin de vos retours si des situations similaires à celles décrites n'avaient pas droit à des réponses à la hauteur des propos du DASEN.
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Une délégation FSU a rencontré le DASEN pour aborder, entre autres, les conditions de travail en lien avec la hiérarchie, à travers l'étude de quelques cas d'école.